Lecture / Ecriture
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Le portrait de Dorian Gray de Oscar Wilde

Oscar Wilde
  Le portrait de Dorian Gray
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Oscar Wilde est le nom de plume d'Oscar Fingal O'Flahertie Wills Wilde,écrivain irlandais, né à Dublin en 1854 et mort à Paris en 1900.

Le portrait de Dorian Gray - Oscar Wilde

Au pays des portraits vivants …
Note :

   « Si je demeurais toujours jeune et que le portrait vieillisse à ma place ! Je donnerais tout, tout pour qu’il en soit ainsi. Il n’est rien au monde que je ne donnerais. Je donnerais mon âme ! »
   Rien moins que son âme qu’il donnerait Dorian Gray !
   Dorian Gray est un jeune éphèbe, enfin disons un jeune homme d’une beauté extrême puisque l’ambiguité est constamment de mise, qui se voit révéler sa propre beauté par Basil Hallward, le peintre tombé fou amoureux (non ça n’est pas dit comme ça !), envoûté disons, par la beauté définitive de son modèle.
   Le portrait, le fameux portrait de Dorian Gray, c’est lui qui le réalise. Et mis devant l’oeuvre accomplie le modèle, Dorian Gray, prend la mesure de sa propre beauté, infernale. Littéralement infernale.
   Et puis intervient Lord Henry. Le jouisseur cynique, amoral, qui cultive les paradoxes, pour faire passer sa vanité, sa fatuité, pour de l’esprit. C’est Lord Henry qui « ravira » Dorian Gray à Basil. Ravir au sens capter son intérêt, ambiguité toujours. C’est Lord Henry qui contribuera à façonner le monstre que devient progressivement Dorian Gray.
   Ceci est le niveau de lecture de base. Il y en a d’autres. L’oeuvre est complexe et interprétable à foison. Et ce qui ne gâte rien, l’oeuvre est d’une très belle écriture. Beaucoup de sensibilité, que ce soit pour décrire des fleurs, des jardins, des sentiments humains, nobles ou futiles.
   « Le riche parfum des roses emplissait l’atelier, le souffle d’une brise d’été légère apportait du jardin, par la porte ouverte, tour à tour la senteur lourde des lilas, l’odeur plus délicate des aubépines en fleur.
   Allongé sur les coussins de cuir persan du sofa, Lord Henry Wotton, tout en fumant, selon son habitude, d’innombrables cigarettes, pouvait apercevoir la floraison dorée d’un cytise dont les rameaux tremblants semblaient à peine assez robustes pour soutenir le poids de leur étincelante beauté … »

   Etonnant en tout cas comme il y a deux races chez les humains pour Oscar Wilde. Les hommes et les femmes. Dorian Gray, Basil Hallward, Lord Henry sont les hommes. Leur destinée est lumière, aventure, glorieuse. Et il y a les femmes, au premier rang desquelles l’infortunée Sibyl Vane. Elles sont au mieux destinées à la mort, peu glorieuse, au pire de pâles et insignifiantes duègnes, aux trajectoires désespérément linéaires et prévisibles, très clairement sous-race pour notre ami Oscar Wilde.
   That’s it. Mais c’est un fameux bouquin!
   ↓

critique par Tistou




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Warning: Victorian masterpiece
Note :

   Il y a parfois des lectures que l'on redoute, que l'on repousse, et "The Picture of Dorian Gray" faisait partie de celles-là pour moi. Œuvre incontournable de la littérature victorienne, avec un personnage principal converti depuis en mythe monstrueux au même titre que la créature de Frankenstein ou Dracula, ce roman m'intriguait depuis des années mais je n'osais pas le lire envie de mettre ce grand roman de côté pour pouvoir le savourer plus tard; curiosité assortie d'inquiétude depuis que j'avais lu un autre classique bien connu de R.L. Stevenson autour du même thème et qui m'avait plutôt ennuyée (une lecture que je retenterai malgré tout car je suis frustrée de rester sur cet échec auquel je ne m'attendais pas du tout).
   
   Mais lorsque j'ai commencé à lire quelques pages de "The Picture of Dorian Gray", toutes mes craintes se sont envolées: dès la première scène, le cadre, les dialogues (qui me rappelaient déjà "The Importance of being Earnest" dont je raffole) mais aussi le style fluide et élégant m'ont de suite emportée. Pour une traversée plutôt mouvementée, c'est certain.
   
   Voici un petit extrait au tout début qui m'a beaucoup amusée: "But beauty, real beauty, ends where an intellectual expression begins. Intellect is in itself a mode of exageration, and destroys the harmony of any face. The moment one sits down to think, one becomes all nose, or all forehead, or something horrid. Look at the successful men in any of the learned professions. How perfectly hideous they are ! Except, of course, in the Church. But then in the Church they don't think. A bishop keeps saying at the age of eighty what he was told to say when he was a boy at the age of eighteen, and as a natural consequence he always looks absolutely delightful." (p 3)
   
   Lorsque l'histoire débute, Dorian Gray est un jeune homme innocent dont la beauté fascine Basil Hallward, artiste peintre prometteur de l'ère victorienne. Inspiré par la pureté de Dorian, Basil achève sa meilleure toile, répugnant cependant à l'exposer car il estime avoir trop laissé transparaître dans ce portrait des sentiments très personnels. Très proche de Dorian, Basil se voit forcé de le présenter à un ami de longue date, Lord Henry Wotton, par un concours de circonstances dont il se serait passé. Connaissant la personnalité corrosive de Lord Henry, Basil Hallward le prie instamment de ne pas le priver de Dorian Gray ni de le corrompre en lui soumettant ses théories cyniques sur la vie et les hommes en général. Bien entendu, Lord Henry s'empresse de faire le contraire et, devenant lui-même un objet de fascination pour le jeune homme, il crée rapidement une distance entre ses deux amis.
   
   Lors de leur première rencontre, Lord Henry fait l'apologie de la jeunesse et de la beauté de Dorian. Ce premier poison sera à l'origine de la longue déchéance morale du jeune homme, qui émet un souhait impossible en contemplant son portrait: "How sad it is ! I shall grow old, and horrible, and dreadful. But this picture will remain always young. It will never be older than this particular day of June... If it were only the other way !" (p 29) Mais comme tout le monde le sait, c'est un souhait qui sera exaucé.
   Dès lors, sous l'influence néfaste de Lord Henry, Dorian Gray décide de vivre pleinement sa vie et finit par assimiler plaisir et débauche sordide: Dorian Gray devient un personnage de plus en plus trouble. Très recherché parmi les mondains, il finit par avoir une réputation sulfureuse. Son comportement fait écho à une phrase tirée du début du roman: "Conscience and cowardice are really the same thing, Basil. Conscience is the trade-name of the firm. That is all." (p 7) A noter que sa transformation se fait sous les yeux d'un Lord Henry finalement peu averti, puisqu'il est incapable de voir à quel point Dorian a appliqué ses préceptes à la lettre, devenant au final un personnage abject, tandis que Lord Henry reste en quelque sorte un philosophe de salon et un beau parleur.
   
   Un roman passionnant, troublant, parfois angoissant qui se dévore plus qu'il ne se lit (hormis le chapitre descriptif faisant état des nouveaux centres d'intérêt et collections de Dorian Gray que j'ai trouvé passablement ennuyeux). Un chef d’œuvre absolu qui marquera ma vie de lectrice. J'ai désormais hâte de voir les deux adaptations.

critique par Lou




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