Lecture / Ecriture
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Le passage du gué de Jean-Philippe Blondel

Jean-Philippe Blondel
  Un minuscule inventaire
  1979
  Le passage du gué
  Juke Box
  Accès direct à la plage
  This is not a love song
  Le baby-sitter
  G229
  Et rester vivant
  06h41
  Un hiver à Paris

Jean-Philippe Blondel (né en 1964) est un écrivain français. Il enseigne également l'anglais en lycée.

Le passage du gué - Jean-Philippe Blondel

Une histoire à trois voix.
Note :

   Dans cet ouvrage, l'auteur nous sert une histoire par les voix de trois personnages : Fred, Myriam et Thomas. Plus précisément, ce sont trois monologues qui se complètent et se succèdent pour dessiner, à l'image d'un puzzle, une histoire à trois voix. On y retrouve ainsi un peu cette construction faite d'assemblages récurrente et chère à Jean-Philippe Blondel.
   Toutefois, ce livre diffère des précédents dans le sens où cette fois l'auteur pénètre les âmes et le domaine ultra-privé des pensées intimes, secrètes et parfois défendues. Il procède à un décorticage minutieux de l'intimité de ses personnages qui marmonnent leurs ressentis sur les événements qu'ils ont en commun. Leurs mots intérieurs se laissent souvent emporter dans une dérive de pensées, de divagations, de rêveries et d'associations d'idées. Les esprits finissent par fantasmer et certaines élucubrations les éloignent quelquefois de la réalité.
   
   Dès leur toute première rencontre, une relation ambiguë d'amour-amitié s'établit entre Fred et Myriam alors enceinte de Thomas. Relation bilatérale plus ou moins clandestine au départ qui basculera dans une interdépendance triangulaire dans la deuxième partie du livre.
   En effet, l'histoire se renverse pile à la moitié du livre où les vies des trois protagonistes périclitent pour devenir mutuellement indispensables. Ensemble, ils vont affronter les remous de la rivière du drame. C'est à Fred, d'ailleurs, que revient le rôle d'aider Myriam et Thomas à passer le gué et franchir l'autre rive, celle de la reconstruction.
   « Je sais que je suis tout à la fois un amant, un enfant, un membre de la famille, un ami intime, un écart sensuel, un fantasme, une progéniture, un avenir, un passé.
   Je m'en fous.
   Je sais aussi que je suis un anti-inflammatoire, un point de suture, une béquille, une attelle, un pansement, un onguent, et ça, je ne m'en fous pas.
   Je veux être un tue-la-mort, une fois dans ma vie. »

   Dans ce prétendu ménage à trois, les relations qu'ils entretiennent les uns les autres reposent sur l'ambivalence de leurs sentiments qui pourtant s'avèrent réciproquement incontournables voire vitaux.
   
   Un livre fort, profond et courageux d'une histoire pas tout à fait ordinaire sur les sentiments complexes entre les individus. Le style d'écriture est flexible et s'adapte avec justesse aux tourments qui habitent les différents personnages.
   Avec ce cinquième ouvrage, l'auteur ouvre avec beaucoup de grâce un genre quelque peu différent mais qui lui va bien.
    ↓

critique par Véro




* * *



Happée par la force d'un récit bouleversant
Note :

   "L'oubli est sans doute ce que nous avons de plus précieux"
   
   Les magasins d'usine sont la principale attraction de la ville où Fred a grandi et où il se rend une fois par an avec toute sa petite famille pour voir ses parents. C'est aussi la raison principale pour laquelle ses deux enfants, deux adolescents de 15 et 17 ans, acceptent de s'y rendre.
   
    Ce dimanche de janvier 2006, alors qu'il attend justement Violette et Ugo en train d'essayer des habits dans un magasin, Fred s'immobilise à la vue d'un couple accompagné comme lui de ses enfants et qu'il reconnaît immédiatement malgré les années. Ce couple, c'est celui que forment Thomas et Myriam, qu'il n'a pas vus depuis 20 ans et dont je tairai l'histoire pour vous laisser tout le plaisir de la lecture.
   
    J'ai été dès les premières lignes happée par la force de ce roman, par l'histoire de ces trois personnages et quelle histoire !
   
    Bien qu'il soit unique et qu'il m'ait vraiment époustouflé, ce livre m'a fait penser aux "Ames grises" de Philippe Claudel par le tragique des situations et le destin qui frappe mais aussi à "Bye Bye Blondie" de Virginie Despentes, avec cette façon de dire les choses crûment mais les choses telles qu'elles sont, en allant au plus profond de la vérité. Il montre la difficulté de vivre quand on a l'impression d'avoir été floué, le dépit qu'on peut éprouver devant le bonheur d'autrui et la façon dont on peut se construire en espérant que les autres vont se planter. Il montre la violence de certaines de nos pensées, la confusion des sentiments, la force du désir, l'impossibilité de résister à un être dont on tombe amoureux, la culpabilité aussi et enfin l'impuissance face au destin qui frappe parfois si douloureusement.
   
    Trois personnages, une même histoire, une magnifique histoire, à la fois proche et loin de Jules et Jim. Ce livre fait l'unanimité et je vous encourage vivement à le lire.
    ↓

critique par Clochette




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Délicatesse sur sujet périlleux
Note :

   Fred, installé aux environs de Chartres, vient rendre visite à sa mère, accompagné de sa femme et de ses enfants. Il profite du retour dans sa région natale pour profiter des magasins d’usine. Et au moment de payer, un flash: à la caisse d’à coté, il reconnaît une femme et son mari. Commence alors une rétrospective qui retrace la rencontre entre Fred, Myriam et Thomas et leur singulière histoire….
   
    Ce point de départ du roman fait d’emblée naître une attente, une impression de mystère: qu’a-t-il bien pu se passer qui trouble Fred à ce point? Petit à petit, à travers un récit à trois voix (Thomas, Fred et Myriam), on découvre les événements à travers les yeux de chacun des protagonistes. Au départ, Fred est pion de collège; il croise un soir Myriam seule dans sa salle de cours (magnifique scène de rencontre orchestrée par la musique). S’en suit un amour impossible pour Fred, puisque que Thomas est déjà présent dans la vie de Myriam.
   
   Et puis l’événement, rendu de manière éprouvante par ce passage sans ponctuation ni respiration. Le retournement qui fait que le rapport de force instauré au départ (le couple fort, Myriam et Thomas, face au solitaire Fred) se renverse. Thomas perd pied, alors qu’il était un amoureux comblé et un cadre bien intégré. Myriam n’arrive pas non plus à se relever. Et c’est Fred qui va remettre le couple sur la bonne voie. Bien entendu, tout cela ne se fait pas de manière linéaire: les non-dits s’immiscent dans cet étrange couple à trois, les émotions et les sentiments sont bouleversés.
   
   Sur un sujet périlleux, Jean-Philippe Blondel parvient à signer un récit émouvant, poignant, sans aucun voyeurisme ni vulgarité. On ressent la détresse de Myriam et de Thomas, le sacrifice de Fred qui se dévoue, mais qui parvient à ne pas dépasser la ligne jaune en prenant la seule décision qui puisse l’épargner. J’ai réellement beaucoup aimé la lecture de ce roman à dimension humaine, car on touche de près les vacillements et les troubles qui peuvent atteindre n’importe quel homme ou femme.
   
   Un auteur qui m’a vraiment touché via ce roman. Vraiment une lecture que je conseille très chaudement!

critique par Yohan




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