Lecture / Ecriture
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La conversation amoureuse de Alice Ferney

Alice Ferney
  L'élégance des veuves
  Dans la guerre
  Grâce et dénuement
  La conversation amoureuse
  Les autres
  Le Ventre de la Fée
  Paradis conjugal
  Cherchez la femme
  Les bourgeois

Née en 1967, écrivain français dont le vrai nom est Cécile Gavriloff, elle a choisi ce pseudonyme en hommage à Voltaire (qui résidait à Ferney) et à Lewis Carroll, ou du moins à son Alice.

Alice Ferney est enseignante et Docteur en Sciences Economiques.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La conversation amoureuse - Alice Ferney

L’amour en fuite.
Note :

   Des femmes, des hommes. Une femme, un homme. Des femmes, des hommes. Pauline, Gilles.
   
   Pauline est jeune, désirable. Gilles est plus âgé, séducteur. Il a jeté son dévolu sur Pauline et le livre nous raconte la naissance de cette histoire d’amour, pas toujours à sens unique, avec en contrepoint des histoires d’hommes, de femmes, qui connaissent Pauline et Gilles mais qui ne savent pas le drame amoureux qui se joue.
   
   Un amour pourra-t-il jamais se jouer à égalité de chances ? Comme dans « Belle du seigneur » d’Albert Cohen, ce ne sera pas le cas ici. Comme dans « Belle du seigneur » l’homme est manipulateur, la femme manipulée. La comparaison s’arrêtera là car « La conversation amoureuse » est une oeuvre féminine et il y a dans cette oeuvre plus de « chair de l’amour », plus de tendresse, plus de ce qui fonde les rapports amoureux. Même s’ils sont biaisés.
   
   « L’approche » de Pauline par Gilles est remarquablement traitée par Alice Ferney et je reste confondu par le volume de lignes, de pages qu’elle a pu produire sur le fait. (Comme dans « Belle du seigneur » finalement.) Les rapports entre les autres couples ou hommes et femmes qui constituent l’entourage social de Pauline et Gilles sont aussi remarquablement traités, intervenant comme des bouffées d’oxygène dans le constat implacable et étouffant des manoeuvres de Gilles et de Pauline.
   
   D’où vient que pourtant la lecture de cette conversation amoureuse nous paraisse longue ? Car c’est le cas. Comme la sensation d’être enfermé dans un cadre trop étroit. C’est pourtant remarquablement écrit mais le quasi huis-clos est étouffant.
   L’amour est plus que jamais un moteur essentiel de nos vies sociales. Et tout moteur peut avoir des ratés. C’en est l’histoire.
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critique par Tistou




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Une vision rétrograde de la féminité
Note :

   Une fois n'est pas coutume, mais voici un livre qui m'a marquée pour de mauvaises raisons...
   
   Au long des 470 pages de ce roman, je n'avais pas réussi à croire ne serait-ce qu'une seconde au personnage de Pauline, jolie femme un peu superficielle et écervelée... Et j'avais été littéralement sidérée de découvrir sous la plume d'une femme d'aujourd'hui une vision aussi rétrograde de la féminité (version jolie potiche un peu fleur bleue, si vous voyez ce que je veux dire...). "La conversation amoureuse" traite d'un sujet rabâché à l'infini, à grand renfort de clichés, et abstraction faite de certains éléments de décor et de la délicatesse de l'écriture d'Alice Ferney, je me serais crue face à un de ces romans sentimentaux à deux sous des années 1940 dont j'avais retrouvé quelques exemplaires dans la bibliothèque de mes grands-parents: invraisemblables et terriblement "datés".
   
   Il est vrai que cette "conversation amoureuse" est très joliment écrite, mais je ne peux que regretter qu'Alice Ferney n'aie pas mis la finesse de son style au service d'un propos plus consistant. Une grosse déception...
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critique par Fée Carabine




* * *



La magie et la puissance du désir amoureux
Note :

   L'histoire commence par "un couple de futurs amants marchait, au milieu de la chaussée, dans une rue piétonne, un peu avant l'heure du dîner."
   
   J'ai aimé ce livre et je me suis accrochée aux débuts confus et laborieux, parce que j'étais partie – à tort – dans l'idée que "la conversation amoureuse" ne serait qu'un roman à deux voix. Mais la construction est plus subtile, "La conversation amoureuse" est un roman à deux voix, tissé dans le roman de nos vies, de nos couples, les nôtres, ceux qui nous ont servi de modèle comme de contre-modèle, et ceux qui nous entourent.
   
   Nous retrouvons le talent d'Alice Ferney qui a ici encore une construction mentalisée pour décrire le monde émotionnel. Et cela me fascine comme cela m'éclaire sur ce monde des émotions. Ce monde des émotions est opaque quand on n'y pénètre pas, opaque quand on y est pénétré. Seuls les allers-retours entre émotion et réflexion éclairent ce monde fascinant. Et Alice Ferney a, pour moi, un talent incomparable, pour construire "autour" de l'émotion.
   
   Et je me dois de préciser que la lecture de "La conversation amoureuse" m'a d'autant plus fascinée que je me suis replongée dans une période de ma vie amoureuse, période belle et obscure, période qui souffre souvent de manquer d'éclairages, période sourde et aveugle à tous les éclairages ….
   
   … Qu'est-ce que l'amour ? …
   
   On pourra lire beaucoup sur ce qu'est l'amour au travers de l'évolution d'un couple. Tous ont connu sans mal les trois premières étapes. Nombreux rêvent encore de connaître la quatrième … Alors ? L'amour, qu'est-ce ?
   
   * Est-ce tomber amoureux, rêver des caresses, imaginer des promenades, lire en l'autre comme il lit en soi, se nourrir de silences et de regards, saliver et perler de sueur en pensant à son corps sous nos mains?
   
   * Ou est-ce après? Le moment de la construction de la relation en s'adaptant à l'autre, cette période où des projets se concrétisent comme preuve et ciment de l'amour déclaré maintenant au monde?
   
   * Et est-ce le même amour, exsangue cette fois, fatigué ou complètement mort, quand chacun dans son couple est épuisé de ses conflits intérieurs comme de ceux avec son conjoint? Est-ce que ce moment où l'un ou les deux décide de l'arrêter est l'intime preuve que l'amour a existé, puisqu'il n'existe plus? A moins que la finitude d'un amour prouve au contraire qu'il n'a jamais existé? La littérature romantique de l'Amour unique à différencier de la Passion encombre nos réflexions. L'amour procure des émotions, et comme toute émotion, elles sont pleines de sens et d'instantanéité.
   
   * Alors d'aucuns diront que l'Amour, le vrai, est ce dernier moment où au contraire le couple sublime les conflits, tant intérieurs qu'entre eux. Grâce à leur amour, ils vont enfin accéder à l'acceptation conjointe de ce que chacun est et de ce que l'autre est.
   
   Alice Ferney évoque en filigrane ces phases du couple, et un certain nombre va exploser en phase 3. Ce qui, du reste, est assez cohérent avec les statistiques actuelles de séparation ...
   
   La quête de l'amour
   Alice Ferney va surtout peindre et dépeindre la vie d'un couple illégitime, leur vie à chacun des deux comme la quête de l'amour ultime porté par le désir amoureux. Alice Ferney dévoile la magie blanche et noire, la puissance bénéfique et maléfique du désir amoureux sur l'homme, la femme, le couple.
   
   Dans cette quête, Alice Ferney postule des différences entre homme et femme. Pourquoi pas? Je comprends que cette étiquette rend l'histoire socialement plus fluide, accessible. "La femme sensible" et "l'homme raisonnable" nous renvoient à des images sécurisantes, pour ne pas dire d'Epinal… C'est un postulat qui augmente le réalisme de l'œuvre, qui évite de s'en décrocher. Mais je n'y crois pas, je ne crois pas à la théorie stendhalienne de la cristallisation, qu'une fois la langueur partagée, le désir féminin se love sur lui-même et sacralise l'être aimé, tandis que le désir masculin va en s'amenuisant. Je crois que cette histoire aurait pu être vécue inversement, "l'homme sensible" et "la femme raisonnable". Mais cette incidente n'enlève rien à la pertinence d'Alice Ferney. Son roman ne traite pas des différences entre les hommes et les femmes, mais du désir amoureux.
   
   Un triptyque littéraire sur trois siècles
   
   Tout au long de ma lecture, je me suis aussi amusée en pensant aux "Vingt quatre heures d'une femme sensible" de Constance de Salm, roman épistolaire publié en 1824, et repris par Stephan Zweig sous le titre "Vingt quatre de la vie d'une femme" en 1929. Ces deux écrivains ont, chacun par leur point de vue, regardé l'amour perdu (Constance de Salm) et l'amour vécu (Stephen Zweig). Alice Ferney complète le triptyque sur la vie entière du couple éperdu.
   
   D'un siècle à l'autre, il est fascinant de constater que les environnements sociaux vont décomplexer le désir amoureux, mais ne pas en changer sa nature ni sa force ou sa fougue. En 1824, une femme n'étale pas ainsi son désespoir amoureux. En 1929, une femme ne quitte pas mari et enfants pour s'adonner à sa passion aussi subite que fulgurante. Et en 2000, une femme garde son secret, et ce n'est pas par convenances sociales…. sortir du secret serait sortir de l'empreinte.
   
   Vous l'aimerez aussi …
   Partez (re-) découvrir le désir amoureux. Cela est si différent de la passion, "on peut être si seul qu'un autre vous devient tout". Car l'amour ça existe, et c'est beau, et ça se voit, et ça se vit, avec ses phases, ses projets, ses trucs, ses machins, mais ça existe hors de la passion-fusion. J'en connais qui appellent ça complicité sur nos trois intelligences mentale, instinctive et émotionnelle, en même temps, tour à tour..., d'autres appellent cela synchronisation ... Moi, j'appelle ça l'amour. Si cet amour véritable est basé sur la Vérité, sa quête et son aboutissement sont portés par le désir amoureux …
   
   Le désir amoureux est magique et puissant. Le désir amoureux est la flamme qui chauffe et qui éclaire. Le désir amoureux est l'énergie nécessaire pour se voir et voir l'autre tel qu'il est. Le désir amoureux est un jardin secret qui préserve de l'étouffement du couple, qui avive l'attachement à son conjoint, oxygène le goût pour la vie. Le désir amoureux naît de se sentir vraiment regardé, "Un homme (une femme) m'a réveillée et il (elle) ne t'a rien pris, je suis là. Le secret est l'écrin du bonheur."

critique par Alexandra




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