Lecture / Ecriture
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Jo Corre est mort de Patrick Larriveau

Patrick Larriveau
  Jo Corre est mort

Jo Corre est mort - Patrick Larriveau

À Corre perdu
Note :

   Je me lance à la découverte de cet auteur en me promenant en compagnie de Jo Corre. Recueil de dix huit "voyages" avec lui, mais est-il mort ou pas encore tout à fait? Et qui est-il?S'il n'est pas mort, tiendra-t-il jusqu'au terminus du voyage? Multitude de vies et de choses... Jo Corre nous entraîne dans sa ronde finale... car toutes choses meurent... sauf l'amour paraît-il?
   
   Un ange virevoltant, mort d'un arrêt de battements... pas de son cœur, mais de ses ailes!
   
   Personnage décédé d'une rature et d'une page arrachée et froissée... héros littéraire mort-né.
   
   Un pneu de bolide tout terrain a beaucoup voyagé à des vitesses vertigineuses... il finira à pied... et au pas!
   
   Une corde non pas à son arc, mais de violon... mourir en un ultime accord... un dernier coup d'archet... sur la note finale d'une marche funèbre!
   
   Une pendule, cela marque les heures... les morts de son entourage... puis un jour la sienne... pas son heure de gloire non, celle de son dernier coup de gong... quand la pendule s'immobilise... et vient l'oubli... le garage... couché comme un gisant... puis un espoir une autre demeure... mais la dernière...
   
   On n'est pas grand-chose quand on n'est que l'ombre... même celle d'un saule... et pourtant que de choses vécues... les saisons qui viennent avec les rites campagnards... les années avec les joies et les peines et les drames aussi... la siestes des anciens et les galipettes des amoureux...
   
   Un sucre de canne ne peut finir que noyé et dissout loin de chez lui... par qui et comment... c'est moindre regret que de finir dans une tasse de thé bue avec soin par une rousse anglaise...
   
   Le huitième voyage nous parle de septième ciel! Mais qui suis-je? Désolé, une certaine pudeur est nécessaire...
   
   Une boîte à chaussures trouve chaussure à son pied... elle a accueilli les chats de la maison... les années passent, de la chaleur du haut de l'armoire à l'humidité de la cave... vient le temps du recyclage... un rêve devenir colis et s'envoyer en l'air...
   
   Un jardin ouvrier... il n'y a plus d'ouvrier alors pourquoi un jardin... des gros engins... des constructions... moindre mal, des logements sociaux remplaceront les cultures maraîchères du prolétariat!
   
   Une brume hivernale et salvatrice... jeune fille, remerciez le brouillard qui vous a enveloppé... un jour qu'un homme vous suivait!
   
   Un bureau est content quand son propriétaire écrit "Jo Corre ne va pas mourir"... cela laisse espérer encore de beaux jours. Un léger regret... parfois... ne pas avoir été un lit...
   
   Qui se soucie du destin d'une feuille morte voguant dans le tumulte d'un caniveau. De l'air à l'eau... l'automne, c'est pour les humains, la fin des beaux jours... enfin un jour un poète en a fait une chanson... fredonnons-la!
   
   Un phare déserté quelle tristesse... combien de vies sauvées... Lumière priez pour les marins et les autres... mais d'une signature l'énarque terrien balayera tout cela... quelle solitude que ces bâtiments vides...
   
   Une cigarette se consume vite... et elle ne choisit pas son incendiaire... imaginons la rébellion des clopes... réfléchissons aussi à une époque pas si lointaine la dernière pour un humain à qui on ne donnait pas le choix!
   
   L'alcool qui brûle, outil du souvenir, remède éphémère contre tous les maux des hommes, rêves et destructions, flamboyance de la nuit, grisaille des matins glauques.
   
   Buveur... buvard... bavard... les trois absorbent, les buveurs sont souvent bavards... les buveurs sont des buvards... les buvards sont muets, mais imbibés!
   
   Et mon tout est un livre que je vais refermer. Ce fut un grand moment, une découverte, un rébus qui se cache, un morceau d'humanité. Pour moi c'est le point final. Et pour vous, j'espère le début d'une nouvelle lecture!...
   
   Découvrez l'inventaire de la vie d'un homme... J'aurais aimé connaître Jo Corre.
   
   
   Extraits :
   
   - Mais toutes si fortement célestes qu'elles soient, ces vénérables entités ne savent pas voler.
   
   - Incroyable histoire. Un début, puisque tout n'est que commencement.
   
   - Comme quoi une solide constitution n'évite pas l'irrémédiable issue. La mort se fout des apparences.
   
   - Si nous retournions d'où nous venons?
   
   - Voluptueuses fesses prises pétries à pleines mains, chaloupant dans l'herbe gonflée comme des coques blanches sur la mer.
   
   - Cajoleur, enclin aux langueurs, il sut, gonflé de folie douce, parcourir les recoins tendres, les replis ourlés qui s'offraient en corolles épanouies.
   
   - Ouvriers à la retraite. L'un des derniers ouvriers. Puisqu'il n'y a plus aujourd'hui que des salariés.
   
   - Ainsi donc quoi de plus vivant qu'une feuille morte.
   
   - Les êtres s'expatrient et leurs présences se figent.
   
   - On ne naît pas buveur, on le devient.
   
   - Ces cendres furent jetées dans cet océan qu'il chérissait tant au large, de Plogoff où il lutta dans sa jeunesse contre un projet de centrale nucléaire.

critique par Eireann Yvon




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