Lecture / Ecriture
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L'or de Blaise Cendrars

Blaise Cendrars
  L'or
  La main coupée
  Bourlinguer
  La Vie dangereuse
  Hollywood. La Mecque du Cinéma
  Moravagine
  Faire un prisonnier
  La banlieue de Paris
  Du monde entier. Poésies complètes 1912 – 1924
  Les confessions de Dan Yack

Blaise Cendrars est le nom de plume de Frédéric Louis Sauser, écrivain français d'origine suisse, né en 1887 et mort en 1961.

L'or - Blaise Cendrars

Reportage
Note :

   Cette histoire du Général Suter a fait partie des projets d’écriture de Cendrars pendant plusieurs années avant qu’il ne l’écrive vraiment. C’est dire que c’est un sujet qui lui tenait à cœur, et on le comprend, c’est une aventure immense que la vie de cet homme, Suisse allemanique qui parvient à donner corps en Californie à une sorte de mini-monde prospère et conforme à ses voeux.. Un jour cependant, on trouve de l'or sur ses terres et du jour au lendemain, tout ce qui faisait les valeurs de la veille est balayé et les cartes sont redistribuées en fonction d'autres critères, qu'il ne maîtrise plus cette fois et qui, de toute façon n'apporteront pas le bonheur.
   
   Moi, ce qui m’a frappée dans ce récit, c’est son aspect documentaire. C’est vrai qu’il est inspiré d’une histoire vraie, mais il y a plus que cela. Il semble également que Cendrars se soit appliqué à prendre le ton d’un journaliste ou d’un historien. Loin de nous emmener un peu plus loin que la réalité des faits, il tient au contraire à nous y maintenir. Ainsi toutes ces précisions historiques, les chiffres mêmes qu’il donne volontiers, renforcent encore l’impression de lire un compte-rendu plutôt qu’un roman.
    C’en est un pourtant et, pour preuve, je crois que si plus tard je ne me souviens que d’un passage de ce livre, ce sera celui-ci, peu après la découverte de l’or sur ses terres : «Ils ramassaient tous de l’or qu’ils échangeaient contre de l’eau de vie (…) Mes blés pourrissaient sur pied ; personne pour faire la cueillette dans mes vergers ; dans mes étables, mes plus belles vaches laitières beuglaient à la mort » Je me souviendrai de ce passage à cause du temps que j’ai passé d’abord à déplorer le gâchis puis à me demander s’il s’agissait seulement de l’effet destructeur de l’or ou si les choses auraient été différentes si cela n’avait pas été Ses blés, Ses vergers, Ses vaches, mais si les autres y avaient eu un peu droit…
   
   Beaucoup aimé cette histoire, justement parce qu’elle est vraie.
    ↓

critique par Sibylline




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La malédiction
Note :

   Blaise Cendrars tient à nous faire passer le message suivant : l'or, c'est la malédiction. Il nous fera suivre pas à pas l'irrésistible ascension de Suter (pas un enfant de chœur quand même), sa fabuleuse réussite, et sa tout aussi irrésistible déchéance à partir du moment où de l'or est trouvé sur ses domaines.
   C'est court, à mi-chemin du reportage et de l'épopée. Pas inoubliable mais curieux. A l'heure de l'ultralibéralisme, on voit bien dans quel camp est né l'Amérique.
   
   Blaise Cendrars s’appuie sur un véritable personnage, ayant connu cette (més)aventure ; le Général Sutter, en fait capitaine, et sans scrupules, à Bâle dans l’armée suisse qui aurait fui en Amérique pour échapper à ses créanciers (?). Sutter, avec deux t devient Suter pour Blaise Cendrars, mais reste le même aventurier qui va faire très rapidement une énorme fortune, rachetant une partie de la Californie au Mexique (!) et qui va tout perdre lorsque la nouvelle de la découverte d’or sur ses terres va se propager.
   
   " A une lieue de Besançon, Johann August Suter trempe ses pieds meurtris dans un ruisseau. Il est assis au milieu des renoncules, à trente mètres de la grand-route.
   Passent sur la route, sortant d'un petit bois mauve, une dizaine de jeunes Allemands. Ce sont de gais compagnons qui vont faire leur tour de France. L'un est orfèvre, l'autre ferronnier d'art, le troisième est garçon boucher, un autre laquais. Tous se présentent et entourent bientôt Johann. Ce sont de bons bougres, toujours prêts à trousser un jupon et à boire sans soif. Ils sont en bras de chemise et portent un balluchon au bout d'un bâton. Johann se joint à leur groupe se faisant passer pour ouvrier imprimeur.
   C'est en cette compagnie que Suter arrive en Bourgogne. Une nuit, à Autun, alors que ses camarades dorment, pris de vin, il en dévalise deux ou trois et en déshabille un complètement.
   Le lendemain, Suter court la poste sur la route de Paris.
   Arrivé à Paris, il est de nouveau sans le sou. Il n'hésite pas. Il se rend directement chez un marchand de papier en gros du Marais, un des meilleurs clients de son père, et lui présente une fausse lettre de crédit. Une demi-heure après avoir empoché la somme, il est dans la cour des Messageries du Nord. Il roule sur Beauvais et de là, par Amiens, sur Abbeville. Le patron d'une barque de pêche veut bien l'embarquer et le mener au Havre. Trois jours après, le canon tonne, les cloches sonnent, toute la population du Havre est sur les quais : l'Espérance, pyroscaphe à aubes et à voilures carrées, sort fièrement du port et double l'estacade. Premier voyage, New York.
   A bord, il y a Johann August Suter, banqueroutier, fuyard, rôdeur, vagabond, voleur, escroc.
   Il a la tête haute et débouche une bouteille de vin.
   C'est là qu'il disparaît dans les brouillards de la Manche par temps qui crachote et mer qui roule sec.
   Au pays on n'entend plus parler de lui et sa femme reste quatorze ans sans avoir de ses nouvelles. Et tout à coup son nom est prononcé avec étonnement dans le monde entier."

   
   Le pitch de l’histoire est finalement classique. Ou devenu classique ? Peut-être bien. Mais c’est rapidement mené, sans effort et sans pauses particulières. Un des ouvrages (ou même l’ouvrage) le plus emblématique de Blaise Cendrars.
   (Je ne sais pas pourquoi mais à chaque fois que je repense à ma lecture de L’or s’impose à mon esprit la comparaison avec Croc-blanc !)

critique par Tistou




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