Lecture / Ecriture
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Golgotha de Leonardo Oyola

Leonardo Oyola
  Golgotha
  Chamamé


Leonardo Oyola est un écrivain argentin né en 1973.

Golgotha - Leonardo Oyola

Chacun porte sa croix
Note :

   Je poursuis ma découverte de la littérature argentine. Des chroniques du Buenos Aires des années 1930 de Roberto Arlt à un roman se déroulant dans un faubourg de la capitale argentine de nos jours. A noter une préface de Carlo Salem, qui était présent cette année au salon du roman policier de Penmarc'h.
   
   Trois parties aux noms pour le moins évocateurs, "Allégresse", "Douleurs" et "Gloire".
   
   Les titres de chapitres fleurent bon la liturgie catholique, avec par exemple et en toute gaieté, "La flagellation" , "La couronne d'épines" ou "Le calvaire". Avec dans le texte "L’annonce" cette phrase et plusieurs variantes possibles :
   -"Au commencement, ça été le père. Maintenant, c'est son fils"

   La vie dans ce bar au nom plus qu'improbable, "Le tiens-moi le gamin" Lucio, le père mort pour un but de football non marqué, Gabriel, le fils qui est là derrière le comptoir... et l’énigmatique Lagarto... devant la glace... nous le retrouverons plus tard...
   
   Un flic Roman Calavera, dit Skeletor, le destin tragique d'une jeune fille et un monde où règne le silence... un autre flic plus âgé, narrateur et sorte de mentor de Calavera, et aussi son ange gardien. Plus lucide et blasé, les morts on ne les oublie pas, mais bon il faut vivre avec... sauf que lorsque le remords et le sentiment de faute sont trop lourds...
   
   Pour certains parmi les forces de l'ordre, la coupe est pleine. Nos deux flics, l'un, ancien un peu ravagé, et un jeune un peu idéaliste, le silence n'est plus tenable ; l'église officielle est comme toujours du côté des riches. Alors que faire, suivre la fougue du jeune qui ne veut pas oublier et agir, l'ancien plus pragmatique semble freiner son jeune collègue. Mais pour celui-ci, c'est presque une affaire de famille, il a été amoureux de la fille trouvée morte...
   
   Alors quand la vengeance est consommée, la guerre est déclarée entre les gangs et la police... une démonstration de force de la police amène au compromis, donnant... donnant!
   
   Les marginaux de l'Argentine, un quartier à la dérive, à part le sacro-saint football, que reste-t-il pour non pas rêver, mais juste vivre au moins un peu?
   
   Des mortes, la fille vidée de son sang, la mère suicidée par pendaison... la vie continue... pas exactement comme avant malgré tout.
   
   Kuryaki, chaud lapin de service... il est père d'environ 8 enfants... pour le moins... il passera de vie à trépas dans les toilettes d'une de ses maîtresses, vengeance divine, ou humaine? Le gang de "Gamins" règne sans partage sur le quartier. Là-bas comme ici, la valeur n'attend pas le nombre des années!
   
   Un prêtre pas très catholique, mais un autre plus humain, Un obstétricien surnommé "Bigote"!
   
   Pas une écriture très simple, une succession de nouvelles avec parfois un personnage récurrent ou même plusieurs. Une sorte de puzzle littéraire qui se met lentement en place ; la violence, la loi du silence, un jour, ne sont plus acceptables. La spirale infernale est en place, la loi du talion dans toute son horreur va mettre le feu au quartier, avec ses morts et tout cela pour un petit voyou que sa mort a élevé au rang de martyre.
   
   Un final terrifiant, violent comme la vie dans ces quartiers déshérités.
   
   Ne pas oublier pour les mélomanes, une playlist musicale pour clore ce livre.
   
   
   Extraits :
   
   - À quel moment mon grog s'est transformé en vin et le vin en sang du Christ, un sang amer?
   
   - Ce que je m'apprête à raconter, c'est ma chute.
   
   - L'expérience nous enseigne que lorsque les gens se taisent, c'est parce que quelque chose vient d'arriver.
   
   - Ah ! Je ne suis pas non plus un âne. Pire que ça. Je suis flic. Et je suis habitué à me taire, à regarder ailleurs, à faire celui qui n'entend pas.
   
   - "M'man... j'ai fait l'amour avec Kuryaki parce qu'il ressemble au Christ."
   
   - Les ruelles sont un peu comme les veines de notre corps. Elles charrient et transportent le sang. Elles charrient et transportent tout ce qu'on veut. Et si elles repèrent un corps étranger, elles l'expulsent.
   
   - "Qu'est-ce qu'elle t'a demandé?
   Ne jamais les oublier et ne pas laisser les choses en l'état."
   
   - Nous autres... on pourrait très bien faire justice nous-mêmes. Voilà ce qu'il faudrait.
   
   - Je ne le savais pas encore, mais ce détail allait être le premier d'une longue liste d'éléments que nous aurions à maquiller cet hiver-là.
   
   - Comment une telle situation avait-elle pu entraîner un pareil foutoir? Comment avions-nous pu en arriver là?
   
   - C'était une déclaration de guerre et, dans chaque guerre, il y a des pertes.
   
   - Le gamin avait écouté très attentivement avant de déclarer : "ce n'est pas ça qui te rendra plus heureux, au contraire."
   Il avait raison. Mais j'allais quand même le faire. Je devais le faire.
   

   
   Titre original :Gólgota (2008)

critique par Eireann Yvon




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