Lecture / Ecriture
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Qui comme Ulysse de Georges Flipo

Georges Flipo
  Le Vertige des auteurs
  L'étage de Dieu
  La Diablada
  Qui comme Ulysse

Qui comme Ulysse - Georges Flipo

Voyages, voyages
Note :

   Rentrée littéraire 2008
   
   Puisque l'heure est aux aveux, chers happy few (ne me demandez pas pourquoi, mais j'ai décidé qu'il en était ainsi, une pulsion sans doute), permettez-moi de vous révéler un grand secret. Pas moins. J'aime la littérature de voyage. Voilà, c'est dit, je me sens plus légère. C'est une passion que j'entretiens depuis qu'un jour ma route universitaire a croisé celle d'un voyageur hors du commun: Marco Polo, personnage extrêmement intéressant qui m'a donné envie de suivre à mon tour la route de la soie (bon, c'est encore en projet, il faudrait d'abord que j'apprenne à dompter les dromadaires). Depuis, je lis des récits de voyages: ce que j'aime tout particulièrement c'est la confrontation de deux univers, de deux mentalités, la découverte de l'autre, de ses coutumes et de ses rites et la façon dont le voyage transforme le voyageur en le poussant à aller au bout de lui-même. Je ne pouvais donc qu'être vivement intéressée par ces "Nouvelles en partance" (joli sous-titre), écrites par un Georges presque aussi célèbre dans la blogosphère littéraire que l'est l'autre George dans le monde des midinettes (quand je dis que l'étymologie est une science exacte, en voilà encore une preuve... mais je m'égare).
   
   
   Ces 14 nouvelles nous entraînent donc à la suite de voyageurs de toutes origines, de tous âges et des deux sexes, qui poursuivent en voyageant des buts aussi divers que différents. Si certains sont très émouvants, comme la jeune narratrice de "L'île Sainte-Absence" qui projette sa vie sur une île imaginaire au large de Cabourg, Joseph qui rédige un blog de voyage sans quitter son fauteuil (La route de la soie) et pour qui j'ai beaucoup de tendresse (ce personnage renvoie à une longue tradition de "voyageurs en chambre" qui remonte au Moyen-Age et j'en aime beaucoup la réactualisation à laquelle se livre l'auteur) ou Ulysse dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, exilé qui retrouve le goût de son pays en confectionnant des empanadas, d'autres sont détestables comme Bruno, Mickaël et consorts qui se donnent bonne conscience pour profiter des petites prostituées thaïlandaises ("Un éléphant de Pattaya") ou "Comité" et les Dupond qui profitent de leur supériorité de touristes occidentaux dans une Inde pauvre et qui garde son identité et sa richesse loin du regard de vautour des touristes ("Nocturne").
   
    La plupart sont cependant simplement humains, et ils cherchent dans le voyage une façon d'échapper à leur quotidien (à ce titre les personnages de "Confiteria Ideal" sont d'une humanité vraiment touchante dans leur volonté d'oublier une vie peu glamour au rythme du tango, de même que les copines d'"Une incartade" sont drôles et bien croquées, avec juste ce qu'il faut d'acidité pour qu'on en rie sans s'identifier trop) ou de (re)trouver un sens à leur vie, en revenant sur les lieux de leur enfance comme Dominga ("Les sources froides", nouvelle que j'ai la moins aimée), en retrouvant un être cher ("Le voyage vers le frère" qui flirte avec le fantastique) ou en se livrant au martyre ("Et à l'heure de notre mort", nouvelle étonnante et cruelle). Les constructions des nouvelles sont parfaitement maîtrisées, les chutes (ou ce qui en tient lieu) impeccables et l'imagination de Georges Flipo parfois surprenante, comme en témoignent la partie d'échecs pour le moins insolite que se livrent Zlatko et Elias dans "La partie des petits saints" , ou "Rapace", vision caustique et cynique de la création littéraire, qui sont sans doute mes nouvelles préférées. Le tout est servi par un style souvent piquant, parfois acéré et toujours fluide.
   
   Un très bon recueil, chers happy few : je vous conseille d'embarquer à votre tour à la suite de ces voyageurs, sans quitter votre fauteuil (ou votre lit, ne soyons pas sectaires), ce qui est quand même la meilleure façon de voyager (mais ça n'engage que moi)!

critique par Fashion Victim




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