Lecture / Ecriture
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Stabat mater de Tiziano Scarpa

Tiziano Scarpa
  Venise est un poisson
  Stabat mater

Tiziano Scarpa est un écrivain italien né en 1963. Il a publié des essais sur la littérature italienne contemporaine, des nouvelles, des romans et des pièces de théâtre.
Le prestigieux prix littéraire italien Strega lui a été décerné en 2009 pour son roman "Stabat Mater".

Stabat mater - Tiziano Scarpa

Un petit joyau vénitien
Note :

   "Madame Mère, au cœur de la nuit, je quitte mon lit pour venir, ici, vous écrire."
   
    C’est le début de "Stabat Mater" et immédiatement on est envahi par les amères pensées de Cecilia.
   C’est une jeune fille qui écrit ces mots, des mots qui vont se perdre dans le silence, elle est anxieuse, l’angoisse l’étreint quand elle écrit car de mère il n’y a pas.
   Chaque soir elle fuit vers son refuge, pour être seule, pour écrire, pour plonger dans le cœur de la nuit.
   Cette correspondance avec l’absente est sa raison de vivre, elle dialogue avec la mort, figure de Méduse qui l’effraye mais la comprend. Délires et hallucinations accompagnent ses nuits, elle est au bord de la folie.
   
   Les lettres sont tourmentées et aussi pleines d’espoir, parmi ses compagnes certaines ont retrouvé la mère aimée grâce à un portrait, un objet ou la moitié d’un médaillon.
   Cecilia a été comme beaucoup d’autres, abandonnée, orpheline elle a été éduquée par les sœurs, une éducation stricte, sévère tout entière tournée vers la musique.
   
   Les orphelines reçoivent une éducation, elles doivent très tôt déchiffrer la musique, jouer d’un instrument et aussi chanter. Toutes choses qui permettent au couvent d’amasser des dons car cet orchestre et ce chœur de femmes se produit auprès des familles nobles, pour les événements de la Sérénissime. Les jeunes filles jouent masquées, isolées du public et on les promène en barque une fois par mois, mais elles sont appelées à se marier ou plutôt devrait-on dire à être achetées.
   
   Le couvent est sombre, lugubre et la vie pour ces jeunes filles "Une longue suite de ténèbres", pourtant un jour elle n’est plus seule dans le couvent qui dort. L’arrivée d’un nouveau professeur de musique va changer sa vie. Il est prêtre, il est roux et se nomme Antonio Vivaldi.
   
   La sensualité de la musique va désormais l’habiter, elle fait des essais "aujourd’hui sur mon violon, j’ai essayé d’imiter les cris des oiseaux" elle revendique une liberté
   "Personne ne peut entendre la musique secrète qui s’élève dans notre âme. Personne ne peut empêcher qu’elle résonne en nous. Personne ne peut nous la voler."

   
   Elle vit avec une fièvre nouvelle "J’ai été traversée par le temps et par l’espace et par tout ce qu’ils contiennent." Grâce à son instrument et à la musique elle va bientôt revendiquer une liberté nouvelle.
   
   C’est la Venise du XVIII ème que ce roman ressuscite, la Venise de Canaletto.
   Dans ses notes l’auteur précise "la maîtrise instrumentale exceptionnelle des musiciennes de la Pietà attirait des auditeurs de toute l’Europe, surtout pendant les décennies où le père Antonio Vivaldi prêta son génie incomparable à cette institution."
   
   
   Un petit joyau qui mêle la tension de la folie, l’intensité et la pureté de la musique et la quête de l’identité. Un court roman très réussi, un personnage délicat qui va suivre la voie tracée par sa mère par delà le temps.

critique par Dominique




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