Lecture / Ecriture
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Lincoln de Gore Vidal

Gore Vidal
  Un garçon près de la rivière
  Julien
  Myra Breckinridge et Myron
  Kalki
  Duluth
  Lincoln
  Empire
  Hollywood
  En direct du Golgotha
  Palimpseste
  La fin de la liberté - Vers un nouveau totalitarisme
  Création

AUTEUR DES MOIS DE DECEMBRE 2012 & JANVIER 2013

Gore Vidal est le nom de plume d'Eugene Luther Gore Vidal, écrivain américain né le 3 octobre 1925 et mort le 31 juillet 2012. Gore et Vidal sont donc les noms des familles de ses deux parents mais depuis ses 14 ans, il utilise "Gore" comme prénom.

Issu de la grande bourgeoisie américaine, petit-fils d'un sénateur, proche familialement des Kennedy, Gore Vidal a toujours fréquenté les sphères supérieures de la politique, du théâtre, du cinéma.

Après avoir envisagé une carrière politique (démocrate), il s'oriente vers les lettres et atteint la grande célébrité dès 1948 avec son 3ème roman, "Un garçon près de la rivière" qui aborde de façon directe la question de l’homosexualité.

Il a écrit plus de 30 romans et essais ainsi que de nombreuses pièces de théâtre radiophoniques ou scéniques et scénarios de cinéma (intégralement ou partiellement). Plus de vingt de ses livres ont été traduits, mais sa publication en français est actuellement insuffisante.

Après avoir passé un moment en France après guerre, c'est en Italie (à Ravello) qu'il vivra plus de trente ans avec son compagnon, avant de rejoindre les USA peu de temps avant sa mort à 86 ans.

Toute sa vie il fut un polémiste redoutable et soutint avec fermeté son exigence de liberté et sa critique de la société américaine. Son humour était ravageur et ses adversaires redoutaient ses réparties.

Couronné de nombreux prix, il a en particulier obtenu le National Book Award 2009 pour l'ensemble de son oeuvre.


PS : Gore Vidal a également publié quelques romans mineurs sous des pseudonymes comme Edgar Box, Katherine Everard ou Cameron Kay.

Lincoln - Gore Vidal

Les dessous de la guerre de Sécession
Note :

   Un grand saut par dessus l’Atlantique, après le Pays de Galles je vous propose l’Amérique de Scarlett O’Hara...
   Non, pas de crainte je ne vous fais pas le coup d’"Autant en emporte le vent", je vous propose le portrait en pied de l’homme dont l’effigie est connue de tous et je vous emporte au temps de la Case de l’Oncle Tom, au temps de l’esclavage, au temps de la guerre de Sécession.
   
   D’abord vérifions :
   Je parie que comme moi vous ignorez que Lincoln fut élu pour le parti républicain, ben oui, moi je le voyais forcément démocrate... eh bien non.
   Je parie que comme moi vous êtes certain que Lincoln était pour l’abolition de l’esclavage, eh bien non pas du tout, ouh je vous vois sursauter derrière votre écran...
   Je parie que comme moi vous ignorez que si la guerre de Sécession a duré aussi longtemps alors que le Sud n’avait ni industrie, ni chantiers navals c’est parce que... les généraux nordistes étaient (au début de la guerre) des incapables.
   
   Pour lutter contre ce catalogue d’idées reçues j'espère vous convaincre de lire le roman de Gore Vidal avec des yeux innocents et un esprit ouvert.
   
   1861 Abraham Lincoln vient d’être élu président, premier président républicain pour un tout jeune parti qui n’a guère que 7 ans.
   Comme souvent aux Etats-Unis le nouveau Président est... minoritaire, il va donc devoir ferrailler avec les sénateurs et le Congrès.
   Lincoln pendant sa campagne a milité non pour une abolition de l’esclavage (j’entends sa statue qui se brise) mais pour une interdiction de celui-ci dans les états du nord.
   Avant même que Lincoln prête serment, les sudistes par la voix de Jefferson Davis, font sécession, et les états du sud rejoignent un par un la Confédération. Il n’y a plus d’Etats-Unis mais deux ennemis face à face.
   Lincoln est dans une position plus que fâcheuse, il est face à une rébellion, les escarmouches se multiplient, et commence la seule guerre qui se déroulera sur le territoire américain.
   
   Voilà le décor planté, Gore Vidal dans ce roman biographique va nous permettre de suivre Lincoln pendant 4 ans. Ballotté, malmené par les intrigues des politiciens qui l’entourent, aux prises avec la course au pouvoir que mènent ses amis, Abraham Lincoln va tenir bon.
   Son plus grand souci n’est pas l’esclavage, le devenir des esclaves, non son souci constant c’est rétablir la cohésion de son pays.
   Il va pour cela enfreindre des règles juridiques, économiques, supprimer l’Habeas Corpus (vous avez dit démocrate???), battre monnaie pour acheter armes, munitions et payer les militaires.
   Voilà pour la vie publique mais c’est faire peu de cas de sa vie privée, une femme Mary dont la moitié de la famille est sudiste, qui a l’art de faire des dettes, de se lancer dans des travaux dispendieux pour donner un peu lustre à la Maison Blanche, sans compter que Washington "capitale naturelle du sud" à plusieurs reprises est menacée par les troupes confédérées la Virginie ayant basculée côté sud.
   
   Les personnages secondaires sont magnifiques de vérité, de complexité. Je vous recommande Kate Chase une féministe au sens politique aigu, son père Salmon P Chase, secrétaire d’Etat au Trésor qui fait passer son ambition avant sa loyauté envers Lincoln, William Seward persuadé d’être capable de mener Lincoln à la baguette et "d’enlever l’exécutif à ce Président" ce qui va se révéler une grossière erreur.
   Quant aux généraux, chefs d’armée et autres militaires là on est parfois secoué par le rire devant tant d’incompétence et on ne peut que se dire que Dieu était avec les nordistes!
   
   Ce roman historique est passionnant, on y découvre un Lincoln inconnu, malmené, en proie au doute, retors, parfois manipulateur et qui tient des propos surprenant "Mon objectif suprême est de sauver l’Union et non de sauvegarder ou détruire l’esclavage. Si je pouvais sauvegarder l’Union sans libérer un seul esclave, je le ferais ; si je pouvais la sauvegarder en libérant tous les esclaves, je le ferais. Et si je pouvais le faire en libérant quelques-uns et en laissant de côté d’autres, je le ferais aussi."
   5 années, une réélection et quelques 600 000 morts plus tard Abraham est assassiné.
   
   Une destinée extraordinaire, un roman à la hauteur de cette destinée.
   Gore Vidal est habile, nous ne parcourons pas les champs de bataille, non il nous fait rester au plus près du personnage, il nous permet presque de comploter avec lui. La vie à la Maison Blanche, les bagarres, les guerres d’influence, la peur, les complots, les colères devant l’impéritie des militaires, tout est magistralement raconté de l’intérieur.
   Peu à peu Lincoln se débarrasse de ses oripeaux de petit avocat de province pour prendre une stature présidentielle et se couler dans son rôle et être fidèle à sa légende.
   
   
   Si vous aimez l’histoire, si la guerre de Sécession vous intéresse alors ce pavé de 900 pages en papier bible et couverture souple pour faciliter une lecture de vacances, est fait pour vous.
   
   
   Narratives of Empire (7 volumes)
   
   1. "Burr"
   2. "Lincoln"
   3. "1876" (non traduit).
   4. "Empire"
   5. "Hollywood"
   6. "Washington D.C." (non traduit)
   7. "Golden Age" (non traduit)
    ↓

critique par Dominique




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Un bout d'histoire américaine
Note :

   Alors que j'avais été enchanté par la lecture de "Julien" du même auteur, roman biographique similaire, ce Lincoln m'a moins plu. Voyons pourquoi.
   
   Vidal nous raconte la période présidentielle de Lincoln, de son arrivée secrète juste avant son investiture en 1861 à son assassinat au tout début de son second mandat en 1865. C'est donc une période courte qui est ici longuement racontée. Contrairement à Julien, il n'y a pas de recherche des origines qui nous permettrait de bien s'approprier ce personnage devenu historique.
   
   Par de nombreux dialogues, nous avançons d'événements en événements. Les personnages tournant autour du président, qu'ils soient amis politiques, rivaux ou ennemis, alternent les points de vue.
   Citons les plus attachants :
   Hay un des secrétaires particuliers du Taïcoun (Tycoon mot dérivé du japonais signifiant grand seigneur) qui nous donne l'image d'un Lincoln décidé et tenace mais humain.
   Seward secrétaire d'état rival sceptique puis admirateur du chef d'état.
   Chase ambitieux secrétaire au trésor, fin gestionnaire des finances en temps de guerre de Sécession qui chercha à devenir calife à la place du calife accompagnée de sa beauté de fille Kate, aussi ambitieuse que son père et courtisane féroce.
   David, commis auprès d'un apothicaire, pro-confédérés, futur comploteur contre la vie de Lincoln.
   Mary Lincoln, femme perturbée et perturbante, grande dépensière et migraineuse causant beaucoup de soucis à son mari et agaçant quelque peu son entourage.
   Et puis il y en a beaucoup d'autres : des généraux, des hommes politiques, toute une cour... Une multiplicité souvent source de confusion.
   
   La toile de fond ravira les fans de politique politicienne et d'histoire militaire. Les intrigues
   pour le pouvoir, notamment avant le deuxième mandat de Lincoln prennent une place à mon goût trop importante. Les tergiversations des généraux, dont les choix peu judicieux ont semble-t-il aggravé et allongé une guerre civile sanglante envahissent un récit pas toujours simple à suivre. La guerre de Sécession est racontée par les dépêches et les réunions, loin des champs de bataille. La vie politique tient une part essentielle. De Lincoln on découvre sa volonté farouche de maintenir unis des états désunis. Une motivation qui relègue au second plan le treizième amendement libérant les esclaves pour lequel il est passé à la postérité. Le plaisir au long de ces nombreuses pages se trouve dans la sensation de comprendre une mécanique du pouvoir à la responsabilité terriblement écrasante. Et par là l'incommensurable volonté qu'il faut à un homme pour assumer un tel poison. Là où Vidal excellait dans sa biographie de l'empereur Julien à nous faire découvrir la pensée et les mœurs d'une époque, ici le résultat est plus ennuyeux et longuet. A l'image de ses transitions parfois un peu lourdes utilisées par Vidal pour passer d'un lieu à un autre, d'un point de vue à un autre. Intéressant donc, sans être passionnant.
   
   "J'ai toujours comparé son ambition à une sorte de petite machine qui fait tic-tac, tic-tac, et qui ne peut pas s'arrêter..." P311

critique par OB1




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