Lecture / Ecriture
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Le vase ou meurt cette verveine de Frédérique Martin

Frédérique Martin
  Femme vacante
  Le vase ou meurt cette verveine
  J'envisage de te vendre
  Sauf quand on les aime

Frédérique Martin est une écrivaine française née en 1963.

Le vase ou meurt cette verveine - Frédérique Martin

Amour... toujours
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   Joseph et Zika sont mariés depuis cinquante six ans et n'ont jamais été séparés. Mais voilà que la santé de Zika nécessite des soins sérieux et la décision est prise sous la pression des deux enfants du couple, Gauthier et Isabelle. Joseph et Zika vont quitter leur maison, Zika ira chez Isabelle à Paris et Joseph chez Gauthier à Montfort. Bien sûr, tout cela n'est que provisoire, dès que possible Zika reviendra s'installer chez Gauthier avec son cher époux.
   
   Le roman est constitué de l'échange de lettres entre les deux vieux amoureux, le cœur déchiré par la séparation, s'aimant comme au premier jour. Je me croyais partie pour une histoire gentillette et lisse, agréable et sans trop de soubresauts. Que nenni, l'auteur sait nous réserver des surprises et des aspérités inattendues, avec une douceur et une émotion qui vous cueillent sans crier gare! Reçu à midi dans ma boîte aux lettres, le roman était terminé le soir, c'est vous dire si j'ai pris très à cœur le sort de Joseph et Zika.
   
   Si le ton peut être humoristique par moment et plein de tendresse, les questions de fond sont essentielles et suggérées à travers l'histoire. Qu'est-ce que la vieillesse? Qu'est-ce que l'autonomie? Pourquoi traite-t-on maintenant les vieux en les infantilisant, comme si les faiblesses du corps rendaient inaptes à prendre les bonnes décisions pour soi? Quelles relations avons-nous eues avec nos enfants? A quel moment nos capacités d'amour rencontrent-elles des limites infranchissables?
   
   Pour Joseph et Zika, la machine se grippe assez vite. Ils découvrent chacun leurs enfants sous un jour qu'ils ne connaissaient pas. Ont-il vraiment été ces deux vieux égoïstes trop centrés sur eux, comme le leur reproche Isabelle? Joseph de son côté, va découvrir une facette de son fils complètement inattendue, qui va entraîner de grands bouleversements. Jusqu'à la fin, même lorsque l'on croit la situation stabilisée, une dernière révélation viendra à son heure, et celle-là, je ne l'ai pas vue venir. Les deux dernières lettres de Joseph m'ont bouleversée.
   
   Mais nous ne sommes pas toujours dans le drame, il y a de longs passages sur les souvenirs du couple dans la maison, le rythme des saisons, la cueillette des fruits, le potager, la recherche des champignons dans la forêt, la nature, leur rencontre, leur mariage, leur vie quand les enfants étaient petits, toute une existence de labeur, de joies et de peines.
   
   "Nous allons entrer bientôt dans l'automne, notre saison préférée avec le printemps. Les figues blanches gorgées de sucre tendues jusqu'à l'éclatement, leur peau verte fendue par endroits pour en laisser couler le jus où viennent s'abreuver les guêpes et les abeilles. Le bourdonnement de l'arbre devant la porte d'entrée, quand je prélevais ma dîme, le disputant aux insectes pour obtenir les fruits les plus mûrs. Les noix enchâssées dans leur gangue ou celles tombées dans les broussailles du champ communal, quelle bataille pour les ramasser!"

   
   Un roman plus bousculant qu'il n'en a l'air.
   
   Un mot sur le titre, qui est le premier vers d'un poème de Sully Prudhomme dont les strophes sont reprises en tête de chapitre. La verveine a son rôle à jouer...
   
   Extrait:
   
   "Il ne supporte pas qu'on lui tienne tête, ce sont souvent des raisons aussi simples que celle-là qui nous mènent et nous poussent dans nos agissements. Pour couper court à ses mines de curé en mal de chaire, je lui ai rappelé que tous les docteurs ne t'avaient encore guérie de rien, tandis que j'avais su te préserver de beaucoup. Et qu'à tout prendre, c'était encore moi qui avait une longueur d'avance. Il faut bien que l'expérience serve à quelque chose, lui ai-je dit avant de répéter cette phrase que tu m'avais écrite un jour : Prenez-en de la graine! C'était si réjouissant de le moucher, si roboratif. J'ai passé ces dernières semaines à capituler devant lui comme s'il était maître de la pluie et du beau temps. Alors qu'il n'en est rien. Il suffit de prendre le même ton professoral, d'apprendre sa leçon - céphalée pour migraine, flatulences pour pets -, et le mythe s'écroule. Ramassis de bouses blanches!"

critique par Aifelle




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