Lecture / Ecriture
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Lilliputia de Xavier Mauméjean

Xavier Mauméjean
  Lilliputia
  Le cycle de Kraven
  Rosée de feu

Xavier Mauméjean est un écrivain français né en 1963.

Lilliputia - Xavier Mauméjean

Narrioch*
Note :

    Rentrée littéraire 2008
   
   Elcana est un jeune garçon de petite taille (attention, ce n'est pas un nain mais plutôt un lilliputien). Né dans un pays slave au début du XXème siècle, il est contraint de fuir sa patrie et sa famille pour avoir donné une bonne correction à la terreur des environs. Il est enrôlé de force par des rabatteurs qui travaillent pour le compte d'un homme mystérieux, Sebastian Thorne, qui réalise un rêve fou: ouvrir sur Coney Island, au large de New-York, un parc d'attractions d'un genre nouveau, Lilliputia, la Cité des Nains où vivent trois cents personnes de petite taille sous les regards des badauds. Mais Elcana n'est pas du genre à accepter de se laisser manipuler comme une bête de foire...
   
   Avant d'aller plus loin, chers happy few, j'ai un aveu à vous faire (oui, je sais, encore un, ça devient une habitude dans ce modeste salon, mais j'espère que vous me pardonnerez volontiers) : je suis une fan de l'univers de Mauméjean, voilà c'est dit. J'aime son imaginaire peuplé de monstres et de mythes et son style inimitable (et souvent drôle) où la culture, jamais étalée, sert des histoires extrêmement bien construites. Cela étant posé, vous vous doutez que j'ai un peu de mal à être complètement objective, tant ce qui fait la force et le talent des romans de Mauméjean se retrouve ici au centuple.
   
   "Lilliputia", joliment sous-titré "Une tragédie de poche", est un excellent roman, qui pour une fois (et contrairement aux autres romans de Mauméjean), n'est pas un roman de fantasy. Inspiré d'une histoire vraie (le parc a vraiment existé, aussi horrible et étonnant que cela paraisse). Il est d'ailleurs publié chez Calmann-Lévy dans la collection Interstices, comme si on ne savait pas trop où le ranger, et c'est vrai qu'il y a un côté inclassable dans cette histoire qui emprunte à différents genres : roman d'apprentissage et d'initiation (Elcana devient un homme avec tous les obstacles et les découvertes que cela implique) et roman d'aventures (emmenée par le jeune homme, la Cité entière se révolte contre Sebastian) traversés par des fulgurances mythologiques (l'histoire emprunte beaucoup à celle de Prométhée, sauf qu'ici le feu détruit plus qu'il ne civilise, notons d'ailleurs qu'Elcana est pompier, et on croise de multiples allusions à des figures mythologiques et antiques, comme le Minotaure, la Pythie, le combat entre Achille et Hector...). Ajoutons à cela une revisitation de la mythologie américaine (les gangs de rue), une réutilisation des codes propres aux parcs d'attraction et aux foires (avec notamment l'impressionnante série de monstres dignes de Freaks et les Ferries, habitants de la Lune) et une construction digne d'une tragédie antique, avec intervention d'un Choeur dévoyé, divinité manipulatrice (en la personne de Sebastian) et destin enserrant les protagonistes sous sa poigne de fer et on obtient un roman extrêmement riche et dense, fort bien écrit et passionnant.
   
   Mon coup de coeur de la rentrée, chers happy few!
   
   
   *PS : Le titre de ce billet est le nom indien de Coney Island, île, où, dit-on, les hommes allaient se suicider...
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critique par Fashion Victim




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Pas facile...
Note :

   Il y a les billets faciles à écrire et ceux qui coûtent. En voici un que je ressasse depuis longtemps, depuis que j'ai commencé ce roman, au moins cinq ou six jours, pour n'arriver qu'à la page deux cents, une misère. Et le pire, c'est que je ne lis et n'entends que des commentaires positifs. Fashion a été enchantée par sa lecture, mon cher libraire tourangeau aussi, de même qu'un autre vendeur de livres, blésois quant à lui, qui me disait il y a peu qu'il y a du Stephen King dans ce Mauméjean-là. Et s'il fallait une motivation de plus, je dirais que l'auteur n'étant pas le dernier des imbéciles, ce livre avait tout pour me plaire.
   
   Mais voilà, comme vous l'aurez compris après tous ces prolégomènes, je n'y arrive pas. Je reprends ma lecture, je lis trois pages, je ne sais plus ce que je lis, qui est qui, mon esprit s'égare, et je pense à tous les livres qui m'attendent dans mes PAL. Selon moi, le principal défaut de cette histoire, c'est qu'il n'y a pas d'intrigue, rien pour retenir l'intérêt.
   Un jeune nain, Elcana, est enlevé pour traverser l'Atlantique et venir peupler Lilliputia, ville de nains, qui sert de parc d'attraction aux Grands. C'est comme un zoo humain dans lequel ils se promènent et regardent vivre les Petits. Elcana entame une formation de pompier: avec ses collègues, il devra éteindre les incendies allumés pour faire ambiance et donner l'illusion de la réalité. Et voilà tout. En tout cas, page deux cents, c'est à peu près tout ce qui s'est passé, et moi, je craque! Pourtant, il m'est arrivé bien des fois de lire des livres où il ne se passe pas grand-chose, ou peu s'en faut. Soutenus par un rythme, un style, une ambiance, ces romans-là peuvent me séduire. Mais en plus d'une intrigue inexistante, je n'apprécie pas le style de Mauméjean. J'ai l'impression de dialogues qui ne mènent à rien, de situations sans queue ni tête qui ne sont pas connectées avec l'intrigue. Les personnages se rencontrent, discutent longuement, se séparent, et puis rien... Finalement, le destin de tous ces personnages m'indiffère.
   Tranches de vie, me dit mon libraire (tranches d'ennui, je lui réponds), «roman épatant, intelligent et d'une très grande beauté formelle» écrit Pat pour le Cafard Cosmique... Et moi je reste sur la touche... «Il y a du Tod Browning là-dedans.» Ah bon? Moi j'ai adoré Freaks, mais il ne suffit pas d'aligner les monstres pour recréer cette atmosphère de peur issue de l'humain et de la différence. Le sordide voisine ici assez mal avec l'humour, il y a toujours une distance descriptive qui je crois m'a empêchée de compatir et de rire.
   
   Les références s'accumulent pourtant, Garcia Marquez, Tolstoï, la mythologie grecque, la "mystique quasi nihiliste": lisez la belle chronique d'Eric Holstein pour Actu SF qui malgré son plaisir reste sur "sur une bizarre sensation d’incomplétude". Il écrit également, que ce roman est "une histoire toute de questionnement, et dont il nous manque, pour la suivre pleinement, les clefs que lui même [l'auteur] n’a peut-être pas encore trouvées.". Peut-on supposer qu'il n'aurait lui non plus pas tout compris? Nous serions deux, ça me rassurerait...
   
   Peut-être aurait-il fallu que je prolonge ma lecture, mais vraiment, je n'en peux plus. Alors je reste avec l'impression d'être passée à côté de quelque chose...
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critique par SBM




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Trop !!
Note :

   L'action se passe à Cosney Island à New York.
    A l'époque quand je l'ai lu, le roman Lilliputia m'avait laissé assez perplexe tellement il était riche, avec un sujet original et passionnant, mais enchevêtré, un fouillis de mots, d'idées, d'images, de personnages, d'univers, de mythes, de sens. Un roman comme une forêt touffue, inextricable, où je sentais que, tout en ayant un pied dans la réalité, j'avais l'autre dans la fiction. Seulement, voilà, est-ce le réel qui est irréel ou l'irréel qui est le réel? Vous me suivez?
   
    De quoi s'agit-il? Xavier Mauméjean part d'un réalité : l'existence en Amérique au début du XXème siècle sur Cosney Island d'un parc d'attraction d'un type très particulier : Lilliputia, créé sur le modèle de la ville médiévale de Nuremberg afin d'accueillir quelque trois cents nains venus de toute l'Europe pour habiter dans cette cité où tout est à échelle réduite, maisons, meubles, voitures, routes... Des "nains"? C'est à dire des petites personnes, des "perfect" ou "midget", selon les termes anglais, qui n'ont aucune anomalie physique si ce n'est leur taille miniature.
   
    Un Eden, cet univers où tout est fait pour eux, où ils sont "libres" d'avoir leur parlement, leurs élus, où ils ont un métier assuré selon leurs compétences et leurs dispositions? Des philanthropes alors? les deux gestionnaires de ce parc d'attraction, le sénateur Reynolds et Gumpertz assistés par le préfet Mac Murdo? Un Dieu, le créateur du parc, ce Sébastian Thorne dont tout le monde parle à voix basse et qui a acquis un pouvoir étonnant depuis sa mort?
   
    Elcana, le jeune, beau (et petit) héros de ce récit, en fuite après sa révolte contre les cruels et tout puissants hobereaux d'un pays de l'Europe de l'Est, va vite déchanter. Le monde des "petits" est calqué sur celui des "grands" , avec ses inégalités sociales, ses quartiers riches et ses bas-fonds, ses notables incompétents et égoïstes, sa pègre où triomphe la force du tout puissant Fatty. Il y a les victimes aussi, balayés par les égoïsmes et les injustices : Mili et son mari Karel à qui les Lunarques (habitants d'un parc d'attraction voisin) enlèvent leur nouveau-né, Adamor, le sculpteur, innocent sacrifié à la vindicte populaire.. Et puis les profiteurs, les "collabos" en quelque sorte, ceux qui sont prêts à toutes les compromissions pour en tirer profit comme Lilian, la meneuse de revue. Mais contrebalançant cette figure négative, il y aussi Frances, l'institutrice courageuse et lucide dont Elcana est amoureux.
   
    Et puis arrive le jour de l'ouverture du parc, le jour où les petites personnes sont donnés en pâture aux Grands avides de sensations, curieux, fureteurs, sournois, l'insulte à la bouche, railleurs, humanité brutale qui s'infiltre dans la vie et l'intimité des lilliputiens livrés à ces milliers de spectateurs venus ici comme au zoo. Et ces visiteurs, bien sûr, acquittant des droits d'entrée, assurent la fortune des "généreux" philanthropes, et favorisent le triomphe d'un capitalisme déshumanisé et violent. Dans ce show, Elcana devenu pompier assure, avec son équipe, l'extinction des feux programmés par Flint Beltaine, le pompier-pyromancien, pour amuser les spectateurs. Des feux provoqués pour le plaisir des uns mais qui n'en sont pas moins dangereux et mortels pour ceux qui les éteignent. Mais le pire ne surviendra qu'avec "l'obligation" d'être heureux...
   
    Alors Elcana tel Prométhée ravissant le feu pour le donner aux hommes, va se révolter contre Thorne (Zeus) avec l'aide des Freaks, monstres abandonnés d'une autre attraction tombée en désuétude, le Steeple-Chase. C'est le début d'une guerre terrible, d'une violence inouïe, où devant les murailles d'une Troie en proie aux flammes, Elcana, héros de la démesure, tour à tour appelé "le roi de Minos" ou "le porteur de lumière", ange ou démon, figure double de Prométhée et de Lucifer, mène le combat avec l'aide de ses guerriers issus de toutes les mythologies, chrétienne ou païenne : Titans de la Grèce antique (Travis) géants nordiques maniant la hache, sous les ordres de leur chef Mongo, minautore aux pieds cornus... Ils affrontent la haine des trois sœurs gardiennes, les Parques ou Cerbère à trois têtes, et de tous leurs ennemis ligués contre eux... extraordinaire transposition dans la fiction et le mythe d'une réalité historique. C'est là que l'on ne sait plus trop où l'on en est.
   
    Et je m'arrête car vous allez me dire que je suis en train de tout dévoiler alors qu'en vérité je ne vous ai pas dit le quart du quart du quart du roman! (Ça fait combien? )
   
    Ce qui m'a passionnée dans Lilliputia c'est la réflexion sur la normalité et l'anormalité car l'on est bien vite convaincu que la monstruosité n'est pas là où on l'attend. En effet, qui sont les monstres, des lilliputiens ou des organisateurs de ces parcs d'attractions, préfiguration des camps de concentration? Qui sont les plus éloignés de l'humain, les spectateurs se moquant de la difformité physique, des souffrances morales ou leurs victimes? Je me suis intéressée aussi à l'installation des personnages dans la ville de lilliputiens, à la correspondance qui s'établissait entre notre monde et le leur. Le refus du manichéisme de la part de l'auteur donne un sens plus profond encore au roman car au-delà des différences, c'est de la nature humaine qu'il s'agit et, dans le bien comme dans le mal, les hommes quelles que soient leur taille, leur forme, leur particularité, se ressemblent tous.
   
    Pourtant, même si je suis admirative de l'imagination inépuisable de l'auteur, je crois que j'ai failli succomber en cours de lecture et rendre les armes, surtout dans la troisième partie, face à l'excès de tout : excès dans les références mythologiques, dans la violence, dans les descriptions, dans l'écriture qui appuie, creuse volontairement et puissamment, laboure.
   
    Finalement l'admiration pour la culture, la richesse, le foisonnement, la puissance de l'imagination domine-t-elle? Ou bien la lassitude engendrée par la démesure, l'abondance (tout ceci voulu et assumé par l'auteur) l'emporte-t-elle? Ce que je peux dire, c'est que c'est un livre qui marque et qui aborde un sujet étonnant et qui ne laisse pas indifférent.

critique par Claudialucia




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