Lecture / Ecriture
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Le rouge et le blanc de Jean-Marie Laclavetine

Jean-Marie Laclavetine
  Loin d'Aswerda
  La maison des absences
  Donnafugata
  Conciliabule avec la reine
  En douceur
  Le rouge et le blanc
  Demain la veille
  Écriverons et liserons, dialogue en vingt lettres avec Jean Lahougue
  Le Voyage au Luxembourg
  Première ligne
  Le pouvoir des fleurs
  Trains de vie
  Matins bleus
  Nous voilà
  Petit éloge du temps présent
  Au pays des fainéants sublimes
  Paris mutuels
  Et j'ai su que ce trésor était pour moi

AUTEUR DES MOIS D'OCTOBRE & NOVEMBRE 2011

Né à Bordeaux en février 1954, Jean-Marie Laclavetine fait des études de lettres et publie à vingt-six ans son premier roman, Les emmurés, qui reçoit le prix Fénéon. Dans les années quatre-vingts, Antoine Gallimard lui propose de lire des manuscrits avant de lui demander de rejoindre le comité de lecture des Editions Gallimard en 1991.

Parallèlement à ses activités d'éditeur, Laclavetine publie romans et nouvelles et se voit décerner de nombreux prix littéraires.

Jean-Marie Laclavetine est également traducteur d'italien (Alberto Savinio, Giuseppe Antonio Borgese, Leonardo Sciascia, Vitaliano Brancati ou Alberto Moravia) et coanime les Rencontres européennes du Livre de Sarajevo.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le rouge et le blanc - Jean-Marie Laclavetine

Vin nouvelles divisées par deux…
Note :

   Grand Prix de la nouvelle de l'Académie française 1994
   
   …Qui font dix nouvelles dont l’élément commun est le vin. Ces dernières sont d’inégales longueurs et, si l’on s’adonnait à la métaphore œnologique, tiennent plus ou moins en bouche. Au final, plutôt plus d’ailleurs. C’est en effet très bien raconté. Malgré la brièveté du genre, chaque personnage parait vrai et profond. Mais pas seulement, le propos est souvent si bien amené qu’on a envie de la suite des évènements.
   
   Mes préférées évoquent l’alcoolisme.
   
   « Dans la cave » met en scène un amoureux du vin (comme la presque totalité des personnages de ces nouvelles), collectionneur de crus divers et chers, partageant le bonheur du vin sans excès avec ses amis… Et un jour, dans sa cave enfermant son trésor de grands crus, il trouve un homme qui lui boit ses bouteilles. Sans réaction, il le laisse siffler la collection jusqu’à la dernière. A moins que…
   
   Pour « Djinn », nous accompagnons un homme en pleine gueule de bois. On a des haut-le-cœur avec lui, on essaie de le suivre dans la reconquête des souvenirs de sa nuit. Cet écrivain qui a «une descente qu’on aimerait pas faire à vélo» a vraiment abusé et le mélange de malaise et de bien-être alternativement ressenti nous amène jusqu’à l’instant où le réel et ses conséquences resurgissent. Chronique d’une fin de cuite en quelque sorte!
   
   Et vous lirez aussi: un pêcheur solitaire menacé dans sa tranquillité (mini thriller), un mariage arrangé dérangeant entre une vigneronne et son vigneron, une rencontre d’un soir au théâtre, un père absent et un fils vengeur, un curé racontant ses souvenirs de guerre et de doutes, la mort d’un ami et pour finir un petit dialogue d’ex-buveurs amoureux au paradis.
   
   Le plaisir de lecture est le fruit d’une langue bien travaillée.
   
   « C’est un blanc que Francine servit dans le dernier verre. Des reflets d’ambre et de miel coururent sur la main du vieillard lorsqu’il se leva pour contempler le vin à la lueur de la lampe. Il n’y avait rien à dire. Il sentit que sa vie s’en allait avec cette lumière, avec cet or ancien. Il connaissait ce vin sans même le goûter. Il savait pourquoi elle l’avait choisi. C’était un loupiac de 1955, l’année où Francine était née.» P 46
   
   « C’était un homme plus ancien, oublié de lui-même, dont j’ignorais tout. Un inconnu, un fantôme apparu à la faveur d’une soirée un peu plus douce que les autres peut-être, d’un vin un peu plus puissant, ou à cause d’une grive musicienne morte par transparence.» P 142

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critique par OB1




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10 nouvelles
Note :

   "Le rouge et le blanc" … Ça vous fait penser à quelque chose? … Cherchez bien. Rouge et blanc, comme les vins. "Le rouge et le blanc" est un recueil de nouvelles qui ont un rapport au vin. Elles s’y rapportent ou le vin en est un des éléments. Sauf une. La troisième: "Accessoires".
   
   De bien belles nouvelles. Bien imaginatives, consistantes. Un peu à la littérature ce que de superbes amuse-gueules sont à un repas. On en prend un, on picore, et on se retrouve à avoir fini le plat et l’appétit comblé pour le coup.
   
   * "Mouches noyées" ne déparerait pas dans un recueil de Jim Harrison puisque les mouches en question sont des mouches à pêcher.
   "Le plus difficile est de ne pas leur arracher la gorge. Pour peu qu’ils aient eu le temps d’avaler profondément l’hameçon, on se trouve contraint à des actes de chirurgie fine.
   Rémi regretta de n’avoir pas ferré plus vite. Il prit son dégorgeoir, une mince tige d’inox dont il fit glisser l’extrémité fourchue le long du fil de nylon jusqu’à l’hameçon, solidement planté dans un anneau de la trachée. Par bonheur, les perches, pourvues d’une gueule vaste et souple, se prêtent de bonne grâce à ce type d’opération.
   Ne bouge pas, tu es presque sauvée, murmura-t-il sans chercher à convaincre."

   
   Mais qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’un précis de pêche. Le vin va débouler aussi. Mais bien d’autres choses, et des choses violentes et surprenantes. Laclavetine ne fait pas dans la nouvelle mièvre!
   * "Vendanges tardives", je m’en aperçois en tapant le titre de la nouvelle, pourrait se lire aisément "vengeances tardives", et serait un titre tout aussi adapté à cette nouvelle à la fin morbide. Vengeance.
   
   * "Accessoires" fait plutôt dans le coup de foudre réciproque d’un homme et d’une femme, plus heureux dans leurs couples respectifs. Coup de foudre éclair, faudrait-il plutôt dire, et tout aussi vite consumé. Désillusion.
   
   * "La Coupe d’oubli" est tout aussi désillusionné. Dans le genre "tel est pris qui croyait prendre". Antoine, le père finit en prison, après s’être débarrassé de la mère. Benoit, le fils, ramasse la mise, de manière plutôt machiavélique. Mais il y a un dernier petit paragraphe, avec Sophie, la nouvelle compagne de Benoit… La nouvelle n’est certainement pas terminée…
   
   * "Djinn", une histoire de saoulerie, triste. C’est triste les saouleries.
   
   * "La mort par transparence" ferait l’amorce d’un superbe scénario, entre amour, guerre, chienneries de la vie. Le vin n’y fait qu’un passage secondaire.
   
   De belles nouvelles de grande originalité. JM Laclavetine aurait du mal à prétendre n’être pas français. Je ne sais pas pourquoi précisément, feuilletant le recueil pour me remémorer les 10 nouvelles, cette pensée me traverse l’esprit. L’esprit des nouvelles de Laclavetine est français. Sans cocorico.

critique par Tistou




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