Lecture / Ecriture
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Histoire de mes assassins de Tarun J. Tejpal

Tarun J. Tejpal
  Loin de Chandigarh
  Histoire de mes assassins
  La vallée des masques

Tarun Jit Tejpal est un écrivain indien né en 1963. Il est également connu comme journaliste d'investigation. Il a fondé la revue d'information "Tehelka".

Histoire de mes assassins - Tarun J. Tejpal

Un livre à l'image de la société indienne
Note :

   Dans son deuxième roman, Tarun Tejpal qui avait connu le succès avec "Loin de Chandigarth", s’adonne une nouvelle fois à une description peu avenante et désabusée de la société indienne, de ses dérives et de sa violence dont nous voyons des manifestations sporadiques régulièrement dans l’actualité.
   
   Le point de départ de ce roman fleuve est original. Un relativement obscur journaliste apprend sa mort en direct sur les chaines de télévision et radiophoniques. Rapidement, l’erreur est relevée mais derrière cette fausse information se cache en fait l’arrestation de cinq individus soupçonnés d’avoir fomenté l’assassinat de ce journaliste.
   Du jour au lendemain, la vie de notre homme est bouleversée. Il fait l’objet d’une surveillance étroite des services de police qui transforment sa demeure en une forteresse gardée jour et nuit. Rien ne filtre sur ses assassins qu’il indiquera ne pas connaître lors de la confrontation au cours du procès expéditif qui les jugera. Un procès réglé d'avance, une mauvaise farce où les petits et les faibles sont certains de payer le prix fort.
   
   Pour comprendre les motivations des auteurs de cette tentative d'assassinat, l’auteur nous embarque dans cinq récits parallèles, celui de la vie du journaliste, de ses désillusions tant professionnelles que sentimentales, archétype du loser et profondément antipathique, mais aussi, et surtout, celui des hommes jugés coupables d’avoir voulu l’assassiner. D'où le titre, puisqu'il s'agit de conter l'Histoire de mes assassins.
   
   Ces cinq hommes résument par eux-mêmes les contradictions de l’Inde qui fait se côtoyer l’extrême pauvreté avec la richesse la plus éhontée. Un pays continent qui, faute d’une justice impartiale et rapide, faute d’une police éthique et intègre, laisse s’instaurer la loi du talion, les expéditions punitives prétextes à s’arroger terres et biens des voisins ou des castes inférieures.
   
   L’histoire de ces assassins, c’est celle de la pauvreté extrême, de la marginalisation totale, de l’exclusion définitive qui ne tolère que l’usage de l’extrême violence, les règlements de compte expéditifs comme mode de survie et de fonctionnement. C’est une litanie de viols, de meurtres horribles, de dépeçages de cadavres, de violence extrême qui se déroule sans fin, presque jusqu’à l’écœurement, sous nos yeux. Alors, par glissements successifs et par instinct de survie et goût du sang, on devient un artiste du couteau qui sculpte les membres des victimes laissées vivantes ou mortes; ou bien, justicier au marteau qui fracasse les crânes comme un autre enfonce les clous. Il n’existe plus aucune limite à l’horreur dans ce sous-monde qui grouille sous l’apparence trompeuse d’un ordre social. Dans tous les cas, ce sont les combines, l'escroquerie, l'insécurité et la peur qui règnent en maître.
   
   "Histoire de mes assassins" est un livre difficile d’abord. Par sa violence bien sûr qui permet à l’auteur de laisser ses fantasmes sexuels s’exprimer de façon la plus crue. Par la complexité de sa structure où cohabitent des histoires, des personnages, des lieux que rien ne relie avant l’explication finale, qui arrivera au bout de très, trop, longues pages. Par le recours permanent à l’hindi qui émaille les pages (certes, un lexique est fourni en fin d’ouvrage mais il est impossible d’y avoir recours toutes les quatre phrases!). Par son exubérance à l’image de l’Inde. Le livre progresse cahin-caha, lentement dans l’intrigue, trop rapidement, de façon non maîtrisée, dans l’hyperbole. Le récit tend à partir dans tous les sens, à noyer le lecteur sous une avalanche de détails, d’anecdotes, d’histoires dans les cinq histoires si bien qu’on finit assommé et perdu. La référence répétitive au Mahabharata n’est pas innocente car le récit est tentaculaire, la violence inhérente, la vengeance constante, la lutte omniprésente.
   
   Cette première incursion dans l’univers de Tejpal ne m’a pas convaincu, la faute en étant à un propos trop bavard, à un manque de discipline et de rigueur, à un chaos instauré en système, malheureusement représentatifs de l'état de la société indienne!

critique par Cetalir




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