Lecture / Ecriture
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Paradis (avant liquidation) de Julien Blanc-Gras

Julien Blanc-Gras
  Gringoland
  Touriste
  Paradis (avant liquidation)
  Briser la glace

Julien Blanc-Gras est un écrivain et journaliste français né en 1976.

Paradis (avant liquidation) - Julien Blanc-Gras

Circulez* ...
Note :

   De ce jeune auteur rencontré il y a deux ans pendant le salon littéraire de Vannes, j'ai un bon souvenir de "Touriste". Sorte de guide du "Savoir voyager sans être complètement stupide ni prétentieux!"
   Ici une seule destination, Kiribati, au fin fond du Pacifique, les anciennes îles Gilbert, la langue officielle est d'ailleurs "Le Gilbertin". Et bientôt hélas au fond du Pacifique, la montée des eaux, due au réchauffement climatique semble en effet condamner cette île et bon nombre de celles qui l'entourent!
   Un chiffre, un milliard de dollars, c'est ce qui serait nécessaire pour consolider les côtes de l'île, et comme toujours il y aura sûrement un surcoût!
   Alors solution envisagée par le gouvernement, acheter 2400 hectares sur une île des Fidji pour le cas où! La solution extrême envisagée est de déplacer toute la population!
   Donc un devoir de mémoire s'impose, car la disparition d'une île comporte la fin de sa culture propre, le déracinement et la perte d'une certaine mémoire collective.
   Abemama est une autre île qui jouit d'une réputation bien particulière... maintenant que je vous ai mis l'eau à la bouche, je ne vous en dis pas plus, lisez le livre ou mieux allez-y! Je me suis contenté de lire le livre. Et en définitif cette réputation est très surfaite... piège à touristes... peut-être?
   
   Les maux dont souffrent ces îles sont multiples, en particulier ceux importés par les "Hommes blancs", certaines maladies, la religion (les religions devrais-je dire, tant la surenchère est féroce), le tourisme et surtout l'alcool! La chose la plus inquiétante concerne les nappes phréatiques qui entre la pollution et le fait qu'elles soient petit à petit envahies par l'eau salée sont un problème primordial. Par ailleurs, la loi est très dure au sujet des mariages et a permis d'éviter une consanguinité, fléau des populations restreintes.
   À noter la création d'une école de la marine marchande avec certes des débouchés, mais aussi un échec flagrant pour les jeunes femmes embauchées. Sur les 20 prises comme hôtesses, 17 sont revenues enceintes et une s'est suicidée!
   
   Des autochtones, heureusement il en reste, bien qu'ils aient en moyenne beaucoup voyagé avant de regagner leur île natale. Ce qui, pour certains, leur permet de voir les lacunes certaines des autorités et une désorganisation complète de l'administration et des services publics. Exemple le plus frappant, un avion part avec deux heures... d'avance (je dis bien d'avance), mais certains passagers ne sont pas prévenus! Et comme partout, que deviennent les millions d'argent européen, australien, américain, japonais, néo-zélandais entre autres qui se déversent sur les îles? Noyés eux aussi... l'argent n'est jamais perdu pour tout le monde, pas plus là-bas qu'ici! L'auteur rencontre également une athlète sélectionnée pour les jeux olympiques de Londres... jeune fille qui doit être une des dernières représentantes de l'esprit de Pierre de Coubertin. Quelques étrangers membres de diverses organisations gouvernementales ou non, très souvent des gens plein de bonne volonté, mais certains baissent les bras.
   
   Le monde avec ses aspects réjouissants (rares) et angoissants (nombreux). En bref, une île qui semble paradisiaque, mais qui est menacée de toutes parts! Car lorsque l'auteur retrouve notre monde et notre manière de vivre, ici et là-bas les problèmes restent toujours aussi préoccupants! Quel héritage allons-nous laisser aux générations futures. Car même dans ces contrées lointaines le progrès à outrance fait des ravages.
   
   
   Extraits :
   
   - Le bout du monde se cache plus loin que prévu.
   
   - Il se peut, finalement, que j'arrive en enfer.
   
   - Demandez à tous les vieux qui vivent sur le lagon, on a perdu vingt mètres de terre en trente ans. Ce pays rétrécit.
   
   - Ici, on chante en roulant, en marchant, en travaillant. Ça va être compliqué de ne pas aimer ce pays.
   
   - Dans les pays pauvres, l'afflux de vacanciers garnis en dollars engendre d'inévitables dommages collatéraux, la mendicité en tête. Ici, on ne demande jamais rien.
   
   - Nous sommes dans une zone oubliée de la société du spectacle.
   
   - Ce célibataire aigri distribuant ses conseils conjugaux pourrait être simplement grotesque, il en devient obscène.
   
   - Préparer la "migration dans la dignité", c'est le mot d'ordre officiel.
   
   - Les temps changent, ils accélèrent et perturbent les évidences. Nous sommes au XXIe siècle, même au Kiribati.
   
   - Beaucoup veulent partir à l'étranger et revenir. Ils reviennent toujours.
   
   - Il espérait obtenir le statut de réfugié climatique. Refusé. Juridiquement, ce statut n'existe pas. Pas encore.
   
   - Qui, de la Californie ou des Kiribati, disparaîtra en premier?
   

   
   * Il n'y aura bientôt plus rien à voir!

critique par Eireann Yvon




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Touriste professionnel
Note :

   "Il y a des pays en voie de développement et des espèces en voie de disparition. La république des Kiribati est un pays en voie de disparition."
   

   Partant de cette information, Julien Blanc-Gras, touriste professionnel, décide de se rendre sur place pour constater l’ampleur des dégâts et l’état d’avancement de cette fin programmée. Avec le réchauffement climatique, la montée des eaux est inexorable, et tout ce qui se trouve au niveau 0 est menacé. Pourtant, on pourrait se baser sur l’exemple hollandais dont une partie du pays est située sous le niveau de la mer et n’est pas pour autant submergé. Dans cette ile proche de l’Océanie, issu de l’archipel des ex iles Gilbert, ancienne colonie anglaise, on se trouve au contact d’une population locale que l’on pourrait qualifier de nonchalante, on suit les interventions des ONG, le rôle des anciens, la vie quotidienne.
   
   A travers ces tranches de vie, voire de journées de vie, on se retrouve à dialoguer avec des personnages éminemment sympathiques hormis un ou deux dont la passion est de battre leur conjointe.. Mais le bon sens n’est pas synonyme de vision à long terme. "On doit tous disparaitre. En attendant, nous vivons pour apprécier la vie. Nous aurions pu rester en Angleterre, mais nous sommes finalement revenus. Il faut naitre et mourir dans son pays." Mourir dans son pays, c’est facile à dire quand on est vieux. Ses petits-enfants n’auront peut-être pas cette possibilité.
   
   Rempli de répliques percutantes, bourré d’humour, un manuel de l’anti-touriste à lire de toute urgence avant que les Kiribati ne soient submergées.

critique par Le Mérydien




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