Lecture / Ecriture
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Canada de Richard Ford

Richard Ford
  Une mort secrète
  Le bout du rouleau
  Un week-end dans le Michigan (Frank Bascombe, I)
  Rock Springs
  Une saison ardente
  Indépendance (Frank Bascombe, II)
  Une situation difficile
  Péchés innombrables
  L'état des lieux (Frank Bascombe, III)
  Canada

AUTEUR DES MOIS DE FEVRIER & MARS 2009

Richard Ford est un écrivain américain né en 1944 dans le Mississippi.

Il suit des études à la Michigan State University puis à l'Université de Californie à Irvine

Il est marié et n’a pas d’enfant (par décision conjointe avec son épouse).

Il a été journaliste et a enseigné.

Il a longtemps vécu à la Nouvelle Orleans, avant de s'installer dans le Maine.

Il a reçu le prix Pulitzer et le PEN/Faulkner Award en 1996 pour son roman le plus connu "Indépendance".


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Canada - Richard Ford

Frère - soeur, se construire
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   Prix Femina Etranger 2013
   
   
   "Recherche Dell Parsons, professeur. Vit peut-être au Canada. Sa sœur malade voudrait le joindre. Le temps presse."
   Great Falls - Montana 1960

   
   Dell Parson, passionné d'échecs, n'a que 15 ans quand ses parents, qui n'ont a priori pas le profil type de délinquants, se trouvent contraints de braquer une banque, pour faire face à un créancier menaçant. Ce hold-up sera fatal puisqu'ils se feront prendre, en conséquence de quoi Berner et sa sœur, deux faux jumeaux très proches, se retrouvent séparés. Sa sœur est pourtant sa meilleure amie "Berner était, bien sûr, ma seule vraie amie. Nous n'avions jamais connu les rivalités, les querelles amères et l'agressivité qui sévissent entre frères et sœurs".
   
   Nous suivons le destin de cette drôle de famille et plus spécialement celui de Dell, qui va trouver refuge après l'arrestation de ses parents, dans un village au Canada. Il ne sait pas grand chose des raisons de ce drame, si ce n'est par les articles dans le Great Falls Tribune et les chroniques que sa mère écrira en prison, et sur lequel le récit revient. Il sera pris en charge par le propriétaire d'un hôtel, qui lui donnera du travail et un toit.
   
   C'est un vrai plaisir de retrouver la talentueuse écriture de Richard Ford à travers cette histoire atypique et prenante, dont j'ai notamment beaucoup aimé la troisième et dernière partie, pleine d'humanité. J'ai aussi beaucoup aimé la description des relations entre Dell et sa sœur. Un roman souvent émouvant, avec de très belles pages sur la solitude.
   
   "Le monde n'envisage guère que les braqueurs de banque aient des enfants"

    ↓

critique par Éléonore W.




* * *



Facture classique
Note :

   Le récit se présente comme une autobiographie partielle de Dell Parsons, à présent professeur de littérature à la retraite. Son existence a été brusquement infléchie par un événement particulier à l’adolescence : ses parents ont braqué une banque en août 1960, alors que sa sœur et lui avaient quinze ans. Le couple a été incarcéré. Les enfants, peu soucieux d’être envoyés à l’orphelinat, ont fugué chacun de leur côté, la fille avec un copain, tandis que Dell a profité de ce que sa mère avait préparé pour eux en cas de malheur : partir avec une infirmière de sa connaissance, et commencer une nouvelle vie au Canada…
   
   Dell raconte longuement les circonstances du hold-up, se basant sur ses propres souvenirs, et la relation qu’en fit sa mère en prison.
   
   Il cherche aussi à comprendre pourquoi ses parents agirent ainsi, d’où des pages de réflexions.
   
   Son père Bev, il le décrit comme un homme du sud (Alabama) militaire, mis très tôt à la retraite, débonnaire, hâbleur, peu instruit, irréfléchi, toujours lancé dans des combines douteuses. Sa mère, institutrice, rêvant d’écrire, et voulant pour ses enfants une bonne éducation et des études universitaires. Classes sociales, niveaux d’étude, caractères et aspirations très différents.
   
   Lors des faits, ils vivent depuis quatre ans à Great Falls, Montana. Ils n’ont pas d’amis, et sont coupés définitivement de leur famille d’origine.
   
   Bev Parsons le père, se retrouve piégé, lorsque son trafic tourne mal. Des créanciers les menacent de mort. C’est ainsi que l’idée du hold-up survient. Dell détaille par le menu la chose : la façon dont le couple organise et exécute le hold-up pourrait faire rire, tant c’est naïf et risqué, n’étaient les conséquences. L’aventure prend un tour surprenant lorsque Dell s’aperçoit que ses parents sont très heureux juste avant de faire cette folie. Enfin, ils ressemblent à un vrai couple!
   
   Lorsque Dell part avec Mildred l’infirmière pour le Canada, une autre histoire commence. Dell va vivre près de Saskatchewan, une existence dure et aventureuse… comme terre à lui promise, le Canada doit se mériter.
   
   Un roman écrit de façon très classique, intelligent, les différentes parties du récit sont bien alternées, la narration avec du suspense et de l’action, les descriptions soignées et suffisamment évocatrices , le rendu des ambiances et du vécu excellents dans l’ensemble, les réflexions sur les événements , intéressantes, et génératrice d’une éthique de vie très américaine à mon sens, très différente de la nôtre, mais pas dépourvue d’intérêt.
   
   Pourtant, c’est un peu long, parfois répétitif, notamment ses aventures auprès d’Arthur Remlinger : il "tire à la ligne" dans cette partie, sans que ce soit mauvais pour autant!
   
   On aimerait qu’il raconte un peu moins ce qui lui est arrivé et davantage la vie de sa sœur (à laquelle on ne comprend pas grand-chose).
   
   C’est une lecture à laquelle j’ai pris plaisir, et je relirai sûrement Richard Ford.
    ↓

critique par Jehanne




* * *



America, années 60
Note :

    "D’abord je vais vous raconter le hold-up que nos parents ont commis. Ensuite les meurtres qui se sont produits plus tard", une première phrase dans le vif du sujet. La famille Parsons est une famille ordinaire américaine. Nous sommes en 1960. Bev le père, ancien pilote de bombardier, s’est posé avec sa femme et ses deux enfants à Great Falls petite ville du Montana après avoir changé de résidences au gré de ses affectations. Dell, son fils, a quinze ans lorsqu’il prend la parole pour raconter les événements qui ont conduit à l’éclatement de la famille, à l’emprisonnement de ses parents, à sa fuite dans le Saskatchewan aidé par une amie de sa mère et à la disparition de sa sœur qu’il ne reverra que bien des années plus tard.
   
    Bev s’est lancé dans un trafic de viande avec des Indiens qui lui fournissent des carcasses de bœufs volés, qu’il revend illégalement à un responsable de la compagnie ferroviaire pour le wagon restaurant. Une affaire juteuse jusqu’au jour où la marchandise réceptionnée se révèle avariée. Pas question de la servir aux passagers. Pour les Indiens la viande était bonne, ils réclament leur dû que Bev ne peut pas honorer. Menacé de représailles sur lui et sa famille, il décide de voler une banque dans l’Etat voisin, avec l’aide de Dell. Sa femme s’y oppose et décide de l’accompagner dans cette équipée qui ne peut que réussir.
   
   Une première partie où Dell revient sur ce qui les a amenés au désastre familial, une deuxième où il relate sa vie triste et solitaire dans une petite ville perdue du Saskatchewan aux côtés de Remlinger, un homme au passé douteux, la spirale de la violence, le climat impitoyable, une troisième partie, l’ultime rencontre avec sa jumelle Berner.
   
   Un roman puissant dans l’Amérique profonde de ces années-là.
    ↓

critique par Michelle




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Sombre et optimiste à la fois
Note :

   "D’abord, je vais vous raconter le hold up que nos parents ont commis. Ensuite les meurtres, qui se sont produits plus tard. C’est le hold up qui compte le plus, parce qu’il a eu pour effet d’infléchir le cours de nos vies à ma sœur et à moi. Rien ne serait tout à fait compréhensible si je ne le racontais pas d’abord. Nos parents étaient les dernières personnes qu’on aurait imaginées dévaliser une banque. Ce n’était pas des gens bizarres, des criminels repérables au premier coup d’œil. Personne n’aurait cru qu’ils allaient finir comme ils ont fini. C’était des gens ordinaires, même si, bien sûr, cette idée est devenue caduque dès l’instant où ils ont bel et bien dévalisé une banque."
   

   Ainsi, dès les premières lignes du roman on connaît l’intrigue de la moitié de l’histoire. Une famille heureuse dans le Montana, les Parsons, avec deux ados de 15 ans, Dell et sa sœur jumelle. Une famille comme les autres avec ses joies, ses rêves et ses contradictions. Soudain tout s’écroule lorsque, pour rembourser leurs dettes, les parents décident de braquer une banque. Ils sont immédiatement retrouvés et emprisonnés. Ils ne se reverront jamais, si ce n’est le frère et la sœur une quarantaine d’années plus tard.
   
    C’est intéressant mais si le récit s’arrêtait là, je n’aurais que moyennement aimé. Heureusement, après avoir oublié ce début pendant vingt ans, Richard Ford l’a repris et la deuxième partie – celle qui se déroule au Canada - est excellente. La lecture en est devenue si passionnante que j’y ai passé toute la nuit
   
    Pour éviter le placement en orphelinat, Dell, selon les dernières volontés de sa mère, franchit la frontière et se retrouve au Canada, dans un village perdu du Saskatchewan. Il est totalement seul, à la merci d’un personnage étrange et dangereux, sorti de Harvard mais criminel en fuite, devenu patron d’un hôtel de passe. Il y fait son apprentissage, à la dure mais efficacement,
   
    "Mais enfin pourquoi nous laissons-nous séduire par des gens que nous sommes bien les seuls à croire honorables et intègres, quand autrui les voit dangereux et imprévisibles ?
   Quel dommage que je me sois fait prendre dans les filets d’Arthur Reminger sitôt après l’incarcération de mes parents ! Malgré tout, quand on se trouve mêlé à une vilaine histoire, quand des menaces planent, il est vital de se rendre compte qu’on est déjà passé par là et qu’on va se retrouver tout seul, à découvert dans le paysage, que la prudence est donc de mise.
   Et moi, bien sûr, au lieu de manifester cette prudence, je me suis laissé "prendre en mains" par Arthur Reminger et Florence La Blanc, comme si c’était la conséquence la plus logique et la plus naturelle du plan de ma mère pour m’éloigner après sa catastrophe personnelle."
   

   Professeur heureux et époux comblé, par la suite, il évite le cynisme en ouvrant au maximum son champ d’intérêt et en appliquant les bons conseils reçus: pratiquer la générosité, savoir durer, savoir accepter, se défausser, laisser le monde venir à soi – de tout ce bois, le feu d’une vie.
   
    Voici la liste des livres étudiés avec ses élèves : des livres qui lui semblent secrètement traiter de ses jeunes années et qui le rendent heureux : Au cœur des ténèbres, Gatsby le Magnifique, Un thé au Sahara, Les Aventures de Nick Adams, Le Maître de Casterbridge, histoire d’un homme de caractère.
   
    "Ma métaphore centrale est toujours le franchissement d’une frontière; l’adaptation, le franchissement progressif d’un mode de vie inopérant à un autre, fonctionnel, celui-là. Il s’agit parfois aussi d’une frontière qui, franchie, ne se repasse pas."

   
   Un roman sombre et optimiste à la fois, que j’ai beaucoup aimé.

critique par Mango




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