Lecture / Ecriture
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Tu ne tueras point de Edna O'Brien

Edna O'Brien
  Nuit
  Tu ne tueras point
  Saints et pécheurs
  Lanterne magique
  Les païens d'Irlande
  Crépuscule irlandais
  Fille de la campagne

Edna O'Brien est une romancière Irlandaise née en 1930.

Tu ne tueras point - Edna O'Brien

Au nom du père!
Note :

   Roman de 1996 sur un fait divers s’étant déroulé dans les années 1980. L’église et les associations catholiques, prônant une interdiction totale de l’avortement même après des abus sexuels.
   
   La campagne irlandaise ressemble à un paradis, mais pas pour Mary. Violée à de nombreuses reprises par son propre père, elle a 14 ans et est enceinte.
   
   Elle part poursuivre sa scolarité chez les sœurs. Un voyage en Angleterre pour un avortement se terminera par un retour précipité et l’emprisonnement de sa voisine qui l’avait aidée. Sa mère meurt, la laissant seule. Puis elle fugue, elle est recueillie par un musicien des rues, il fera un procréateur parfait, problème : l’ADN ne correspond pas, et il n’a jamais touché Mary. Pendant ce temps, une campagne anti-avortement bat son plein, un référendum devant trancher cette question. Un grand jury doit décider si la loi doit être changée. Mary se cache, elle devient un enjeu national, courtisée par tous les courants de la société irlandaise, elle en devient le bouc émissaire! Elle refuse de donner le nom du géniteur de l’enfant, mais plusieurs personnes soupçonnent la vérité. Elle fait une tentative de suicide. Les cinq hommes qui composent le jury sont face à leurs consciences et à des pressions de toutes sortes.
   -" Nous ne pouvons pas couvrir de honte notre pays " disent les plus conservateurs!
   Mary représente l’enfance et la femme bafouée, victime d’un père qui la violente et lui impose le silence et la convainc qu’elle est coupable.
   Roisin, elle, est la pire des bigotes belle femme manipulatrice, elle est froide et arriviste, son seul but est que Mary ne puisse quitter l’Irlande, et donc être obligée de garder cet enfant.
   
   Il y a trop de personnages secondaires qui passent pendant 2 ou 3 pages. Des chapitres rapides, mais pas forcément dans l’ordre chronologique.
   
   Pas réellement un livre de lecture facile, une narration éclatée et relativement ardue.
   Mais encore un plaidoyer pour le droit des femmes dans une Irlande bigote .
   Et surtout un réquisitoire contre certains hommes (les pères) dont semble avoir souffert Edna O’Brien dans sa jeunesse. Qu'en est-il aujourd’hui? Il me semble que l’avortement n’est toujours pas autorisé en Irlande .
   
   
   Extraits :
   
   -Pendant qu’il faisait ça, elle se dit qu’elle avait toujours su que cela arriverait.
   
   -Si seulement nous avions eu dans le temps une croisée comme Roisin.
   
   -Un avortement ne la déviolera pas, un avortement ne fera qu’aggraver le crime, trancha Roisin irritée.
   
   -Elle essayait de n’avoir pas de corps, de l’éluder.
   
   -"Tu es la meilleure des filles", en la tapotant comme un instant avant il avait tapoté l’animal.
   
   -La terreur de ce visage reflété dans la glace n’est du tout celle d’une petite fille, mais d’un animal, d’un animal ouvrant des grands yeux depuis le nœud coulant d’un piège de fer.
   
   -Oh, on s’amuse bien ici en été… C’est de là qu’est issue toute la musique traditionnelle… Et on boit du Potheen.
   
   -Qu’allez-vous faire?
   La loi du pays, James… La loi de Dieu.
   
   -"J’aime ce pays et tout ce qu’il représente, fait Ambrose.
   A La manière tordue qui est la nôtre, nous aimons tous ce pays".
   

   Titre original : Down by the river.(1996)
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critique par Eireann Yvon




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Poétique et très triste
Note :

   Titre original : Down the River
   
   Un couple de fermier James et Bridget et leur fille unique Mary treize ans, dans les années 80 campagne irlandaise. James abuse de sa fille, qui, honteuse, terrorisée, menacée, n’ose se rebeller ni se confier à personne. On pense à l’héroïne d’Herbjorg Wassmo dans sa trilogie norvégienne…
   
   Un de ses professeurs soupçonne que l’atmosphère familiale est délétère et réussit à la faire admettre dans une institution religieuse. Mary y reste peu. Elle plaît à la sœur Aquinate, de façon ambiguë, mais elle est vite renvoyée chez elle car sa mère vient de mourir. Livrée encore plus à son père, elle tombe enceinte à 14 ans. Elle fugue, se réfugie à Dublin chez un sympathique jeune saltimbanque, doit encore repartir
   
   Une voisine cinquantenaire Betty prend sur elle de l’emmener en Angleterre la faire avorter : Hélas les bigotes du coin, en tête la terrible Roisin, mais aussi Nonni, Veronica… s'en mêlent Betty a des ennuis avec la justice.
   
   Finalement Mary fait l’objet d’un procès au retentissement national.
   
   Le roman est intéressant en partie seulement car les personnages qui se mêlent de l’affaire sont très nombreux et certain d'entre eux paraissent puis disparaissent au bout de deux ou trois pages. Les bigotes, véritables furies pro-life, occupent un très grand nombre de pages décrivant leurs prêchi-prêcha, menaces et agissements. A la longue cela irrite, le lecteur connaît déjà bien leurs arguments qui ne varient point.
   
   Très douée, la romancière, ici, se montre trop prolixe… mais les personnages de Mary, ses deux parents, la voisine Betty, le copain du sinistre père incestueux, le jeune homme qui l’héberge, sont très réussis.
   
   Les haltes près de la rivière (titre original : Down the River) reviennent de façon récurrentes pour Mary et pour sa mère, c’est poétique et très triste.

critique par Jehanne




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