Lecture / Ecriture
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C'ta ton tour Laura Cadieux de Michel Tremblay

Michel Tremblay
  Le cahier rouge
  C'ta ton tour Laura Cadieux
  Les belles sœurs
  Bonbons assortis
  Un ange cornu avec des ailes de tôle
  Quarante-quatre minutes Quarante-quatre secondes
  Chroniques du plateau Mont-Royal
  Le trou dans le mur
  La Traversée du continent
  La traversée de la ville
  La Traversée des sentiments
  Au hasard la chance

Michel Tremblay est un écrivain québécois, né en 1942.
Il écrit des romans et du théâtre.
Il a profondément marqué le monde littéraire canadien en utilisant le dialecte québécois (le joual), en exerçant une critique de la société sclérosée et en choisissant ses personnages principaux parmi les classes laborieuses ( des femmes, en particulier). Par delà même le monde littéraire, il a eu une réelle influence sur l'évolution des idées au Québec.
La qualité de son travail est reconnue et, depuis 30 ans, son oeuvre est couronnée de prix.

C'ta ton tour Laura Cadieux - Michel Tremblay

Se laisser porter par la «musique» du joual
Note :

   Depuis plus de 10 ans, chaque semaine, Laura Cadieux se rend chez son médecin (son «génie-coyole») pour sa piqûre censée réduire ses problèmes de rétention d'eau et d'obésité. Dans cette attente du praticien, qui dure parfois de longues heures, avec les autres patients, elle s'adonne aux commérages et à divers jeux de cartes. Et nombre d’entre eux (elles, surtout) se retrouvent en ce lieu de semaines en semaines.
   
   «Vers quatre et cinq, le docteur s'est amené. Y'avait l'air pas mal fatiqué. On y'a toutes dit bonjour, mais comme d'habetude, y nous a pas répond. Ben, y nous r'garde même pas. Y'est ben fin quand on est tu seul avec lui dans son bureau…»
   
   Mal dans sa peau, angoissée, dans une société qui semble la rejeter et que souvent elle ne comprend pas, on sent une bonne part de révolte contenue chez Laura, même si elle explose parfois. Enfermée dans une condition sociale sans réel débouché et incapable de perdre du poids, elle n’a d’autre alternative que de se complaire avec les gens qui lui ressemblent. C’est donc ensemble qu’ils se libèrent, un tant soit peu et à leur manière, du fardeau de cette société qui paraît les mépriser, mais c’est tout à fait réciproque.
   
   L'originalité de ce livre repose aussi sur le fait que le texte est entièrement écrit en joual (français populaire québécois). Déroutante aux toutes premières lignes, la lecture coule néanmoins fort aisément et s'accompagne intérieurement de cette musique et des inflexions bien agréables de la langue. On y prend vite goût et c’est un réel plaisir.
   
   Michel Tremblay dépeint admirablement bien ce milieu populaire dans lequel il semble avoir grandi. C’est avec une précision parfois grinçante et sans complaisance qu’il nous présente Laura Cadieux et sa condition.
   Un livre très fort qui réjouit autant qu’il peut mettre mal à l’aise.
   
   À l'automne 1998, « C'ta ton tour Laura Cadieux» était porté au grand écran et a connu un record d'affluence. Denise Filiatrault y assurait la réalisation entourée d'une brochette de comédiennes de renom dont Ginette Reno dans le rôle principal de Laura Cadieux.
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critique par Véro




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Le théâtre de Michel Tremblay
Note :

   Il y a d'abord une préface de Manon Gauthier, comédienne, qui pour avoir interprété sur scène Laura Cadieux sait nous en parler merveilleusement bien. Alors comme je ne veux pas la plagier, je résume succinctement : Laura Cadieux nous parle, nous raconte sa vie, ses copines, ses petits soucis, ses grands bonheurs, ses crises de rire. Elle est grosse et en souffre, et toutes les semaines depuis 10 ans elle va chez le médecin pour soigner sa rétention d'eau. Là-bas elle retrouve ses consœurs, et elles passent le temps ensemble en papotant.
   
   Ah si vous saviez ! Comme c'est truculent, drôle, triste aussi, émouvant... Comme c'est la vie, tout simplement. Quant au joual, loin de constituer un obstacle pour la française que je suis, il ajoute au charme de ce si sympathique personnage. A part quelques détails typiquement québécois (comme Cherry Blossom, mais vous voyez ce sont vraiment des trucs très précis), qu’on ne connaît pas en France, c'est tellement imagé, forcément on comprend. J'ai beaucoup gloussé en lisant ça, beaucoup lu à haute voix aussi comme on nous le recommande, en tentant (pathétique !) de prendre l'accent ...
   
   Tiens une phrase comme :"Les ciboires, de tabarnacs, d'hosties de saint-chrèmes, de chiennes sales de pisseuses, m'as toutes les tuer, calvaire ! Toute la maudite gang de trous de cuses !" Bon ben même si ce ne sont pas des mots que je connais, je comprends très bien que ce sont des insultes…
   
   Dans la même page, soudain, un truc qui vous tue, l'émotion à l'état brut :
   "Non, reste, moman. J'pas capable de parler, là, mais j'vas te parler, tantôt. Tantôt, j'vas être capable... Reste. J'ai besoin de toé.
   On est restés une bonne demi-heure, pis Madeleine s'est endormie. A l'avais trop pleuré, j'pense. Chus sortie sur le bout des pieds. J'avais le cœur tout croche. Ca l'a été le plus beau moment de ma vie. Ah, oui."

   
   Enfin, bref, j'ai aimé, beaucoup aimé, je rêverais de le voir sur scène maintenant...

critique par Cuné




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