Lecture / Ecriture
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Le génie et la folie de Philippe Brenot

Philippe Brenot
  Le génie et la folie

Le génie et la folie - Philippe Brenot

En peinture, musique et littérature!
Note :

   Il n'y a point de génie sans un grain de folie
   
   "Le génie et la folie" de Philippe Brenot paru en 1997 est un bon bouquin!
   Sauf que j'allais vous dire (et même axer ce post là-dessus) que bizarrement l'auteur, psychiatre de son état, n'avait abordé que des génies issus de la littérature, la musique et la peinture. Quid des génies scientifiques?
   Sauf que... et ça c'est énorme (!) en prenant le bouquin avec moi pour m'installer devant cet ordinateur que m'aperçois-je??? Qu'en dessous de la photo, il y a un sous-titre: En peinture, musique et littérature.
   Donc... Il fallait lire "Le génie et la folie - En peinture, musique et littérature."!
   Et moi qui ai cherché Einstein, Newton, Descartes partout dans le bouquin!
   
   
   Donc pour résumer : j'ai appris qu'étrangement on ne trouve que très peu de dingues dans la musique, peu également dans la peinture et une palanquée de fous sévères en littérature. C'est même la catégorie reine! Ils se regroupent tous dans le même art! Ce qui d'ailleurs me fait dire que tous ceux qui ont échoué à devenir de prodigieux écrivains n'ont rien à regretter et surtout que la raison à leur échec est désormais lumineuse: ils étaient lamentablement mauvais normaux!
   
   On trouve donc en littérature un paquet de névrosés :
   Nietzsche souffre de fragilité maladive et d'hyperémotivité qu'il surcompense avec "la volonté de puissance et l'exaltation des instincts" : ou comment être un surhomme quand on se sent un soushomme.
   Dostoïevski dépasse sa névrose de culpabilité en mettant en scène la soumission, la haine, la vengeance et le pardon: ou comment se réparer.
   Flaubert s'évade en littérature afin de supporter sa névrose de caractère et son retrait du monde: ou comment voyager sans bouger de chez soi.
   Marcel Proust atteint de névrose phobique et de troubles obsessionnels ressemblait ni plus ni moins à un infirme, passant de longues périodes confiné dans sa tanière tapissée de liège et gouvernant tout de son lit.
   Franz Kafka atteint de dysmorphophobie craignait de devenir difforme, chauve, et de présenter une déviation de la colonne vertébrale (mais où pouvait-il aller chercher cela? Quelle imagination ce Franz!). Pour déjouer son futur (et terrifiant) destin morphologique, Franz Kafka s'oblige à des bains d'eau glacée ou des contraintes corporelles...
   Pour ceux qui ont lu Kafka ou entendu parler de "La métamorphose" (1912), cette dysmorphophobie éclaireront les lecteurs qui ont trouvé cette nouvelle bien énigmatique: Grégoire Samsa, simple représentant de commerce s'est éveillé un beau matin "transformé en une véritable vermine". C'est à dire que Samsa est devenu un insecte humain.
   Un insecte a-t-il une colonne vertébrale? A-t-il des cheveux? Il ne me semble pas...
   Jean-Jacques Rousseau a, lui, confessé ouvertement son amour de... la fessée!
   "J'avais trouvé dans la douleur, dans la honte même, un mélange de sensualité, qui m'avait laissé plus de plaisir que de crainte de l'éprouver derechef de la même main".
   Et Jean-Jacques ne s'en tient pas au seul plaisir du masochisme, il le cumule avec celui de l'exhibitionnisme: "J'allais chercher des allées sombres, des réduits cachés où je puisse m'exposer de loin aux personnes du sexe, dans l'état où j'aurais voulu être près d'elles [...] Le sot plaisir que j'avais à l'étaler à leurs yeux ne peut se décrire."
   Je vous rappelle que Jean-Jacques Rousseau est particulièrement célèbre pour ses travaux sur l'Éducation...
   Ce cher Lewis Carroll passera, lui, le plus clair de son temps à séduire des enfants sans, semble-t-il, n'en toucher aucun autrement qu'avec son appareil photo.
   François Villon, délinquant notoire, prend la fuite après un homicide. Malgré une lettre de rémission en 1456, il remet ça et commet à nouveau un vol avec effraction! Il entre dans la bande des Coquillards (dont le nom signifie escrocs et faussaires) et passe plusieurs années en errance, ne vivant que de larcins. Sa vie compte moult arrestations, incarcérations, condamnations mais à tout voleur, tout honneur: des tas de collèges et de lycées portent son nom!
   Byron donne dans l'inceste. Il couche avec sa demi-sœur et lui fait un mioche. En dehors de cela, il cumule les dettes, l'ivresse et l'agressivité.
   Baudelaire est un mégalomaniaque au narcissisme blessé.
   Gérard de Nerval est maniaco-dépressif et sa folie aura raison de son génie. Il entendait les voix d'Adam (celle là est plutôt balèze), de Moïse et de Josué. Il s'enfonce dans la maladie et son délire s'enrichit: il descendait de Folobelle de Nerva dont tous les descendants mâles portaient comme lui le tétragramme de Salomon sur la poitrine.
   Antonin Arthaud souffrait également de dissociation schizophrénique et passa 8 années dans un asile.
   Guy de Maupassant n'échappera pas à la schizophrénie. Evolution neurologique de la syphilis ou hérédité familiale, le fait est que notre Guy se sent envahi: "Or un soir, j'ai entendu mon parquet craquer derrière moi, sûr, sûr, sûr que je n'étais pas seul dans ma chambre. [...] Je commence à voir des images folles, des monstres, des cadavres hideux..." (La Lettre d'un fou – 1885)
   Rimbaud a été plus malin... Lui s'est senti sombrer. Il a tout arrêté, tout quitté et s'est enfui, loin de sa folie.
   
   Chez nos amis philosophes on notera le très halluciné et délirant Socrate ainsi que le paranoïaque Auguste Comte qui se proclamait "Grand-Prêtre de la religion de l'Humanité".
   Arthur Schopenhauer se croyait victime d'un complot destiné à étouffer son œuvre... et se comparait sans complexe à Jésus. Mais ce délire des grandeurs va se durcir et la paranoïa confortablement s'installer: il se met à rédiger ses notes en latin, grec, sanscrit pour éviter toute indiscrétion.
   Camus était un mélancolique et Cocteau, un dépressif. Hemingway un maniaco-dépressif ainsi que Virginia Woolf, tout comme Schiller et Goethe.
   
   Wilhem Reich, très grand psychiatre et psychanalyste, passionné de philosophie, s'identifiait au... Christ! (On vous a prévenu... la psychanalyse c'est dan-ge-reux!).
   
   De même, question sexe, les écrivains géniaux sont à la peine!
   Mis à part des Simenon aux 10 000 femmes ou des Victor Hugo, l'écrivain ne brille pas par ses prouesses d'amant! Et Marguerite Duras confirme: "Beaucoup d'intellectuels sont des amants maladroits, timides et effrayés, distraits... J'ai remarqué que les écrivains qui font superbement l'amour sont beaucoup moins de grands écrivains que ceux qui le font moins bien et dans la peur." Et TOC!
   Ce qui peut également grandement valoriser les écrivains ratés... Ils peuvent remercier Marguerite qui leur a donné quelques lettres de noblesse, peut-être pas celles qu'ils espéraient mais bon... C'est tout de même ça de pris.
   
   Beaucoup de génies furent célibataires et nombre de créateurs littéraires furent homosexuels (clairement définis ou cachés); ceci pour résister à la tentation interdite, la plus grande, la plus massive de toutes: coucher avec maman! Philippe Brenot, l'auteur, le dit mieux que moi certes "cette fréquente homosexualité masculine peut se comprendre dans le rapport œdipien à cette mère jocastienne qui focalise toute l'énergie pulsionnelle sur sa relation exclusive." Il n'empêche que dans la liste des auteurs qui auraient bien fricoté avec leur mère si l'inceste était moralement possible, nous retrouvons des "fils à maman" avérés et d'autres moins: Proust, Genet, Jouhandeau, Verlaine, Roussel, Wilde, Montaigne, Montherland, Cocteau, Rimbaud, Loti, Gide, Andersen...
   Et dans l'autre camps, celui des femmes écrivaines qui auraient bien été sous la couette avec papa, mais parce que "c'est-carrément-pas-possible", ont vécu peu ou prou une relation homosexuelle, nous avons : George Sand, Colette, Virginia Woolf...
   
   Si vous désirez entrer plus en profondeur dans la vie des écrivains, des peintres et des musiciens qui font partis du cercle des barrés, barjos, cintrés, timbrés, ou peut-être tout simplement du cercle des êtres extraordinaires, je vous conseille ce bouquin qui se lit facilement et agréablement.
   Si vous êtes atrocement ordinaire, n'espérez plus devenir génial mais ce bouquin pourra néanmoins (lot de consolation) vous montrer à quel point la vie d'un génie n'est pas une vie facile et ça fait du bien!

critique par Cogito




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