Lecture / Ecriture
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La fausse veuve de Florence Ben Sadoun

Florence Ben Sadoun
  La fausse veuve

La fausse veuve - Florence Ben Sadoun

L'autre femme
Note :

    Rentrée littéraire 2008
   
   L'histoire commence par cette lancée sémantique et dérangeante "Aujourd'hui je suis plus vieille que toi alors que j'avais neuf ans de moins que vous... ". Nous comprenons que cette femme est veuve, qu'elle était plus jeune que son homme, et assez rapidement nous comprenons que son homme ne lui appartenait pas vraiment …
   
   Je passe rapidement sur les indices d'une autre histoire : l'homme est atteint du locked-in syndrome, la couverture représente une aile de papillon, et l'auteur est journaliste chez elle. Le film "Le scaphandre et le papillon" est sorti en salles finissant de rendre célèbre l'histoire de Jean-Dominique Bauby, pour celles et ceux qui n'avaient pas lu il y a dix ans ce livre écrit sur son lit d'hôpital par des clignements de cils ….
   
   J’ai lu ce livre en souvenir de l'émotion immense que j'avais ressentie en lisant il y a dix ans "Le scaphandre et le papillon". Une autobiographie d'un même événement, un autre regard offert …. Et peu m'importe que les personnages soient réels et que l'histoire d'amour entre deux êtres – connus de surcroît - puisse être jugée immorale.
   
   J'ai aimé ce que j'ai lu : la vie de l'autre femme … Mon souvenir de lecture a zappé la maladie, l'hôpital, l'homme connu et adultère… J'ai lu ce qu'est la vie de l'autre femme, celle qui ne partage pas ses nuits, mais quelques heures ; celle qui s'organise ses week-end entre copines ou en célibataire car jamais elle ne voyage avec l'homme qu'elle aime; celle qui n'est pas surprise au saut du lit car elle se réveille seule; celle qui est toujours prête, celle qui l'attend ; celle qui n'a pas la reconnaissance sociale du couple merveilleux qu'ils forment ; celle qui n'est pas créditée du bonheur qu'elle procure à son homme ; celle qui est privée de l'amour des enfants pour l'amour d'un homme ; et celle qui est privée de sa douleur, de son deuil quand l'homme meurt …
   
   
   Pour prolonger cette lecture sur la femme "maîtresse", je conseille le roman qui est pour moi, à ce jour, le meilleur de Douglas Kennedy, "La poursuite du bonheur".
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critique par Alexandra




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Fragment autobiographique
Note :

   "Aujourd'hui, je suis plus vieille que toi alors que j'avais neuf ans de moins que vous. Si je compte en années depuis le jour de ta naissance, tu aurais 54 ans. Mon âge inversé alors que vous n'avez jamais eu 45 ans."
   Est-ce un problème d'arithmétique pour le CE2?
   
   Non, c'est cette façon qu'a la narratrice de nous confier d'emblée son embarras à propos de l'être cher qu'elle a perdu et qui vit toujours dans ses pensées, même si elle revendique sa liberté (" tu es rangé quelque part. Je ne sais pas très bien où, mais en tous ca tu n'es plus posté sur mon épaule, à surveiller qui me touche, qui je touche")
   
   La narratrice a perdu son amant, victime d'un accident cérébral? Quand? Ben je suis nulle en arithmétique, mais pour vous, ce doit être clair... Journalistes l'un et l'autre, lui marié, désireux de garder le silence sur cette liaison, ils se sont fréquentés en se cachant, ce qui donnait du piment à l'affaire. Puis ont vécu neuf mois au grand jour, avant que ne se produise la maladie qui laissé son ami tétraplégique ("pentaplégique", dit-elle, puisque ses cinq membres ne fonctionnaient plus.)
   
   Elle raconte son vécu de "fausse veuve". Après l'accident, la femme légitime l'a repoussée dans l'ombre, et aussi dans l'opprobre. Elle a eu un rôle difficile à jouer.
   Cependant, elle va le voir dans l'hôpital où il a été transféré. Certaine que son cerveau est intact, elle communique avec lui, en interprétant les clignements de son œil valide.
   La fausse veuve vouvoie et tutoie son ami. Ce n'est pas courant mais elle a des raisons de le faire.
   D'abord, il lui est devenu étranger par son immobilité. Ensuite, parce qu'ils ont feint longtemps dans leur vie officielle de n'être pas intimes, et par conséquent se vouvoyaient pour les autres. Cette contrainte avait fini par leur plaire et devenir un élément érotique.
   D'autre part, son ami jouait volontiers avec le vous et le "tu". Il s'était remis à voussoyer son père au moment de l'adolescence.
   Le glissement du "je" au "tu" est pratiquement le seul artifice de cette écriture sans prétention.
   
   La relation de ces moments étranges et éprouvants qu'elle passa avec lui à l'hôpital avant qu'il ne meure tout de bon, est entrecoupée de souvenirs de son enfance et de sa vie adulte avec et sans lui. Le ton est dur et offensif, on sent qu'elle en veut à la femme légitime qui lui vole son statut:
   " Je suis celle qui n'est pas, n'a pas été et ne sera jamais du côté de votre famille. Une famille devient-elle la vôtre uniquement quand on a des enfants du même lit? Ou alors quand on prend le nom de son mari? Et maintenant qu'on ne le prend plus forcément?"

   
   Elle manque d'identité mais cela remonte à plus longtemps:
   " ... Moi je ne connais que mon côté paternel et encore si peu, j'ai été amputée de mon histoire maternelle et catholique dés le plus jeune âge... j'étais juive par mon nom et goy par la naissance."

   Enfant, elle est victime de l'antisémitisme... mais "oui je suis juive, mais pas juive aux yeux des Juifs".
   Elle a même fait des démarches pour obtenir "un certificat de confirmation de judaïcité".
   
   Dan l'ensemble, c'est un fragment autobiographique (je ne dirais pas "roman") intéressant, le récit d'une femme qui s'est battue toute sa vie pour son " bonheur" . Elle nous fait ressentir son mal de vivre au moment où elle écrit, et ne se résigne pas.

critique par Jehanne




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