Lecture / Ecriture
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1Q84 - Livre 2 - Juillet-septembre de Haruki Murakami

Haruki Murakami
  Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil
  Les amants du spoutnik
  La course au mouton sauvage
  La fin des temps
  Chroniques de l'oiseau à ressort
  Kafka sur le rivage
  Le passage de la nuit
  La ballade de l'impossible
  Danse, danse, danse.
  L'éléphant s'évapore
  Autoportrait de l’auteur en coureur de fond
  Saules aveugles, femme endormie
  Après le tremblement de terre
  Sommeil
  1Q84 - Livre 1 - Avril -Juin
  1Q84 - Livre 2 - Juillet-septembre
  1Q84 - Livre 3 – Octobre-Décembre
  Underground
  L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage
  L’étrange bibliothèque
  Des hommes sans femmes

AUTEUR DU MOIS D'OCTOBRE 2005

Haruki Murakami est né au Japon en 1949. Il y a grandi et y a mené ses études jusqu'en 1974. A cet âge il se lance dans la vie active et gagne sa vie en faisant des traductions d'auteurs américains et en tenant un bar de jazz à Tokyo. Parallèlement, il écrit. C'est tout de suite le succès. Le talent de Murakami est reconnu et il obtient de nombreuses distinctions et prix littéraires.


Haruki Murakami se rendra ensuite aux Etats Unis où ils séjournera plusieurs années.
Revenu actuellement au Japon, il poursuit l'écriture de ses romans.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

1Q84 - Livre 2 - Juillet-septembre - Haruki Murakami

Harry Potter pour adultes
Note :

   Le livre 1 où les chapitres Aomamé succédaient aux chapitres Tengo, s’interrompait soudain comme faute de pages et le récit reprend tout à fait de la même manière dans le livre 2. Il n’y a ni résumé ni réintroduction, les chapitres alternés se poursuivent comme s’ils n’avaient pas été interrompus. Je vous conseille donc vivement de ne pas vous retrouver à la fin du livre 1 sans avoir le 2 à portée de main. Vous trouveriez la coupure vraiment pénible.
   Le phénomène ne se reproduit pas à la fin du livre 2 qui s’interrompt lui aussi abruptement mais après un retournement de situation chez Aomamé et un autre chez Tengo, très inattendus tous deux (et même un peu inexplicables, je trouve, mais bon…), qui font que le lecteur n’est pas complètement insatisfait de ce temps de digestion et de réflexion qui lui est accordé avant d’attaquer le livre 3 (prévu pour mars 2012, je le rappelle); et puis vraiment, s’il n’y tient plus, il peut toujours le lire tout de suite en anglais. Mais allez savoir, était-ce dû aux 1000 pages que je venais d’avaler, pour ma part, j'avais l’estomac un peu calé et j’ai trouvé cette pause pas malvenue du tout.
   
   Ce livre 2 poursuit donc purement et simplement les aventures du premier. Nos deux héros se rapprochent des Little People et des Précurseurs ainsi que de leur leader (vraiment beaucoup plus là, vous le verrez). La dimension fantastique est clairement introduite. Pour Les Little People, on découvre leurs façons de faire et leurs effets, mais pas encore leurs origines ou raisons d’être. Le lecteur découvre la teneur entière du roman dans le roman "La chrysalide de l’air" dont il n’avait jusqu’à présent pu voir que des extraits disséminés et le personnage de Fukaéri devient très complexe et difficile à cerner. Gageons qu’il nous réserve des surprises et peut-être pas toutes bonnes.
   
   H. Murakami nous a concocté là une sorte de Harry Potter pour adultes qui réunit tous les ingrédients nécessaires. On se laisse captiver par cette aventure étrange et suffisamment complexe et "épaisse" pour retenir l’attention et la réflexion. Il s’est par contre éloigné à mon avis de ses ambitions littéraires. Il commence d’ailleurs à lâcher quelques phrases amères sur une "intelligentsia" qui poursuivrait de sa vindicte les auteurs qui connaissent un succès populaire… air connu. C’est un signe. Et comme ils le sont tous dans ces cas-là, il est mauvais :
    « Tengo resta perplexe. Si un écrivain réussit un "texte tout à fait intéressant" qui "entraine le lecteur avec force jusqu’au bout", comment pourrait-on le traiter de paresseux? (…) Vis-à-vis des braves gens qui, après la lecture de la chrysalide de l’air, étaient restés "plongés jusqu’au bout dans un bassin d’interrogations mystérieuses", Tengo était sincèrement désolé. Il visualisa la scène dans laquelle flottait au hasard des gens, l’air tourmenté, accrochés à leurs bouées multicolores, dans une vaste piscine pleine d’interrogations. (…) Tengo ressentit une certaine part de responsabilité dans cette affaire.»
   
   En fait, quelques réflexions sont d’une puérilité consternante "Il n’était pas impossible que, à l’époque de l’arche de Noé, il y ait eu ce genre d’atmosphère. Et, au milieu d’un orage aussi violent, cela avait sans doute été très déprimant de s’embarquer sur une toute petite arche avec un couple de chaque espèce animale, des rhinocéros, des lions, des boas. Chacun devait avoir des habitudes de vie terriblement différentes, la communication avait dû être limitée entre eux, sans parler des odeurs corporelles, forcément puissantes." (!)
   
   Et les références répétées à un couple humain représentatif en l’image de Sonny and Cher, stupéfiantes (du moins à mes yeux). Et puis il ne suffit pas de le répéter plusieurs fois pour qu'une sottise devienne une pensée profonde: "Si tu as besoin qu'on t'explique pour que tu comprennes, ça veut dire qu'aucune explication ne pourra jamais te faire comprendre." Vraiment?
   
    J’ai regretté encore que Murakami ne puisse plus décrire une tenue vestimentaire sans nous citer les marques, c’est nouveau, ça! On se croirait dans James Bond! C’est sponsorisé?
   
   S’il n’y avait les scènes de sexe crues, on pourrait classer 1Q84 dans la section "Ados", alors, nous dirons "Adulescents" mais restée jeune comme je suis, je l’ai lu sans déplaisir et si je ne vais pas trop souffrir à attendre le Livre 3, je ne vais pas non plus le laisser passer sans le lire s’il navigue à ma portée quand viendra son temps.
   
   Allez, j'arrête de râler, n'oublions pas que c'est également une histoire captivante, une bonne lecture récréative.
   ↓

critique par Sibylline




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Ça se complique!
Note :

   "A partir d’un certain âge, la vie s’engage inévitablement dans un processus de déperdition. L’une après l’autre, des choses qui vous sont précieuses s’échappent et vous glissent des mains"
   
   Ce second volume, qu’il est impossible de lire sans avoir lu le premier, dont il est la suite directe, met en avant Aonamé et Tengo. Les choses se compliquent pour eux. Tengo se retrouve confronté à la disparition de Fuakani, dont la presse fait ses choux gras, en s’intéressant notamment à son passé. Mais il doit aussi faire face à un homme qui lui propose de l’argent, en lui demandant d’écrire un livre en sous entendant qu’il pourrait être l’auteur de "La chrysalide de l’air", secret pourtant en principe bien gardé. Ajoutez à cela le fait que la femme mariée qu’il a l’habitude de voir disparait aussi de sa vie sans aucune explication. Quant à Aonamé, elle est perturbée par l’assassinat de son amie policière et aussi par la confrontation avec le leader de la secte, qu’elle doit dans une nouvelle mission tuer, avant de changer d’identité.
   
   De nombreux éléments perturbateurs viennent donc troubler la vie de nos deux héros mais aussi nous permettre d’en savoir plus sur eux, en accédant à leur mystérieux passé et aussi au cœur de leur vérité, qui passe par "La chrysalide de l’air" et cette énigmatique secte abordée dans le premier volume.
   
   Du Haruki Murakami pur jus! Il nous entraine dans une aventure magique et tragique, en distillant les différents éléments petit à petit, laissant planer le suspens, toujours dans un univers onirique, avec la présence de son animal de prédilection le chat, des faits inexpliqués, mais aussi la description d’une secte dans laquelle il semblerait bien que nos deux héros aient des liens indéfectibles. Tout n’est pas encore dévoilé dans ce second volume. Mais tous les ingrédients sont mis en place, et l’étau se resserre entre Tengo et Aonamé, dont les destins semblent profondément liés. Mais il faudra encore attendre la lecture du tome 3 pour en avoir la clé!
    ↓

critique par Éléonore W.




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Vaut le détour
Note :

   L'histoire reprend là où le premier livre s'était interrompu. Tengo et Aomamé se cherchent toujours, sans jamais y parvenir. Dans le ciel, les deux lunes sont toujours là, mais seule Aomamé a l'air de l'avoir remarqué. Fukaéri a disparu depuis plusieurs jours, et Tengo commence à se demander si les Précurseurs, le mouvement sectaire dont elle a pu s'échapper, ne sont pas mêlés à tout cela. Au même moment, Aomamé, toujours professeur d'arts martiaux, reçoit une dernière mission de la part de la vieille femme qui l'emploie : elle est chargée d'assassiner le leader des Précurseurs, au cours d'une séance d'étirements censée le soulager des terribles douleurs qui l'accablent quotidiennement. Une fois ce travail accompli, Aomamé devra changer de nom, de visage, de vie. À moins qu'elle ne prenne une décision plus radicale encore. De son côté, Tengo est approché par une étrange organisation qui lui propose, sous un prétexte dérisoire, une énorme somme d'argent. Alors que, de part et d'autres, les événements mystérieux semblent se multiplier, Aomamé et Tengo sont plus près que jamais de se retrouver. Mais dans le monde étrange de 1Q84, les choses ne sont pas toujours ce qu'elles semblent être...
   
   Dès les premières lignes, le lecteur replonge avec délices dans le monde onirique créé par Haruki Murakami, cet univers légèrement décalé où des Little People tissent, nuit après nuit, des chrysalides de l'air. Les personnages sont toujours aussi énigmatiques et attachants, et la personnalité d'Aomamé est plus approfondie qu'auparavant dans les chapitres qui lui sont réservés. Bien sûr, on trouve un certain nombre de redites et de longueurs, notamment dans la première partie, et l'on se demande parfois si Murakami a été payé à la ligne ou s'il prend juste son lecteur pour un imbécile incapable de se souvenir du premier volume. Dans l'ensemble, les qualités et les défauts de cet ouvrage sont d'ailleurs les mêmes que ceux de son prédécesseur : l'histoire est prenante, avec une bonne dose de suspense, et l'imaginaire fonctionne à plein régime, mais le style est parfois surprenant (sans qu'on sache s'il s'agit d'un défaut de traduction, d'une rigueur de la langue japonaise difficile à rendre en français, ou d'une maladresse de la part de l'auteur), et certaines répétitions alourdissent considérablement l'ensemble (si, en refermant le livre, vous n'avez pas retenu que Tengo et Aomamé se sont pris la main quand ils avaient dix ans, et qu'ils n'ont jamais pu oublier ce qu'ils ont ressenti à ce moment-là, c'est vraiment que vous le faites exprès). Néanmoins, Murakami semble avoir décidé de lever un peu plus le voile sur certains mystères de son monde si particulier, notamment sur la nature des Little People ou sur le contenu du livre écrit à quatre mains par Fukaéri et Tengo, et ces éclaircissements ménagent une tension dramatique tout à fait appréciable, celle-ci atteignant son paroxysme avec le dernier chapitre, où un événement inattendu vient bouleverser toutes les certitudes du lecteur, et lui donne envie de se plonger aussitôt dans le troisième tome. Cela se confirme donc, "1Q84" constitue une trilogie inégale, bien moins impressionnante que "Kafka sur le rivage", mais suffisamment originale et bien écrite pour valoir tout de même le détour.
    ↓

critique par Elizabeth Bennet




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Lecteur malmené cherche issue
Note :

    Tout naturellement, nous retrouvons Aomamé confrontée aux graves événements qui se sont déroulés dans la Safe-house où la vieille dame offre refuge aux femmes victimes des violences sexuelles. Suite donc des aventures de la jeune femme, sans rupture dans la forme et le fond par rapport au premier livre. Souvenez-vous que nous avions laissé notre héroïne en proie à quelques doutes concernant sa raison. Aomamé a pris conscience de phénomènes étranges qui malmènent ses repères. Outre cette seconde lune apparue dans le ciel, les références à des faits historiques totalement occultés comme les répressions meurtrières contre les Précurseurs qui entrent ainsi dans la conscience de la jeune femme, voilà qu’elle apprend l’assassinat de Ayumi, la jeune policière dont elle se sentait si proche malgré leurs statuts différents. La tension se fait extrême pour elle quand elle apprend la disparition de la petite Tsubasa, protégée par la vieille dame après les tortures sexuelles qu’elle a manifestement subies. Consciente du choix crucial et de ses conséquences, Aomamé accepte une ultime "mission" confiée par sa marraine improvisée. Difficile d’en dévoiler davantage sans déflorer l’intérêt de cette suite qui repose à ce niveau sur le suspense. Sachez néanmoins qu’Aomamé rencontrera le Leader des Précurseurs. Deux chapitres tendus sont consacrés à ce tournant de l’histoire. Le destin d’Aomamé bascule, elle oscille entre aspiration mortifère et pulsion vitale. Alors que tout paraît écrit, le souvenir de Tengo se fait tellement pressant. Parallèlement, Aomamé est maintenant détentrice du lien entre le Leader et les fameux Little People, secret dont elle mesure la gravité. C’est aussi par hasard qu’elle est amenée à lire le livre de Fukaéri, ignorant bien sûr le rôle qu’a joué Tengo dans sa réalisation. Pour le coup, le lecteur n’est pas fâché d’accéder enfin à la teneur du roman dans le roman!
   
   En ce qui concerne Tengo, les événements se sont également compliqués. Qu’advient-il à sa maîtresse plus âgée? Comment gérer la cohabitation avec une jeune fille presque mutique? Fukaéri est-elle médium? Son récit révèle-t-il une réalité invisible, mais indiscutable? Tengo rejette les propositions malsaines du trouble Ushikawa, mais l’irruption de cet homme de paille accentue la certitude du danger encouru par Fukaéri. Enfin contraint de revoir son père dont la santé se dégrade, Tengo peut réviser ses peurs et ses traumatismes d’enfance. Alors que nous progressons inexorablement vers la fin du deuxième tiers de récit, Haruki Murakami ménage un rebondissement inattendu. Tengo le mathématicien n’échappe pas à l’univers fantastique de l’année 1Q84…
   
   L’alternance des récits étant acquise, les deux univers de Tengo et Aomamé poursuivent leurs voies parallèles. Même si le lecteur a bien perçu que ces deux-là se connaissent et aspirent à se retrouver, comme un idéal qui donne sens à leur vie, Murakami joue adroitement des rebondissements, repoussant toujours plus loin leur possible rencontre…
   
    Toujours sous-tendu par l’alternance des chapitres consacrés à chacun des personnages principaux, l’été de l’année 1Q84 n’a rien perdu en rythme et en intensité dramatique. L’intrigue s’oriente de plus en plus vers la prégnance du surnaturel. Mais le lecteur peut se sentir désappointé par le dernier rebondissement consacrée à Aomamé.
   
   Le lecteur malmené ne peut que se jeter sur le troisième volume

critique par Gouttesdo




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