Lecture / Ecriture
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Persuasion de Jane Austen

Jane Austen
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  Du fond de mon cœur - Lettres à ses nièces

Jane Austen est née en Angleterre en 1775 d’un père pasteur.
On sait très peu de choses de son assez courte vie : Qu’elle a toujours écrit et voulu écrire, qu’elle resta demoiselle, vécut d’abord avec ses parents et sa sœur, puis sa mère et sa sœur, puis sa sœur seulement et succomba finalement à 41 ans après une longue maladie que les diagnostics de la médecine moderne supposent maintenant avoir été la maladie d’Addison (forme d’insuffisance des glandes surrénales).
Elle connut le succès littéraire de son vivant et fut appréciée aussi bien du grand public que de la famille royale ou de grands écrivains comme Walter Scott. Depuis, nombreux sont les grands écrivains qui ont encore succombé au charme de son écriture, comme Virginia Woolf et Vladimir Nabokov, pour ne citer qu’eux.

* Karen Joy Fowler également a beaucoup parlé de Jane Austen dans son roman "Le club Jane Austen" (fiche sur ce site)

Persuasion - Jane Austen

"A little bit (two inches wide) of ivory"
Note :

   Anne Elliot et le capitaine Frederick Wentworth s'étaient connus, aimés et fiancés huit ans plus tôt. Mais sur les instances de ses proches, Anne avait mis fin à ces fiançailles à l'issue par trop incertaine. Une rupture qui leur a laissé à tous deux un goût amer, et bien des regrets... Huit ans plus tard, un heureux hasard les remet en présence. Ils sont toujours libres et le capitaine, qui a poursuivi dans l'intervalle une brillante carrière dans la marine, se trouve dans une situation bien plus prospère qu'autrefois. Se retrouveront-ils?
   
   Voici un sujet digne du roman à l'eau de rose le plus convenu et qui laisserait présager du pire, mais qui, sous la plume de Jane Austen, nous vaut un roman superbe de finesse, d'humour et d'intelligence. Tout d'abord, parce que Anne et Frederick y sont entourés par une fascinante galerie de personnages secondaires. Le snobisme de Sir Walter Elliot (le père d'Anne) et de sa fille aînée, Elizabeth, est prétexte à de subtiles manifestations d'ironie, de même que les tortueuses manoeuvres des deux intrigants de service (que je ne nommerai pas ici, pour vous laisser le plaisir de les reconnaître vous-mêmes). Sans oublier le franc-parler un peu maladroit et la gentillesse de l'amiral Croft et de son épouse. Et puis parce que Jane Austen a rarement fait preuve d'une telle maîtrise de la narration et d'une telle délicatesse d'écriture, captant le moindre frémissement, les nuances les plus timides des sentiments de ses deux héros. Sans aucun doute, "Persuasion" est un de ses meilleurs livres, une miniature sur ivoire (selon une comparaison proposée par l'auteur elle-même) d'un rare raffinement.
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critique par Fée Carabine




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Le meilleur pour la fin...
Note :

   Ah Persuasion... Ce roman se hisse au niveau de mon cher Orgueil & préjugés... s'il n'est même pas plutôt au-dessus!
   
   Il est peut-être moins "spirituel" que son prédécesseur, moins chargé d'humour et de répliques cinglantes (quoique le 1er chapitre soit un petit bijou d'ironie...).
   
   Cependant, il est plein d'émotion, de nostalgie aussi. C'est un roman à la fois mélancolique et drôle, délicat et cinglant. L'héroïne est extrêmement attachante; douce, sensible, timide... trop peut-être, mais on lui pardonne bien vite ses erreurs passées. On sent que l'auteur avait une grande tendresse pour son héroïne. Le Capitaine Wentworth est lui aussi un personnage fort, qui énerve autant qu'il émeut. Il est très humain, il doute et fait aussi des "bêtises". Autour d'eux, Jane Austen nous a une fois de plus concocté une merveilleuse galerie de personnages, certains détestables, d'autres adorables.
   
   Au final, cela donne un roman profond, qui m'a laissé une forte impression. C'est le dernier livre achevé de Jane Austen... j'aurai aimé qu'il y en ait encore d'autre de cette trempe. Merci Miss Austen pour cette merveilleuse lecture!
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critique par Morwenna




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2ème marche du podium
Note :

    Résumé
   
   Anne Elliot a maintenant 27 ans. Fanée par le temps et par un amour passé, elle n'est pas réellement considérée dans sa famille, qui la considère comme "seulement Anne". Huit ans auparavant, Anne avait un engagement avec Frederick Wenthworth, jeune homme désargenté, qu'elle a rompu suite aux conseils de prudence de Lady Russel, grande amie de sa mère et confidente. Anne n'a toutefois jamais oublié son premier amour.
   Par un concours de circonstances, Mr. Wenthworth, maintenant devenu Capitaine Wenthworth, revient dans l'entourage d'Anne mais ses attentions ne lui sont plus réservées et il semble l'avoir complètement oubliée...
   
   
    Commentaire
    Il faut savoir que je déguste ce qui me reste à lire d'Austen petit à petit - pas plus d'un par année - et que la réserve est quand même limitée... Si j'avais découvert "Mansfield Park" l'an dernier (je réalise d'ailleurs que j'ai oublié la fin... il ne devait pas m'avoir marquée tant que ça... Bizarre, j'en gardais un bon souvenir), j'ai attendu quoi... le 2 janvier pour ouvrir le Austen annuel. Quelle capacité d'auto-contrainte, non!!!
   
   On dit que "Persuasion" est le roman de maturité d'Austen (enfin... "on" étant des sites sur la grande dame) et qu'elle n'a pas eu la chance de le corriger ou même de choisir son titre. Pour ma part, j'admets d'emblée avoir adoré cette lecture et que son principal défaut, à mon avis, est d'être trop court! J'aurais aimé plus de rencontres entre le héros et l'héroïne, moi! Parce que je dois avouer que j'ai ressenti une tendresse particulière pour eux. Anne, bien qu'intelligente et gentille, n'est pas complètement aveugle ni vraiment parfaite. Il y a en elle une vulnérabilité qui m'a beaucoup touchée. Le capitaine Wenthworth est loin d'être un second Mr. Darcy, ayant acquis sa fortune par lui-même et n'étant pas de haute naissance. Il a toutefois un petit quelque chose et m'a semblé très humain dans ses réactions. Quant au thème, la renaissance d'un ancien amour qu'on regarde avec nostalgie... il était impossible que ça ne me plaise pas!! Je me suis laissée aller à espérer avec Anne, à craindre pour elle, à interpréter chacune des réactions du Capitaine Wenthworth.... et c'est un signe certain que j'aime un roman!
   
   Jane Austen dresse encore une fois un portrait assez mordant de son époque en décrivant un baronnet assez - ok... très - ridicule, qui ne pense qu'au statut social et à l'apparence et qui regarde tous et chacun avec une grande condescendance alors que lui-même n'a réussi qu'à dilapider sa fortune. Elizabeth Elliot, l'aînée, toujours belle et arrogante, est particulièrement désagréable et la benjamine, Mary, mariée mais plaignarde, croit toujours qu'on lui manque de respect et que tout le monde est ligué contre elle. La famille idéale, quoi!!! Dans ce roman, les riches de bonne naissance ne sont pas nécessairement les bons, ceux qui ont réussi autrement ou même pas du tout ne sont pas pour autant stupides. À mon souvenir, c'est encore plus marqué que dans les autres romans d'Austen, même quand elle se moque allègrement de la bonne société anglaise de l'époque. Mais bon, ça reste à vérifier. 
   
   Je crois toutefois que ce que je préfère, c'est la plume d'Austen.... je ne peux m'empêcher d'entendre les personnages parler - avec l'accent sooo british - d'imaginer leurs manières un peu (ou très) affectées et de me transporter pour un moment dans cette époque où il fallait être iprésenté à quelqu'un pour pouvoir lui parler, où l'occupation principale des femmes de cette classe était de faire des visites et de recevoir les gens pour la soirée. J'aime m'imprégner de cette époque, même si je ne crois pas que j'aurais pu y parvenir j'ai un tempérament trop... comment dit-on... "vif" pour pouvoir m'adapter à ces convenances!!!
   
   Ma préférence va toujours à "Orgueil et préjugés" mais "Persuasion" est maintenant bon deuxième dans mes romans d'Austen favoris. Quelques pages de plus auraient pu le mettre sur un pied d'égalité!!! Maintenant, il ne me reste qu'à me précipiter sur la version filmée... ne reste qu'à choisir celle qui est la meilleure. Vous me conseillez laquelle??
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critique par Karine




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Publication posthume
Note :

   C'est avec fébrilité que j'ai ouvert et dévoré en quelques jours "Persuasion", le seul roman austenien dont je ne connaissais pas encore l'histoire. Car oui, amis lecteurs, il m'arrive de résister courageusement aux appels sournois des adaptations télévisées qui, diaboliques, me font pourtant de l’œil depuis quelque temps.
   
   "Persuasion" ne sera pas mon Austen favori mais, comme tous les autres, il occupera une place à part dans ma bibliothèque. A "Emma", je reprochais quelques longueurs tout en trouvant l'héroïne amusante et finalement, très attachante. "Persuasion" est en quelque sorte mon anti-Emma. Anne Elliot occupe une place particulière dans l'univers austenien, en raison de son âge et de son parcours; son histoire se lit avec plaisir tandis que la plus grande concision et la structure permettent au roman de gagner en efficacité. Mais, si j'admire toutes les héroïnes austeniennes et qu'Anne Elliot ne fait pas figure d'exception, j'ai été moins séduite par ce personnage un peu trop parfait à mon goût.
   
   Influencée par ses proches, Anne Elliot a éconduit le capitaine Wentworth voilà 8 ans de cela. Un choix étonnamment raisonnable pour une jeune femme amoureuse d'un homme sans rang ni fortune. Aujourd'hui, approchant de la trentaine, Anne n'a toujours pas oublié son capitaine; lui non plus, à ceci près qu'il ne lui a toujours pas pardonné d'avoir rompu leur engagement autrefois.
   
   Contrairement aux jeunes héroïnes austeniennes, Anne est une femme plus mûre, plus réfléchie, sur le point de perdre les derniers éclats de sa jeunesse. Eclats qui à l'époque n'étaient plus qu'un lointain souvenir passé le cap de la trentaine (comme quoi, le monde austenien a aussi de sérieux inconvénients!). Ayant été raisonnable trop tôt, ce n'est que maintenant qu'Anne accepte d'écouter ses sentiments. Elle sait désormais qu'elle est incapable de faire un mariage de raison et d'épouser un homme de fortune ou bien né sans amour; le temps lui a aussi permis de reconnaître la sincérité de son premier attachement. Curieusement, Anne est devenue à la fois plus romantique et sage. D'une part, elle n'est pas prête à se marier puisque son cœur est déjà pris et se comporte de la sorte comme une très jeune héroïne; de l'autre, elle a appris à mieux se connaître. Refuser toute autre forme de mariage est finalement compréhensible, puisque cela ne servirait en rien à la rendre heureuse.
   
   Ce qui me rend Anne un peu moins sympathique que d'autres personnages austeniens, c'est son attitude parfaite en toute circonstance. Elle est généreuse et s'épanouit en apportant son soutien à d'autres, du neveu blessé à la sœur égocentrique, en passant par l'ancienne amie dans le besoin et la femme qui semble avoir séduit récemment le capitaine Wentworth. Elle est toujours amoureuse dudit capitaine mais souhaite ardemment la guérison de sa probable rivale, ne voulant que le bonheur de son cher et tendre et d'une jeune femme après tout très sympathique. Elle supporte sans mot dire les remarques déplacées de ses proches et le peu de considération dont ils font preuve à son égard. C'est un excellent juge qui, contrairement à son entourage, n'est pas aveuglée par de trompeuses apparences. En résumé, Anne Elliot est (notamment) bonne, juste, fidèle, dévouée, courageuse, intelligente, spirituelle et droite. Elle s'efface au profit des autres et ne semble jamais émettre la moindre plainte lorsque sa situation le justifierait, faisant preuve d'une abnégation admirable. Et, alors que son seul défaut semble tenir au moment de faiblesse au cours duquel on l'a persuadée de renoncer à un mariage d'amour, Anne conclut de la sorte:
   “... I was right in submitting to her, and that if I had done otherwise, I should have suffered more in continuing the engagement than I did even in giving it up, because I would have suffered in my conscience. I have now, as far as such a sentiment is allowable in human nature, nothing to reproach myself with ; and if I mistake not, a strong sense of duty is no bad part of a woman's portion” (p 291)

   
   Je l'avoue, je préfère une Elizabeth un peu impétueuse, une Catherine “un brin” romanesque ou une Emma mauvaise juge. Ce n'est pas tant parce qu'Anne est très posée qu'elle m'agace un peu que parce qu'elle est moralement trop parfaite et finalement, indirectement moralisatrice (envers son père et sa sœur aînée ou encore son cousin Elliot).
   
   Malgré tout, Anne est un personnage complexe et différent qui ne manque pas d'intérêt. "Persuasion" est aussi passionnant en raison de l'épatante galerie de personnages secondaires, toujours riche et décrite avec brio par Jane Austen. Parmi mes favoris, on peut citer sa sœur Mary, obsédée par sa petite personne et toujours prête à signifier à Anne combien elle est transparente et sans intérêt aux yeux de leurs connaissances, sans pour autant faire volontairement preuve de méchanceté. 
   
   Moins ironique et moins drôle que les autres romans d'Austen que je connais, cette œuvre reflète certainement l'état d'esprit de l'écrivain qui, au moment où elle rédige "Persuasion", voit sa santé décliner rapidement. Questionnements, bilan sur les choix de jeunesse, ce texte peut-être plus douloureux a visiblement un caractère en partie autobiographique.
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critique par Lou




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Le plus intime des Jane Austen
Note :

   Pas facile de se résoudre à réduire ses dépenses lorsqu'on a une haute opinion de soi-même et surtout un rang social à tenir. C'est l'amère expérience que doit vivre le baronnet, Monsieur Eliott. Flanqué de son aînée Elizabeth aussi écervelée que lui, il accepte avec difficulté de louer son domaine de Kellynch pour débarquer à Bath en tant que locataire. Toujours désireux de festoyer plus que de raison et de paraître en bonne société, il en oublierait presque d'y convier sa cadette, Anne, célibataire de 27 ans, celle qui le gêne par son esprit vif, quoique trop conciliant. Heureusement, la marraine de cette dernière, Lady Russell, veille au grain et au bien-être de sa protégée. Mais la proximité familiale des nouveaux locataires de Kellynch avec l'ancien amoureux d'Anne, l'amiral Frederick Wentworth (dont elle prit une part très active dans la rupture des fiançailles) ne la tranquillise qu'à moitié, même huit ans après.
   
   "Persuasion" est certainement le roman le plus intime de Jane Austen et d'une certaine façon, sa émancipation, son affranchissement littéraire du statut de "fille de". Publié à titre posthume, "Persuasion" est un joli pied de nez au destin. Anne revoit son ancien amoureux, plus distant que jamais, bien décidé à fonder une famille et à narguer son ex, maintenant que les vents lui ont été favorables (normal pour un marin, me direz-vous).
   
   Mais au-delà des sentiments, "Persuasion" est un véritable pamphlet contre la petite noblesse de province qui défend plus une stature historique, complètement anachronique en raison de sa déchéance économique. Le père d'Anne, Sir Walter Eliott, vieux coq ridicule, est entouré de deux cocottes aussi cupides que stupides (Elizabeth et la veuve Madame Clay). Il s'illusionne de son passé prestigieux, en ressassant les états familiaux confiés dans le livre d'or qu'il consulte régulièrement, méprise les gens de peu et surtout les marins qui peuvent accéder aux honneurs grâce à leurs faits d'armes. Insupportable conservateur, aussi beau que snob (sans noblesse de cœur), il représente le passé et d'une certaine façon Frederick le futur, celui d'une société en mouvement, prête à redistribuer les cartes, célébrant davantage le courage que l'héritage. Il y aussi cette jolie bascule dans le couple Anne-Frederick : huit ans auparavant, elle aisée - lui, sans un sou ; maintenant elle, en économie de moyens - lui, fortuné et toujours aussi séduisant.
   
   Tout est très beau dans ce roman qui m'a touchée en plein cœur. Le volet politique m'a enthousiasmée : j'ai trouvé la caricature du père et celle d'Elizabeth (et de la benjamine Mary aussi) très bien faites. On les voit perfides et crachant leur venin sur les sans-titre (lire la colère hallucinante de Sir Eliott apprenant la visite d'Anne à son amie Madane Smith, qui saura apprécier et renvoyer ce gage d'attachement et de fidélité), on les découvre courbant l'échine devant une cousine plus royale que la reine. Il y a chez eux, toute l'arrogance des arrivistes, toute la bêtise aussi. Du côté de l'amirauté, représentée donc par Frederick, son beau-frère Monsieur Croft, ses amis Harville et Benwick, il y a le sens du devoir et la modestie des nouvelles fortunes acquises à la sueur du front. Deux mondes en collision : l'un va aspirer l'autre, même si quelques résidus perdurent (la société des privilèges n'a guère disparu, ce serait utopique de le penser).
   
   Comme dans les autres romans de Jane Austen "(Orgueil et préjugés" ou "Northanger Abbey"), les personnages secondaires excellent, les histoires d'amour et les coups de théâtre se succèdent, les dialogues et le scénario sont pertinents : on ne s'ennuie pas un instant. Beaucoup mentent et jouent avec les sentiments d'autrui. Il y a surtout un couple, juste magistral et émouvant de sensibilité. Anne va cheminer et c'est peut-être là, le plus beau sillon qu'a creusé Jane Austen.
   
   PS/ Les Éditions Archi-Poche ? superbe collection ? Présentent des dessins illustrant certaines scènes : franchement, j'adore ! Cela m'a rappelé mes livres d'enfance.

critique par Philisine Cave




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