Lecture / Ecriture
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Gains de Richard Powers

Richard Powers
  Le temps où nous chantions
  La chambre aux échos
  L'ombre en fuite
  Générosité
  Gains
  Le dilemme du prisonnier
  Orfeo

"Richard Powers est un écrivain américain né le 18 juin 1957 à Evanston dans l'Illinois aux États-Unis.

Après quelques années d'études de physique, il commence des études de littérature à l'Université de l'Illinois où il obtient son Master of Art en 1979. Il devient un auteur reconnu et à succès aux États-Unis au début des années 1990, avec des romans explorant la relation entre sciences (physique, génétique), technologie, et art (musique). "La Chambre aux échos" reçoit en 2006 le National Book Award." (Wikipedia)



* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Gains - Richard Powers

Ce monde-là est le nôtre
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   Mais où Richard Powers va-t-il entraîner son lecteur cette fois-ci? Comme à son habitude, il propose du copieux.
   "Votre vie, c'est de la chimie
    Et la chimie, c'est notre vie."

   Une petite entreprise familiale proposant dans les années 1830 bougies et savon va devenir en moins de deux siècles Clare Inc, une gigantesque multinationale cotée en bourse, offrant toniques et baumes, savons, lessives, désinfectants, engrais, etc...
   A la fin des années 90, à Lacewood, Illinois, siège des usines Clare, Laura Bodley est à 42 ans une mère de famille dynamique, adorant le jardinage, et réussissant fort bien dans l'immobilier. Jusqu'au jour où elle est opérée d'un cancer des ovaires (pronostic pas très favorable...) et entame le douloureux parcours de la chimiothérapie, radiothérapie, hospitalisation...
   Le récit alterne les deux histoires, et petit à petit on saisit le lien entre les deux.
   
   En deux siècles, le progrès envahit les jeunes Etats Unis, gaz, télégraphe, électricité, chemin de fer changent la vie des habitants, en même temps que les méthodes du "toujours plus de profit", "toujours grandir", "faire consommer de plus en plus" envahissent le paysage par le biais de Clare, étendant ses tentacules partout et survivant aux crises.
   
   "L'entreprise pouvait fabriquer elle-même l'alcali qui servirait de base au savon dont les résidus nourriraient les engrais susceptibles d'améliorer les récoltes qui elles-mêmes produiraient le whisky destiné à abreuver les ouvriers qui faisaient fonctionner l'usine d'alcali."

   Entre deux chapitres sont insérés divers documents, dont des publicités, parfois naïves au tout début, mais rapidement Clare comprend l'utilité d'investir dans ce secteur, pour finir par les merveilles du marketing:
   "La télévision créait une demande de masse, laquelle entrainait la mise en place d'usines plus grandes, donc de produits meilleur marché, donc d'une consommation élargie, qui elle-même permettait davantage d'émissions télévisées, donc un coût moins élevé par message."
    "Les publicités réclamaient davantage de savoir-faire, de prises de vues, de technicité et d'ingéniosité que les programmes qu'elle rendaient possibles. Elles arrivaient, en moins d'une minute, à suggérer plus d'histoire et d'aventure que leurs émissions parasites, qui pourtant s'étiraient sur presque une demi-heure."

   Le consommateur est complice, allant jusqu'à "mettre en bouteille l'eau salée qui allait entretenir sa soif."
   
   Parfois les détails sont techniques, Powers ne nous épargne pas un produit chimique, mais le sérieux emporte l'adhésion. Les mécanismes sont bien démontés et parfois on a froid dans le dos. Pas de sentiments! "Croître ou mourir!"
   
   Powers est redoutablement efficace dans sa dénonciation, usant souvent comme à son habitude d'images donnant de la chair et parfois un peu de lyrisme feutré à ses propos.
   
   Et Laura dans tout cela? La courageuse, qui lutte contre la maladie malgré son corps qui se délabre et tient bon au milieu des nausées et des douleurs. La mère, qui continue à éduquer du mieux qu'elle peut ses deux enfants. Les médecins semblent craindre les procès s'ils s'engagent trop, les traitements sont chers (heureusement elle a une bonne assurance). Petit à petit elle lâche prise mais n'oublie pas ceux qu'elle aime.
   "Elle sort le classeur en plastique à trois anneaux dans lequel elle notait dans le temps les dates et les heures des activités extra-scolaires des enfants et l'étiquette bien proprement: 'Enterrement'. Puis elle le remplit de numéros de cantiques, de poèmes qu’elle aime particulièrement, des noms de ses œuvres caritatives préférées."
   L'émotion nait de ces faits froidement rapportés : elle prévoit les futures réparations de la maison, le camp de vacances de son fils, etc. Les rapports avec ses enfants vont évoluer, rapportés par petites touches.
   
   Conclusion : Un bon cru Powers. Sérieux, documenté. Pas de pathos ni d'attaques à visage découvert, mais liberté pour le lecteur de réfléchir et tirer ses conclusions. Ce monde-là est le nôtre.

critique par Keisha




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