Lecture / Ecriture
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Le Prince des Marées de Pat Conroy

Pat Conroy
  Beach music
  Le Prince des Marées
  Le Grand Santini

Pat Conroy est un écrivain américain né en 1945 et mort en 2016.

Le Prince des Marées - Pat Conroy

Relecture : Pat Conroy, mon adulé
Note :

   Incontestablement, mon roman préféré entre tous.
   
   Je me suis encore laissée prendre sans aucune retenue dans les filets de Pat Conroy, m’avalant ces plus de 1000 pages sans m’en rendre compte, un passage après l’autre, l’esprit neuf quant aux péripéties pourtant sues et connues de la famille Wingo.
   
   C’est décidé, je le relirai chaque été et y trouverai sans nul doute un plaisir toujours renouvelé et pourtant différent, ce doit d’ailleurs être le livre que j’ai le plus relu dans ma vie de lectrice.
   
   Le 4 octobre 1944, (une des nombreuses coïncidences de mon histoire d’amour avec Pat Conroy, je suis née le même jour que mes héros chéris), par une nuit de tempête monstrueuse, et quelques petites années après leur frère Luke, Savannah Constance et Thomas Catlett Wingo voient le jour, jumeaux merveilleux et terribles, dans une petite île de la Caroline du Sud, par marée montante.
   
   Quelques 36 ans plus tard, Tom vient passer l’été à New-York, autant pour aider la psy de sa sœur à comprendre cette dernière - qui une fois de plus a cédé à ses psychoses et a tenté de se suicider - que pour faire le point sur sa propre vie, qu’il s’obstine à gâcher.
   
   Quand son enfance est qualifiée d’ «Hiroshima », sa vie d’adulte de « Nagasaki », et l’histoire entière d’ "Histoire d’Auschwitz", on a beau s’aimer tous très fort, il y a de nombreux points à évoquer, en intercalant le présent et les épisodes chronologiquement narrés.
   
   Le tout dans un lyrisme débridé, une ode aux marais sudistes, à la crevette, à l’élément aquatique, aux tigres du Bengale et aux marsouins blancs, aux mamans qui font se coucher le soleil dans un paysage à nul autre pareil, aux coachs qui révèlent les adolescents, au sport qui magnifie le racisme le plus primaire, j’en passe, et j’en passe.
   
   Oh on a aussi notre lot de saloperies, de parents tordus et manipulateurs qui passent leurs nerfs sur plus faibles que soi, de snobisme puant, de petites lâchetés médiocres, de viol, de meurtre, et là aussi, j’en passe, et des pires.
   
   Maintenant je veux relire « Beach Music » aussi, qui raconte finalement la même histoire mais différemment, puis « Le Grand Santini » qui me fera aimer un peu quand même ce père à l’ancienne, et « Saison noire » pour me gorger du jeune Pat que j’imagine sous les traits de Nick Nolte du temps de sa sobriété, je veux même trouver « The Prince of Tides » en VO et tenter pour la première fois l’aventure de la Vo, je veux retrouver aussi l’épisode des tortues et cette autre Caroline, ces personnages infects et merveilleux à la fois de parents, ces dialogues cyniques qui me font glousser à haute voix, cette gorge qui se sert en se tançant d’être vraiment trop sentimentale.
   
   Quand dans un dialogue je vois le nom de l’interlocuteur répété tant et plus, ça m’agace, puis je lis à haute voix, et j’y suis, oui Pat Conroy en fait des tonnes, mais ça marche, bon sang, ça marche du feu de Dieu et j’adore ça à un point que vous ne pouvez imaginer.
   Voilà tout mon univers littéraire.
   Tout.
    ↓

critique par Cuné




* * *



Tourments, émotions et drames sudistes.
Note :

   L'histoire commence par "Ma blessure a nom géographie. Elle est aussi mon ancrage, mon port d'attache." Bienvenue en Caroline du sud, marées et marécages; pêches et crevettes, enfance et brutalité, femme et déception …. Plus de 1 000 pages qui vous dévorent.
   
   J'ai aimé ce livre pour la richesse de son contenu. Quelle imagination !
   
   L'histoire apparaît simple, finalement ce n'est qu'une histoire de famille ! Le héros, Tom Wingo est un coach sportif au chômage en proie à toutes sortes de démons endormis. Et quand Susan, la psychanalyste de sa sœur, lui demande de l'aide, il va devoir faire face à cette crise intérieure. Gare au réveil des démons de l'enfance ….
   
   Le père est un patron pécheur violent et imprévisible, fou amoureux de son épouse comme fou brutal sur ses enfants. La mère incarne la femme superbe et dévorée d'ambition, qui s'est trompée sur l'avenir prometteur du prétendant. Elle supporte patiemment le mari, car elle sait qu'ici, les apparences l'emportent, tant dans l'aisance que dans la pitié. La Caroline du Sud est l'un des états les plus conservateurs d'Amérique, et affirme une très forte identité sudiste.
   
   Le grand-père paternel est l'illuminé de la famille. Il porte la poésie et le rêve en se prenant pour le Christ. La grand-mère est féministe et incroyablement riche de pensées et de voyages. Ce couple offre un refuge aux enfants qui souffrent.
   
   La psychanalyste ne manque pas de douleurs non plus. Et comme souvent quand on joue le personnage extérieur à la pièce du théâtre de l'autre, Tom Wingo va, à son contact, re-découvrir ses ressources de père, d'amant, de mari, de coach, de frère. Il va re-devenir Tom Wingo en renonçant à la censure et au mensonge …
   
   Nostalgie, drames, rires, cocasseries, poésie, amours, «Le Prince des Marées» est une recette aux ingrédients multiples dans la quête de la vérité qui guérit de la privation et du dessèchement.
   
   Vous l'aimerez aussi
   Entre élégie et cauchemar, Pat Conroy, étonnamment, nous transporte dans cette démonologie de l'enfance sans nous anéantir. Et si nous pardonnons la défaillance parentale, c'est en louant la tendresse de leurs enfants comme leur résurrection en tant qu'adultes. «Le Prince des Marées» rend hommage au courage et à la vie.
   
   Fascinant aussi est le portrait sans concession de l'Amérique du Vietnam. Incarnés par le frère Luke, les soldats sont partis sans bien savoir pour quoi. Et quand ils sont revenus sur leurs Terres, ceux rentrés vivants sûrement et en apparence seulement entiers, l'indifférence alentour les submerge, voire les juge. Les idées qui les avaient fait tenir au front sont maintenant démodées… Comme si l'individu n'était que du consommable pour son gouvernement.
   
   Alors que reste-t-il d’autre à l'individu que sa famille ? "Mes enfants attendent mon retour à la maison. C'est dans leurs yeux que je lis ma vraie vie, ma destinée. Mais c'est la vie secrète qui me nourrit en cet instant …"
   
   Pour prolonger cette lecture, relisez ou découvrez la littérature du Sud, William Faulkner et Tennessee Williams.
   
   A noter que "Le prince des marées" a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 1991 : Le prince des marées, de Barbra Streisand, avec Barbra Streisand, Nick Nolte.
    ↓

critique par Alexandra




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Véritable coup de cœur!
Note :

    Résumé
   
   "L'histoire de la famille Wingo est, en effet, tout à fait extraordinaire. Un pacte du silence unit ces personnages pittoresques et baroques autour d'un secret inouï, un drame sanglant qui s'est produit parmi ces contrées maritimes et marécageuses de Caroline du Sud où s'enracine le destin.
   Les Wingo, ce sont Henry, le père, pêcheur de crevettes, violent et destructeur; Lila, la mère, fantasque, mythomane et arriviste; Luke, le fils aîné, un dur au cœur tendre et prêt à tout pour défendre l'île où il est né... Et surtout Tom, son frère et narrateur du roman, un entraîneur au football au chômage, trompé par sa femme et prêt à tout, lui, pour sauver sa sœur jumelle Savannah des griffes de la folie et du suicide. Jusqu'à "monter" à New York et aimer une femme du Nord ennemi, la belle psychiatre Susan Lowenstein..."

   
   
   Commentaire

   
   Ce livre a été pour moi un véritable coup de cœur dès le début. J'en ai adoré: l'écriture, le rythme, la poésie et les atmosphères que l'auteur réussit à nous faire ressentir tout au long du roman. J'ai surtout aimé l'histoire des Wingo, les liens entre les personnages, les répercussions des secrets dans leur monde. Même si le livre est long, j'ai été déçue d'en arriver à la fin. Je n'ai pas lu tout Pat Conroy mais plusieurs de ses livres sont sur ma liste car j'apprécie sa plume très accessible et l'univers qu'il a créé dans ce livre. À noter: ce volume serait fortement autobiographique...
   
   Conroy a réussi à créer une histoire familiale tragique sans que ça se transforme en "suite-de-malheurs-à-travers-une-vie-pénible", ce que j'ai particulièrement apprécié. De plus, je trouve toujours intéressant le thème de la folie dans les romans, thème qui est exploité principalement par l'intermédiaire du personnage de Savannah. Sans doute est-ce une des nombreuses raisons qui en ont fait un coup de cœur!

critique par Karine




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