Lecture / Ecriture
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Le cri de la mouette de Emmanuelle Laborit

Emmanuelle Laborit
  Le cri de la mouette

Le cri de la mouette - Emmanuelle Laborit

La vie en sourdine *
Note :

   Le cri que lançait Emmanuelle Laborit en ce printemps 1994 n’est pas prêt de s’éteindre. Il semble même d’une actualité brûlante si j’en juge par l’appel que la comédienne a adressé sur la toile en septembre dernier. Qui peut rester indifférent?
   
   Je n’ai pas pu me rendre à la médiathèque de ma petite ville le soir où ce récit a été débattu par le club des lecteurs. Et c’est vraiment dommage, car il m’a été rapporté que la discussion autour du thème principal y a été très vive, voire houleuse, tant il semble que les thèses en faveur ou contre la langue des signes restent des sujets passionnels!
   
   À l’époque (1994), cette toute jeune femme a entrepris d’écrire sa courte biographie pour expliquer posément son combat. Elle rebondissait sur l’ immense victoire que représentait le Molière du meilleur espoir féminin! Une consécration pour une comédienne qui débutait, une conquête inouïe pour une jeune fille en révolte contre la "surdité" de la société face aux difficultés des sourds.
   
   Ce récit ressemble à une biographie, puisqu’Emmanuelle Laborit s’appuie sur son expérience personnelle pour dresser le constat et la problématique rencontrés par toutes les familles confrontées à ce handicap. D’abord, elle évacue le vocabulaire et les métaphores ridicules qui prétendent adoucir la réalité. Pour elle, il sera question des sourds et des entendants. Point.
   
   Le lecteur sera donc immédiatement mis au fait de difficultés insoupçonnables pour qui n'est pas en situation. Comment mémoriser un mot aussi basique que le mot "maman" quand il n’est lié à aucune résonance? Emmanuelle décrit longuement les efforts de la petite fille et de son entourage pour stimuler sa compréhension à partir de méthode fondée sur l’apprentissage de mimique ne correspondant à aucune stimulation mémorielle. Jusqu’au jour où l’attention de son père est éveillée à propos de la méthode des signes, née et développée aux USA. Dès lors, l’enfant en colère, la Mouette qui crie pour attirer l’attention a trouvé un moyen pour communiquer…
   
   Il faut lire et relire ce témoignage terrible. Je dis terrible parce qu’il nous oppose à notre propre insensibilité collective face à une discrimination sournoise. Pourquoi ne pratique-t-on pas cette langue dès la maternelle? Pourquoi tant de passion encore dans le refus de cette pratique? Pourquoi ce regard distancié et craintif face aux personnes différentes?
   
   Dans sa conclusion , Emmanuelle Laborit écrit :
   "J’ai encore beaucoup à apprendre, je me pose encore beaucoup de questions. Apprendre, il faut le faire toute sa vie. Si l’on arrête d’apprendre, on est fichu…" ( page 218)

   Même si l’auteur considère le Français comme sa deuxième langue, ce qu’elle écrit en toute simplicité nous renvoie à une vérité universelle imparable. Celui qui estime en savoir assez est déjà mort. À bon entendeur…
   
   
   * Titre du livre de David Lodge sur le thème de la surdité

critique par Gouttesdo




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