Lecture / Ecriture
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Best love Rosie de Nuala O'Faolain

Nuala O'Faolain
  J'y suis presque, Le parcours inachevé d'une femme de Dublin
  Chimères
  L'histoire de Chicago May
  Best love Rosie
  On s'est déjà vu quelque part?
  Ce regard en arrière et autres écrits journalistiques

Nuala O'Faolain est une écrivaine irlandaise née en 1940 et décédée d’un cancer en 2008.

Après des études de lettres (littérature médiévale), elle travaille pour des journaux, la radio et la télévision. Elle écrit également des romans dont l’un, "L'Histoire de Chicago May" obtiendra le prix Femina étranger en 2006.

Best love Rosie - Nuala O'Faolain

La maturité
Note :

    Rentrée littéraire 2008
   
   Rosie rentre à Dublin, décidée, après une vie de voyage et de rencontres à s’occuper de Min, sa vieille tante qui l’a élevée. Entre livre de développement personnel pour la maturité, découverte de New York, retour aux racines, toutes les deux vont se redécouvrir et réaliser, non sans heurts et difficultés leurs rêves.
   
   Nuala O’Faloain est décédée le 9 mai 2008 après avoir décidé de vivre ses derniers jours pleinement. Christian Sauvage en parlait avec beaucoup d’émotion. Cette irlandaise de 68 ans avait publié son premier roman traduit en français chez Sabine Weispieser en 1996 et obtenu, 10 ans plus tard le prix Femina étranger pour "L’histoire de Chicago May".
   
   Publié après sa mort, "Best love, Rosie" est un roman d’une rare intensité. Un de ces livres cocon où l’on se coule avec un rare sentiment de confort et d’empathie avec les personnages. Parce que malgré la différence d’âge que je peux avoir avec Rosie et Min, difficile de ne pas se sentir proche de ces deux femmes comme de deux amies que l’on regarde se débattre avec leurs petits et grands problèmes, tomber pour mieux se relever, rire plutôt que pleurer.
   
   Best love Rosie est un roman sur l’acceptation. L’acceptation de soi d’abord, de ses besoins profonds et de ce que la vie a fait de nous. Cela, Rosie le trouve en revenant à ses origines, à la maison où avaient grandi sa mère et Min sur le bord de l’océan. Ce qu’elle a fui de ses vingt à ses cinquante ans, elle l’apprivoise peu à peu. Quand elle ouvre la maison de ses ancêtres, Rosie ouvre aussi une part d’elle-même qu’elle avait jusqu’alors laissée soigneusement dans l’obscurité. Elle accepte son corps vieillissant, l’absence d’enfants, sa relation avec Min. Elle assume consciemment ses choix. Et elle accepte enfin de regarder différemment ceux qui l’entourent, ami et familles, de reconnaître qu’elle ne les connaît pas vraiment. Rien de facile. Accepter qu’on ne connaisse pas ceux que l’on aime et rester malgré cela avec eux est la plus belle des preuves d’amour. L’acceptation du vieillissement aussi, de ce corps qui change et des regards des hommes qui ne sont plus les mêmes. Quand la sensualité n’est plus seulement affaire de corps qui se touchent et qui s’affrontent et qu’il faut se résoudre à perdre la séduction. Rosie vit tout cela avec un humour ravageur, une volonté d’aller de l’avant extraordinaire, une énergie folle et communicative. Ce cap qu’elle passe est celui de la maturité, mais par la manière dont elle l’affronte, elle parle de la vie tout simplement, et de tous les changements qu’il faut affronter.
   
   Je pourrais ajouter à cela tout le bien que je pense du style de Nuala O’Faolain, de la vie qu’elle insuffle à son récit, mais je n’en ai pas envie. Ce qui importe, c’est le bonheur ressenti à cette lecture et le souffle d’Irlande qui traverse, l’espace de 500 pages nos vies.
   
   «J’ai pensé à mes amis et à ce que j’éprouve pour eux. J’ai envie de les soutenir. Pour rien au monde je ne voudrais leur faire de mal. S’il y a quelque chose en eux qui me semble pouvoir être amélioré, je le leur suggère avec délicatesse – du moins je l’espère. Mais, globalement, je les aime comme ils sont et s’ils veulent rester tels, cela me convient.
   
   Alors je me suis aperçue que je n’avais jamais été aussi indulgente avec moi-même. Toute ma vie, je me suis enjoint de changer, de m’améliorer. Jamais je ne me suis traitée avec amour.
   
   Et ç’a été comme si, enfin, je comprenais. S’aimer soi-même, ce n’est pas faire preuve de complaisance égoïste. L’amour peut nous ouvrir. Il peut nous adoucir et nous permettre d’échapper aux vieux moules. L’amour est une attention délicate et protectrice. En dirigeant cette attention vers soi-même, on permet aux pousses fragiles d’un nouveau moi de s’épanouir.»

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critique par Chiffonnette




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Pour tirer sa révérence...
Note :

   Même si Rosie a atteint ce qu'on peut raisonnablement considérer comme étant le milieu de sa vie, elle n'a toujours pas trouvé de modus vivendi avec sa tante Min qui l'a élevée dès sa naissance. En apparence du moins, car il va suffire que les deux femmes se retrouvent - Min vieillit mal- pour que, sans que cela soit concerté, elles échangent leur rôles. A Min qui vient d'atteindre soixante-dix ans et n'avait jusque là jamais voyagé ou presque, de vivre son rêve américain. A Rosie, qui a posé ses bagages, de s'inquiéter pour sa tante, tout en se ressourçant dans une maison isolée, berceau de sa famille, bien au calme pour écrire un livre de développement personnel destiné aux quinquagénaires...
   
   Truffé de personnages tour à tour émouvants et drôles (ah la vengeance de la fiancée qu'on laisse tomber pour une jeunette!), "Best love Rosie" confirme ici tout le bien que je pensais déjà de Nuala o'Faolain. Ses réflexions sur la cinquantaine font mouche et l'apaisement des personnages principaux qui, chacune de manière différente, parviennent à trouver un équilibre, même fragile, même brinquebalant, donne le sourire aux lecteurs ou lectrices. Seul petit pincement au coeur, ce roman sera le dernier de Nuala o'Falain puisque l'auteure est décédée.
   
   Donnez-moi un roman où le héros trouve sa demeure et où ,en plus, rôde un chien et je suis la plus heureuse des lectrices!
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critique par Cathulu




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Tendre et généreux
Note :

   Vous avez du mal à passer le cap de la cinquantaine... Ce livre est pour vous!
   
   Tendre et généreux, abordant les thèmes de la vieillesse, de la solitude, du temps qui passe... et de la mort. Et pourtant ce livre n'est pas déprimant, malgré sa mélancolie, il est tendre et même parfois drôle
   
   À la mort de sa mère, Rosie a été élevée par sa tante Min, qui n'avait que 15 ans à l'époque, et qui est venue seconder son père, mort 14 ans plus tard. "À l'époque, Min était une jeune femme coupée de son propre passé, sans parent ni amant pour la chérir, qui travaillait à plein temps sans salaire et regardait tomber la pluie avec l'enfant d'un autre à ses pieds, le veuf d'une autre à ses côtés".
   
   Aujourd'hui, Min a 70 ans et vit en Irlande, où Rosie rentre pour s'occuper d'elle. Elle décide également d'écrire un manuel de savoir vivre pour les plus de cinquante ans, et doit pour cela rejoindre son ami d'enfance Markey, qui est éditeur à New-York, où il a émigré il y a bien longtemps. Elle décide alors de mettre Min le temps de son séjour aux États-Unis, dans une maison de retraite, afin qu'elle soit prise en charge. Mais Min va venir la rejoindre à New York, s'y épanouir et décider de s'y installer, ce qui laisse Rosie, retournée en Irlande, perplexe. Les deux femmes, éloignées l'une de l'autre, communiquent par le biais d'une cabine téléphonique...
   
   De magnifiques passages dont voici quelques extraits: "Et puis, pendant la cinquantaine, il faut se préparer à l'étape suivante qui, elle, sera réellement éprouvante, on va voir mourir ceux qu'on aime, par exemple. Et se rapprocher soi même de la mort. Une des choses que je voudrais apprendre, c'est comment aller vers les ténèbres". Mais qu'on ne s'y trompe pas, ce livre n'est pas pour autant triste, il est profondément humain et généreux: "Il devait savoir, le jour où nous avions marché jusqu'à la Pigeon House, que je serais anéantie d'apprendre qu'il quittait l'Irlande - et pas dans un futur proche mais le soir même. C'était peut-être pour ça qu'il s'occupait si gentiment de mon projet éditorial. Pour réparer cette grande blessure. Après tout comme je l'avais écrit dans mon bout d'essai, l'âge mûr était celui des restitutions miraculeuses."
   
   J'ai beaucoup aimé ce livre qui semble faire l'unanimité autour de moi, rempli de magnifiques pensées à méditer comme cette dernière qui m'a bien touchée. Je ne résiste pas à l'envie de la citer pour terminer ce billet: "D'emblée, on aime les animaux tels qu'ils sont, sans songer à vouloir les changer"

critique par Clochette




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