Lecture / Ecriture
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La touche étoile de Benoîte Groult

Benoîte Groult
  La touche étoile
  Mon évasion

Benoîte Groult est une écrivaine et féministe française née en 1920 et décédée en 2016.

* Catel a fait sa biographie en bande dessinée.

La touche étoile - Benoîte Groult

Quelle véhémence, toujours !
Note :

   Le militantisme de Benoîte Groult ne s'est pas étiolé, loin de là. Il lui faut cependant jouer de subtilité actuellement pour s'exprimer. Ainsi, c'est sous couvert de propos bien souvent drôles et ironiques qu'elle continue à revendiquer avec véhémence pour le statut de la femme (entre autres).
    « Après une brève lune de miel dans la foulée de Mai 68, toute MLF un peu récalcitrante tomba dans la disgrâce des médias et bientôt dans l'opinion, la féministe devenant par définition laide, ennuyeuse, mal baisée, ennemie du plaisir et de la vraie femme, stérile si possible et vraisemblablement homosexuelle, c'était la cerise sur le gâteau. […]
    Dans la presse féminine désormais, la revendication n'avait plus sa place et le féminisme passait pour une névrose, résidu des années soixante-dix. »

   C'est pour cela aussi sans doute qu'elle adopte, pour son écriture, un style très fluide et truffé d'humour, proche du langage oral, mais qui se veut cinglant aussi.
   
   Ce livre nous brosse le portrait de plusieurs femmes à des âges bien distincts de leur vie. Des parcours assez disparates pour aborder plusieurs thématiques. Tout d'abord, le statut de la femme ainsi que l'évolution des mœurs qu'elle souligne de quelques régressions, hélas. Pour exemple, le passage nous contant la recrudescence consternante des talons aiguilles est assez croustillant.
   Puis, elle décortique le parcours d'un couple qui se veut libéré (enfin, en théorie), mais qui pâtit néanmoins de bien des contradictions.
    « Nous souffrons en somme comme au temps de Racine, tout en professant les théories de Sartre et Beauvoir ».
   Et pour finir elle affronte certaines difficultés qui accompagnent la fin de vie. En relatant des situations frôlant parfois le rocambolesque mais d'un réalisme jubilatoire quand il s'agit de pointer le regard de la société sur les “anciens”, elle tance admirablement la société trop souvent hostile aux vieux, aux femmes, aux gros… et qui prône une vérité commanditée par les magazines.
   
   Dans ce livre, outre ce combat qu'elle aura mené sa vie durant pour une réelle reconnaissance des femmes, elle s'atèle en plus maintenant à un nouveau combat : celui de réclamer de pouvoir choisir sa mort, militant ainsi aux côtés de l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD).
    «Réclamant le droit de choisir ma mort comme j'avais réclamé autrefois celui de donner ou non la vie.» Elle en profite au passage pour rendre hommage à Simone (Veil) d'avoir délivré les femmes en faisant voter une loi autorisant l'avortement.
   
   La dernière partie est d'ailleurs dédicacée à Mireille Jospin (dont la fille Noëlle Châtelet a écrit son récit dans «La dernière leçon») ainsi qu'à Claire Quillot qui, à elles deux, sont un peu des initiatrices de cette revendication de pouvoir choisir sa fin de vie.
   «Je veux m'en aller, ma hotte lourde de souvenirs et les yeux pleins de fierté d'avoir vécu vivante jusqu'au bout. M'en aller à mon heure à moi, qui ne sera pas forcément celle des médecins, ni celle autorisée par le pape, encore moins la mort au ralenti, avec son plateau de soins palliatifs en devanture et son sourire crémeux.»
   « Il est hors de question de décrépir sous le regard humide de ses proches.»
   
   Ce livre lucide à l'humour corrosif est au final une subtile plaidoirie en faveur de ces causes qui font partie intégrante de toute la vie de l'auteure (avec un e, elle y tient beaucoup).
   Un ouvrage qui réjouit autant qu'il bouleverse par son côté grinçant et surtout si réaliste.

critique par Véro




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