Lecture / Ecriture
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Une saison avec Marcel Proust de René Peter

René Peter
  Une saison avec Marcel Proust

Une saison avec Marcel Proust - René Peter

Une amitié sincère
Note :

    On croyait bien que tous ceux qui avaient côtoyé Marcel Proust avaient fait leur devoir de mémorialiste et s'étaient acquitté de leur volume de souvenirs sur l'air de "J'ai bien connu le grand homme". La bibliographie du "Proust" de Jean-Yves Tadié en recense presque une cinquantaine et on peut penser qu'elle est loin d'être exhaustive. Or voici que surgit du néant ou presque, plus exactement du grenier de sa petite-fille, un recueil de souvenirs dû à un certain René Peter. René Peter n'est pas un inconnu du monde littéraire (biographe de son ami Debussy, historien de l'Académie française, auteur dramatique à succès avec "Chiffon") ni du monde proustien: il figure dans le Tadié, dans le Painter et dans le "Dictionnaire Marcel Proust" des éditions Champion.
   
    Il est le fils d'un collègue du docteur Proust, fréquenta Marcel dans son enfance et on retient généralement de lui qu'il se vit proposer par celui-ci l'écriture d'une pièce en commun dont Proust se contenta de fournir le titre, "Le Sadique". C'est également Peter que Proust envoya visiter un certain nombre d'appartements parisiens en vue d'une future installation, dont celui du 102 boulevard Haussmann. On est alors en 1906, et Proust vient de perdre sa mère. Pour l'été, il renonce aux villégiatures normandes et s'installe à Versailles, à l'Hôtel des Réservoirs, où René Peter vient en voisin lui rendre des visites presque quotidiennes. C'est une saison difficile pour Marcel, sur le plan affectif, familial, mais aussi littéraire: "Les Plaisirs et les Jours" et ses traductions de Ruskin n'ont rencontré qu'un succès confidentiel et il est à la recherche de ce qui deviendra "La Recherche". L'amitié de René Peter lui sera un soutien précieux et apprécié comme on peut le voir dans les extraits de lettres fournis par celui-ci. L'amitié de Peter est sincère, désintéressée et on sent dans le récit qu'il fait de cette saison une admiration et une compassion qui ne sont pas feintes. On y découvre un Proust un peu désemparé mais brillant et drôle plus souvent qu'à son tour, et à bien des égards fascinant pour son interlocuteur.
   
   Ecrit en 1947, le texte fait un va-et-vient entre le Proust obscur de 1906 et l'écrivain adulé qu'il deviendra: René Peter ne cache pas sa préférence pour le premier. Teinté de nostalgie, son récit nous présente un Proust simple et humain, éloigné des mondanités et des excès qui font l'ordinaire de ses biographies. A la fin de l'année 1906, Proust s'éloigne de Versailles et de son ami, s'installe boulevard Haussmann et se souvient tout à coup que longtemps il s'est couché de bonne heure.

critique par P.Didion




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