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Auteur du mois de novembre 2005
Paul Auster

   .

Biographie

   AUTEUR DU MOIS DE NOVEMBRE 2005
   
   Paul Auster est né en 1947 dans le New Jersey. Il vit aux Etats Unis (Brooklin) avec de fréquents séjours en Europe, France en particulier. Il a fait des études littéraires à la Columbia University et il parle fort bien le français puisqu'il fut le traducteur de Mallarmé, de Sartre et d'autres.

   
   Il connaît une dizaine d'années de galère durant lesquelles il écrit tout en exerçant différents métiers, jusqu'au décès de son père. A ce moment, son héritage lui permet de s'adonner plus complètement à l'écriture et il sera plublié 3 ans plus tard.
   Il écrit également des scénarii de cinéma.
   C'est maintenant un auteur largement reconnu.
   Il est le compagnon de Siri Hustvedt.

   
    * Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"
   
   
   

Bibliographie ici présente

  Le diable par la queue
  Dès 10 ans: Auggie Wren's Christmas Story
  Moon Palace
  Tombouctou
  Le voyage d'Anna Blume
  Laurel et Hardy vont au paradis
  Pourquoi écrire?
  La Trilogie new-yorkaise
  Brooklyn follies
  La nuit de l’oracle
  Dans le scriptorium
  Mr Vertigo
  La cité de verre
  Léviathan
  L'invention de la solitude
  Le livre des illusions
  Le carnet rouge
  Seul dans le noir
  Invisible
  Sunset Park
  Chronique d’hiver
 

Le diable par la queue - Paul Auster

Chroniques des années de galère
Note :

   Paul Auster est aujourd'hui considéré comme une des valeurs sûres de la littérature américaine. Et s'il ne vend sans doute pas autant que Dan Brown, ses livres ne se taillent pas moins un joli succès aux Etats-Unis, comme dans les pays francophones. Mais vous savez sans doute tout cela aussi bien que moi. Et en fait, je m'étends sur ce sujet ici pour une raison toute simple: c'est qu'il n'en a pas toujours été ainsi, et avant de connaître le succès, Paul Auster a connu des années de galère, des années dans la dèche à peiner pour garder la tête hors de l'eau, financièrement s'entend. C'est le récit de ces années de galère qu'il nous livre dans "Le diable par la queue", en toute spontanéité, de la fin de son adolescence à la publication de son premier roman.
   
   Paul Auster a su très tôt qu'il voulait devenir écrivain, ou plus exactement, il a su très tôt qu'il n'était "bon" à rien d'autre: "Becoming a writer is not a 'career decision' like becoming a doctor or a policeman. You don't choose it as much as get chosen, and once you accept the fact that you're not fit for anything else, you have to be prepared to work a long hard road for the rest of your days." Pourtant il est assez peu question de littérature dans ces chroniques qui se concentrent surtout sur deux thèmes: le rapport quelque peu conflictuel que Paul Auster entretient avec l'argent depuis qu'enfant, il fut le témoin des désaccords de ses parents à ce sujet, et sa faim d'expériences et de rencontres, bref de tout ce qui serait susceptible de nourrir son oeuvre future. On passe ici du compte-rendu des petits boulots de vacances de l'adolescence, qui lui ont permis de financer son premier séjour en Europe, à celui des mois passés comme homme à tout faire sur un tanker de la firme Esso, à naviguer entre New York et la Floride... "Le diable par la queue" est un récit sans prétention, écrit dans un style très spontané - moins soigné que celui des romans mais toujours agréable. Somme toute, ce livre évoque une conversation avec un ami, qu'on retrouverait par hasard après l'avoir longtemps perdu de vue, une conversation à batons rompus où l'on "rattrape" le déroulement d'années de vie...
   
   "Le diable par la queue" proprement dit est en outre accompagné de trois oeuvres de jeunesse de Paul Auster, trois oeuvres écrites au cours des années évoquées dans ces chroniques. La première de ces annexes, trois pièces de théâtre "Laurel et Hardy vont au paradis", "Black out" et "Cache cache" ont fait l'objet d'une édition et d'un commentaire séparés, je ne m'étendrai donc pas davantage à leur sujet, pas plus que sur la deuxième annexe, un jeu de base ball "de table" auquel je n'ai strictement rien compris (mais je dois avouer que je n'ai jamais rien compris au vrai base ball, joué sur un vrai terrain avec de vrais joueurs - ceci expliquant peut-être cela...). Enfin, la dernière partie du livre nous propose le premier roman publié de Paul Auster: un roman policier intitulé "Squeeze Play" mettant en scène un détective privé, engagé par une star du base ball en retraite et sur le point de se recycler dans la politique... C'est un roman noir dans toutes les règles du genre, et avec tous ses stéréotypes: le héros en apparence bien sous tous les rapports mais qui n'est pas tout à fait ce qu'il paraît, sa femme avec qui il forme un couple si uni - du moins sur la couverture des magazines, l'ami de la famille - qui se révèle aussi l'amant de la femme, le mafiosi de service et ses sbires... Tout cela soigneusement dosé de révélation en révélation, soutenant sans peine l'attention du lecteur. On est encore bien loin du style et de l'univers personnels que Paul Auster est parvenu à imposer dans ses romans ultérieurs, mais "Squeeze play" n'en est pas moins un bon moment de détente contribuant à faire de ce livre une jolie découverte.
   
   
   

critique par Fée Carabine




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Dès 10 ans: Auggie Wren's Christmas Story - Paul Auster

Une perle pour le sapin
Note :

   D'abord, il y a l'histoire. "Paul", un écrivain vivant à Brooklyn, a promis de livrer un conte de Noël, pour publication dans le "New York Times" le 25 décembre. Et il le regrette amèrement... Jugez plutôt: "The very phrase "Christmas Story" had unpleasant associations for me, evoking dreadful outpourings of hypocritical mush and treacle. Even at their best, Christmas stories are no more than wishfulfillment dreams, fairy tales for adults, and I'd be damned if I'd ever allowed myself to write something like that." Soit, dans un traduction approximative, de mon cru: "Les seuls mots de "Conte de Noël" éveillent en moi des sensations déplaisantes, évoquant des épanchements pénibles, hypocrites, d'eau de rose et de mélasse. Au mieux, les contes de Noël ne sont que des souhaits de voir des rêves devenir réalité, des contes de fée pour adultes, et que je sois damné si je me laisse jamais aller à écrire une chose pareille." Compte tenu de cet état d'esprit, vous devinez que Paul se retrouve très vite en "panne" d'inspiration et de surcroît tourmenté pas le fantôme de Dickens et de ses livres de Noël. En désespoir de cause, Paul se décide donc à aller prendre l'air, renouveler son stock de cigares dans la petite boutique de son ami Auggie Wren, que sans doute il n'est plus nécessaire de présenter à tous ceux qui ont vu ou lu le diptyque de Paul Auster et Wayne Wang - "Smoke" et "Blue in the face", où Auggie Wren prenait les traits d'Harvey Keitel. Et Auggie Wren de raconter à Paul un conte de Noël "véridique"... mais toutes les histoires ne deviennent-elles pas peu ou prou véridiques dès qu'il se trouve quelqu'un pour croire en elles? Paul Auster - ou Auggie Wren - tient donc ici la gageure de nous livrer un conte de Noël qui ne dégouline pas de bons sentiments, un conte un peu immoral en fait, mais qui rayonne pourtant d'optimisme et de cet indéfinissable esprit de Noël qui fait qu'on a le sourire aux lèvres au moment de refermer ce livre.
   
   Et puis, il y a l'objet, une reliure de toile rouge, une couverture dans des dominantes de rouge et de vert - les couleurs de Noël - adoucies de bleu, de gris et de beige. Et lorsqu'on ouvre le livre, l'odeur de l'encre, un peu entêtante (une odeur d'huile de lin ?), le papier blanc très brillant... Et surtout les superbes illustrations d'Isol, délicieusement absurdes, avec leurs personnages aux têtes énormes et rondouillardes - évoquant les traditionnels bonhommes de pain d'épice, leurs décors de maisons de poupées et de boîtes de biscuits, et une irrésistible caricature de "Paul" trônant sur une touche du clavier de sa machine à écrire, se grattant le crâne en attendant une improbable étincelle d'inspiration.
   
   Bref, c'est une vraie petite merveille que la nouvelle édition Américaine de "Auggie Wren's Christmas Story" chez Henry Holt, un cadeau bien de saison à offrir ou à s'offrir. Et puis, c'est l'occasion rêvée pour ceux qui lisent peu l'Anglais de franchir le pas, avec ce texte court, écrit dans un style simple même si la petite musique austérienne y est bien reconnaissable. Et pour ceux qui préfèrent s'en tenir à la version française, "Le Noël d'Auggie Wren" est paru chez Actes Sud dans une traduction française de Christine Le Boeuf et avec des illustrations de Jean Claverie (bien différentes de celles d'Isol, à en juger d'après la photo de couverture)
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critique par Fée Carabine




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Travail d'orfèvre
Note :

   Il n'est parfois nul besoin d'écrire un roman de 500 pages pour émerveiller un lecteur sur le talent d'un auteur.
   
   "Le conte de Noël d'Auggie Wren" est un chef-d'oeuvre d'efficacité. Paul Auster réalise un véritable travail d'orfèvre en moins d'une trentaine de pages, avec un brio qu'il ne répètera malheureusement pas toujours dans les romans qui constituent son oeuvre.
   Mais là, nous tenons la quintessence du talent d'Auster.
   
   Paul, le narrateur, doit écrire une nouvelle pour le New York Times qui doit paraître au matin de Noël. Auggie, qui tient une boutique de cigares, à Brooklyn inévitablement, connaît Paul depuis onze ans. En échange d'une invitation au restaurant, Auggie va raconter à Paul une histoire pour le conte de Noël. L'histoire en elle-même est d'une sobriété épatante; mais elle atteint la sensibilité du lecteur avec une rare simplicité.
   
   Pourtant, la mise en abyme réalisée par Paul Auster est digne des plus grands (je pense à Gide ou à Zweig), car ce conte a réellement été publié dans le New York Times en 1990.
   
   Du moment qu'une personne y croit, il n'existe pas une histoire qui ne puisse être vraie. Paul Auster est rejoint par Yann Martel sur ce point.
   
   Je n'ai pas lu ce conte dans la version "Actes Sud Junior" mais les illustrations peuvent y ajouter un petit quelque chose (en espérant que cela ne dénature pas l'histoire). J'avais en mémoire, en lisant le texte, l'extrait du film de Wayne Wang, Smoke (avec l'excellent Harvey Keitel) qui y fait référence.

critique par Julien




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Moon Palace - Paul Auster

Clair de lune
Note :

   Un roman dont le squelette s'articule autour du thème de la lune, qui fascine un peu le héros narrateur. Cela est affiché dès la toute première phrase, puisque c'est là qu'il situe le début de son récit à «l'été où l'homme a pour la première fois posé le pied sur la Lune.» Ce thème de la lune et de son éclat, réapparaîtra tout au long du roman, dans les noms des groupes musicaux, les noms de lieux, les paysages, les morceaux de musique, les lueurs des néons, le titre de ce roman etc. Elle est partout, sans insister, mais avec entêtement. Omniprésente. Témoin de tout. Et l'homme a mis le pied dessus.
   
   Loin dessous pourtant, Marco Stanley Fogg, essaie de se débrouiller avec le peu de points d'appui dont il dispose. Il n'a jamais connu son père et sa mère est morte quand il avait 11 ans. Il a ensuite organisé sa vie chez son oncle (Victor), célibataire endurci ou marié malchanceux, avec qui il s'entendra fort bien mais qui ne lui laissera à sa mort que quelques caisses de livres.
   
   Je me demande si le personnage de ce si cher oncle Victor n'a pas été inspiré à Auster par son vrai oncle, traducteur, qui vivait dans les livres et qui a fait partager très tôt ce plaisir à son neveu.
   
   Quoi qu'il en soit, une fois cet oncle mort, le jeune Marco, étudiant, ne possède rien et parviendra à survivre jusqu'à la fin de ses études en vendant peu à peu les livres dont il a hérité. Toutefois, toujours par amour de cet oncle, et par respect pour cet héritage, il ne vendra aucun livre, quel qu'il soit, avant de l'avoir lu. Et il survit ainsi. Il tient à mener ses études à leur terme, non par désir personnel, mais parce qu'il pense que son oncle aurait voulu qu'il le fasse. Des désirs personnels, il n'en a pas. Si bien que, dans le même temps, il n'entreprend rien qui puisse lui permettre de survivre de quelque façon que ce soit à la fin du stock de livres.
   
   Ceci est la trame du premier tiers du roman et je n'irai pas beaucoup plus loin dans ma description du récit que je vous laisse découvrir. On a déjà ainsi, les thèmes majeurs du livre qui sont, d'abord, la solitude du héros : il réagit tout le temps en solitaire. Il ne songe pas à s'appuyer sur quelqu'un quand il est en difficulté. Il ne songe pas à demander aide ou même conseil, ni encore simplement à se raconter. La situation devient de plus en plus intenable pour lui, sans qu'il ait même l'idée qu'il pourrait se tourner vers les autres.
   
   Et arrivé au terme de ses ressources, littéralement, il fond. Physiquement, la faim lui fait perdre toute graisse, puis ne laisse de lui qu'un squelette ambulant et il fond également en tant qu'individu. Il n'occupe plus de place, n'a plus de rôle social, plus de revenus, plus de logement. Caché dans les buissons de Central Park, il est devenu invisible, il a disparu.
   
   Quand, grâce à ses amis, il reprend pied peu à peu, il apparaît comme un homme totalement malléable. Il est prêt à se prêter à ce qu'on voudra faire de lui. C'est cette attitude ouverte, patiente et réceptive qui lui permettra de s'enrichir de la seconde partie de l'ouvrage : sa cohabitation avec un vieil excentrique richissime à l'exécrable caractère, mais qui lui apprendra beaucoup. Ce qui n'aurait pas été possible sans cette étonnante, façonnabilité qu'il manifeste à ce moment.
   
   Le dernier tiers de l'oeuvre, s'ouvre à la mort du vieillard sur un troisième volet de l'évolution de Marco Stanley Fogg, dont il n'est pas utile que j'évente le contenu..
   
   Alors que la lune est partout dans ce roman, le hasard lui, n'est nulle part et la conclusion retrouve et regroupe les fils d'Ariane semés un peu partout au fil du vent et du récit, depuis les toutes premières pages. Là encore une idée chère à Paul Auster : le rôle du hasard et des coïncidences.
   
   Pour finir, j'ai été assez surprise par l'état d'esprit du héros dans les, disons, vingt dernières pages, que je m'explique mal, mais comme je ne peux pas en discuter ici sous peine de déflorer l'oeuvre, vous irez vous faire votre idée vous-même.
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critique par Sibylline




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Magie des mots
Note :

   Il faut que vous compreniez la pression qui pèse sur mes épaules à la rédaction de cet article!!
   
   Je suis loin d'avoir lu tous les livres de Paul Auster mais je dois avouer que ce roman m'a beaucoup plu. Bien entendu on retrouve des éléments indissociables de l'écriture de P. Auster ou du moins de ce que je connais chez lui: la filiation, la solitude, l'art... (en cela il me fait penser à un auteur que j'apprécie énormément même si la comparaison s'arrête là car les thématiques récurrentes sont différentes -et, je sais que je vais avoir au moins un commentaire sur cette digression- : J. Irving),
   
   Au long de ces pages, M. S. , les initiales de ce jeune homme qui, confronté à des situations qu'il ne maîtrise pas, comme par exemple ce prénom, s'oblige à les mettre en avant, et veut se créer sa personnalité.
   
   Il va nous raconter le "commencement de sa vie" tout du moins ce qu'il considère comme tel. Se retrouvant seul au monde (niveau familial s'entend), en l'espace de 2-3 années, il va passer des étapes qui vont le transformer psychologiquement, découvrir un passé qui va s'avérer être le sien et réussir au bout du compte à répondre à des questions ou des situations qu'il avait vécues sans réellement y penser.
   
   Avec ce roman, P. Auster montre l'impact de chaque élément du quotidien, les bouleversements que chacun ou chaque chose peuvent apporter à la voie que l'on s'était tracée / que l'on pensait s'être tracée. Et non... la vie est faite de surprises, d'aspects positifs et négatifs, dont l'influence dépend de la personnalité de chacun.
   
   Si le passé provoque quelques regrets, il nous faut regarder vers l'avenir, tout en étant conscient que ce sont ces expériences qui nous font agir de telle ou telle manière.
   Oups! J’espère que vous n'aurez pas l'impression que je vais une analyse à 3 francs 6 sous, mais c'est le sentiment éprouvé en fermant ce livre, même s'il contient beaucoup plus que cela, mais je vous laisse le découvrir par vous même...
   
   Pour ceux qui ne le connaissent pas, je vous conseille également de lire "Le livre des illusions". Tout cinéphile que vous puissiez être, vous allez vous faire berner par la description des films et la magie des mots. Quelques longueurs si ma mémoire est bonne mais néanmoins, un très bon cru.
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critique par Delphine




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Le plus représentatif des Auster
Note :

   Avant de parler de "Moon Palace", deux mots sur son auteur: j'ai découvert Paul Auster il y a une vingtaine d'années. A l'époque, il n'avait que quelques livres à son actif. J'ai foncé tête baissée dans son univers, son style, sa "poétique du hasard"... tout cela me semblait nouveau, exceptionnel, génial! J'étais complètement "retournée"! Depuis, Auster est devenu pour moi une sorte d'objet d'amour-haine, car il ne cesse de se répéter sans arriver à se renouveler... je lui en veux! Donc, pour garder de lui une bonne opinion, je n'ai pas touché à ses cinq, six derniers romans!
   
   "Moon Palace" n'est certainement pas le meilleur Auster (se reporter pour cela à "L'invention de la solitude", "La Trilogie New-Yorkaise" et "Léviathan"...), mais c'est, à mon humble avis, le plus représentatif. On y trouve tous les thèmes chers à son auteur, mais aussi les défauts que ses détracteurs lui reprochent (je connais des gens qui détestent littéralement!).
   
   L'histoire commence à New York, où vit un étudiant du nom de (accrochez-vous!) Marco Stanley FOGG (oh yes!), les références étant volontaires pour nous mettre sur la piste de la suite...
   Ce Marco est orphelin depuis belle lurette, il ne sait même pas qui est son père (la quête du père: un thème récurrent). Il est élevé et financé par son oncle. Or, celui-ci a le mauvais goût de mourir et de laisser Marco dans le dénuement le plus total... et nous voilà arrivés aux autres thèmes récurrents de l’œuvre d'Auster: solitude, pauvreté, errance, clochardisation... se replier sur soi, larguer les amarres de la vie sociale et vivre au gré du HASARD (comme beaucoup de ces personnages fictifs, Auster lui-même tient un 'Carnet Rouge' dans lequel il note toutes sortes de hasards dont il a eu connaissance pour les réinvestir dans ses histoires...), se laisser balloter par la vie, ne plus être maître de son destin... jusqu'à se laisser mourir s'il n'y a pas intervention extérieure...
   
   Rassurez-vous, notre Marco ne meurt pas, car deux amis fidèles le remettent sur pied. Et c'est là que commence une nouvelle partie du livre, car Marco est embauché par un étrange et infirme vieux monsieur qui va lui raconter sa vie (pleine d'aventures hors du commun, dans des paysages extraordinaires, des crimes aussi, on ne s'ennuie pas, tout cela mêlé à des réflexions sur l'art) pendant plus d'une centaine de pages (mais je n'ai pas compté exactement) ... pour arriver à une troisième histoire dans l'histoire et un retournement complet et insoupçonné de la situation... et finalement, la boucle est quand même bouclée, laissant le lecteur coi!
   
   Et oui, c'est cela, Auster, et il est assez unique dans son genre! Ce qui prime, c'est la narration (d'ailleurs, les parties dialoguées sont réduites à un stricte minimum): il superpose, imbrique, mêle un tas d'histoires, de destins, de personnages, les uns plus fantasques que les autres! Le problème, c'est que souvent on se demande où est en fait la vraie histoire! Mais si l'on ne cherche pas de logique et que l'on se laisse porter par le souffle épique et les surprises en cours de route, le plaisir se révèle énorme... on devient accro! Promis!

critique par Alianna




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Tombouctou - Paul Auster

Tombouctou, c'est pas si loin
Note :

   Quand j'ai commencé à lire, je croyais avoir compris que ce roman était écrit comme si c'était un chien qui parlait. Ce n'est pas tout à fait exact .« Tombouctou » est un roman écrit à la troisième personne par un narrateur extérieur à l'histoire. Simplement, il voit et comprend tout ce qui se passe par ce qui est supposé être le regard du chien. C'est beaucoup plus subtil, et plus subtil également de parvenir à nous transmettre cette impression de « parler chien » puisque jamais le chien ne parle (malgré un ou deux essais de voix), et que sa pensée n'est pas si souvent exprimée en style direct.
   
   Quoi qu'il en soit, dès qu'on fait parler un animal, certains auront tendance à penser qu'on a affaire à un genre mineur, qu'on bêtifie (d'où le nom sans doute) mais je pense qu'ils ont tort. Faire parler un animal n'est qu'un artifice utilisé pour faire parler les sentiments les plus primaires et donc les plus authentiques. On aborde de cette façon les problèmes de la vie, de la mort, de l'enfance, de l'amour, du travail, de l'argent? de tout ce qui ponctue notre existence. Ensuite, on y parvient ou non, l'entreprise est réussie ou non, c'est une autre affaire. Mais au départ, à mon avis, faire parler un animal, tenter de voir par les yeux d'un animal ne doit pas être considéré comme une faiblesse du récit.
   
   En ce qui concerne « Tombouctou », j'estime l'entreprise réussie. J'ai bien aimé ce livre pour l'histoire de ce poète perdu qui meurt sur un trottoir et pour celle de son chien qui après cela, aura l'occasion de nous emmener rencontrer divers spécimens d'humains. Les sentiments règnent en maître dans ce récit, même si ce ne sont pas ceux que l'on rencontre le plus souvent dans les romans. Mais, dans les romans, on trouve tout.
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critique par Sibylline




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De la corde sensible…
Note :

   Il m’éblouit ce Paul Auster… Eh non, je n’arrive pas à satiété. Le plaisir à l’état pur quand on aime un auteur comme lui c’est qu’à chaque fois qu’on ouvre un nouveau de ses bouquins, on retrouve tout ce pourquoi on l’aime, tout ce qui nous a fait revenir, et pourtant rien n’est jamais pareil, et pourtant tout est nouveau. Entrer dans un nouvel Auster, c’est arriver chez soi à dix milles kilomètres près, c’est ouvrir sa porte en tournant le dos à son appartement, ou bien c’est pénétrer la bonne maison sans s’être rendu compte qu’alors on était un autre.
   
   Willy G. Christmas, clochard. Ecrivain et poète aussi. Inventeur un peu. Mr Bones, son chien, son seul compagnon. Willy meurt dans une ville inconnue et Mr Bones est livré en lui-même. Ne pas en raconter plus de l’intrigue. C’est vif et rapide, moins de deux cent pages et toujours ce rythme endiablé.
   
   Quand je dis que l’auteur trouve la corde sensible, ce n’est pas tellement dans la relationnel d’amour fusionnelle, absolument passionnelle et déraisonnée de l’humain pour son chien, son meilleur ami quand il n’a que lui (le clochard, l’enfant peu désiré, tout y est). C’est avant tout le chien lui-même. Et l’histoire se vit depuis le cœur et la raison de Mr Bones. Auster cherche à personnifier à l’extrême un chien capable de communiquer avec ses moyens canins, qui entend les hommes, les comprend parfois mais à l’état brut.
   
   C’est aussi l’éternelle question des attentes et de la communication. Que laisse-t-on transparaître de ce que l’on veut de l’autre ? Quand sait-on que l’autre vous comprend, quand arrête-t-on de simplement le soupçonner ? Une magnifique projection de nos espoirs et illusions, comme si le chien était encore la seule planche de salut de cet homme qui part pour Tombouctou. Tombouctou c’est la mort. Tombouctou c’est ailleurs. Mais sans son maître ou sans son meilleur ami à quatre pattes, Tombouctou c’est aussi déjà ici.
   
   Et Auster pourrait peut-être toucher la compassion d’un lecteur pour l’âme d’un animal fictif plus honnête et plus sain que la grande majorité des humains.
   ↓

critique par Kassineo




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Une vie de chien…
Note :

   Paul Auster nous entraîne dans une histoire qui peut paraître rocambolesque, mais le quatrième de couverture m’a beaucoup inspirée, j’ai trouvé le sujet «original»… A vous de juger maintenant.
   
   Willy est sur le point de mourir, mais avant cela il se fixe deux objectifs : sauver ses écrits et trouver une autre famille d’adoption pour son chien Mr Bones.
   
   Son périple l’emmène donc à Baltimore où il veut retrouver un de ses anciens professeurs pour qu’elle s’occupe de ses affaires. Mais malheureusement Willy n’atteindra jamais son but et Mr Bones se retrouvera orphelin et seul face à des décisions difficiles à prendre pour un chien.
   Car Mr Bones n’est pas n’importe quel chien, Willy l’a toujours considéré comme un ami à part entière et l’histoire de son maître et de la suite de ses aventures nous sera racontée par ce fameux chien pas comme les autres. Bien sûr Mr Bones ne parle pas, mais il pense et ses pensées nous révèlent les difficultés qu’il va rencontrer, les sentiments qu’il va éprouver lors de la recherche d’une nouvelle famille d’adoption. Chose plus que difficile car comment savoir à qui il peut faire confiance…et la mort de son maître laisse un grand vide…
   
   Comment vont finir les aventures de Mr Bones, ce pauvre chien errant trouvera-t-il sa famille d’adoption ? Arrivera-t-il à noyer son chagrin ? Ou fera-t-il tout pour rejoindre son seul et unique maître à Tombouctou, le paradis imaginaire qu’il s’est inventé?
   
   Si vous voulez le découvrir, laissez-vous emporter par ce récit bouleversant, surprenant, émouvant et criant de vérité… et surtout si vous aimez les chiens, vous aimerez les idées farfelues de Paul Auster… tout comme moi.
    ↓

critique par Mme Patch




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Particules et chien
Note :

   L'histoire :
   
    L'amitié entre un "marginal", Willy G. Christmas et son chien Mr Bones pour leur dernière aventure ensemble.
   
   
   Ce que j'ai aimé dans le livre :
   
   Le talent de Paul Auster de nous prendre dans les filets de son imagination fertile dès la première ligne du livre pour ne nous relâcher qu'à la dernière après un fabuleux voyage.
   
   J'ai aimé le fait que l'auteur prenne comme point de vue celui du chien pour nous raconter l'histoire et par toutes sortes de trouvailles littéraires nous faire vivre pleinement cette amitié entre un vagabond et son chien.
   
   J'ai aimé qu'Auster nous présente Wily le héros humain du livre, qui a des problèmes psychologiques assez graves, sans le juger et de façon sympathique; car après tou,t notre psyché peut nous jouer à tous des tours!
   
   J'ai aimé la description de l'amour canin envers les hommes et l'évocation de la vie de hobo du personnage principal.
   
   J'ai aimé les paraboles qui émaillent le récit comme celles sur l'amitié. J'ai aimé l'évocation des années 50 aux USA, ces années insouciantes.
   
   J'ai enfin aimé le style si simple de Paul Auster qui fait qu'on dévore ce livre sans s'en rendre compte.
   
   De plus, j'ajouterais que la dimension tragique du récit m'a ému. C'est une formidable histoire d'amitié.
   
   
   Ce que je n'ai pas aimé dans le livre :

   
   J'aurais souhaité que Paul Auster décrive longuement les années de vagabondage de Willy et Mr Bones aux Etats-Unis.
   
   
   Livres auxquels celui-ci m'a fait penser :
   

    En fait, ce livre est à mon avis un condensé de la littérature américaine depuis Poe et Twain jusqu'à la fin du 20ème siècle.
   
   
   Une phrase du livre :
   

    "On ne faisait plus qu'un avec l'univers, on n'était plus qu'une particule d'anti-matière logée dans le cerveau de Dieu."

critique par L'habitué




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Le voyage d'Anna Blume - Paul Auster

"Au Pays des Choses Dernières"
Note :

   "These are the last things, she wrote. One by one, they disappear and never come back. I can tell you of the ones I have seen, of the ones that are no more, but I doubt there will be time. It is all happening too fast now, and I cannot keep up."
   
   Au petit jeu du style et de la séduction, ces quelques phrases de Paul Auster ne pouvaient que retenir mon attention, avec leur petite musique : une petite musique discrète, presqu'inaudible au premier abord mais qui s'insinue tout doucement dans l'oreille du lecteur et y laisse traîner un écho longtemps après que les derniers mots de ce voyage apocalyptique aient résonné.
   
   Impossible donc d'abandonner Anna Blume avant la fin de son voyage au "Pays des Choses Dernières" (puisque telle est la traduction littérale du titre original). Un voyage qu'Anna a entrepris pour tenter de retrouver son frère journaliste qui a mystérieusement disparu alors qu'il effectuait un reportage dans ce pays en décomposition. Un voyage dans un monde qui se délite de plus en plus vite. Et pourtant: "What strikes me as odd is not that everything is falling apart, but that so much continues to be there. It takes a long time for a world to vanish, much longer than you would think. Lives continue to be lived, and each one of us remains the witness of his own little drama. It's true that there are no schools anymore; it's true that the last movie was shown over five years ago; it's true that wine is so scarce now that only the rich can afford it. But is that what we mean by life? Let everything fall away, and then let's see what there is. Perhaps that is the most interesting question of all: to see what happens when there is nothing, and whether or not we will survive that too." Vivre - survivre - quand il n'y a plus rien. Rien sauf la vie qui par moment parvient malgré tout à s'épanouir pour être ravagée à nouveau l'instant d'après. "Le voyage d'Anna Blume" me remet en mémoire cette phrase par laquelle André Comte-Sponville avait conclu sa lecture du "Joueur" de Dostoïevski (pour l'édition "Babel") et que je cite de mémoire: "Il reste toujours un peu d'espoir dans le coeur". Un espoir dont on ne sait s'il est une condamnation ou une planche de salut. Un espoir dont il me semble qu'il est le vrai sujet du "Voyage d'Anna Blume".
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critique par Fée Carabine




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Une lecture qui "rentre dedans"
Note :

   C'est dans le cadre d'une lecture commune que j'ai décidé de lire ce roman qui était dans ma pile depuis je ne sais plus quand. En fait, je l'ai acheté, puis j'ai lu en quelque part qu'il était question de récit post-apocalyptique... et j'ai décidé que je laisserais faire. Sauf que des billets mentionnent qu'il y a moyen de le voir autrement; un état totalitaire, isolé, ravagé par les dictatures et les renversements de gouvernements.  Et c'est comme ça que j'aurais compris ce roman de toute façon, je crois. 
   
   "Le voyage d'Anna Blume" est une lecture qui "rentre dedans" comme on dit. Écrit sous la forme d'une longue lettre à un ancien amour vivant dans son ancien monde, un monde où tout apparaît encore possible, elle lui raconte sa vie, son cheminement dans cette ville où survivre même devient un combat quotidien. 
   
   Anna alors âgée de 19 ans, enfant gâtée, a débarqué dans ce pays où elle n'a aucun repère (ou personne n'a de repères d'ailleurs) quelques années auparavant en partant à la recherche de son frère journaliste, William, disparu plusieurs mois auparavant. Elle arrive dans la ville, ville dont on ne connaît pas le lieu et d'où on ne sort pas comme on veut en raison des gardes, des frontières et des lois. Tout coûte cher et est rationné, les morts sont utilisés pour faire du carburant, de même que les déchets. Pas moyen d'avoir du travail. Pas moyen d'avoir un logement dont on est certain qu'on ne se fera pas évincer comme ça, du jour au lendemain. Pas moyen de se promener sans avoir peur de se faire voler tout ce qu'on a sur le dos. Les sans abris sont partout et dans de telles conditions, l'humain en est arrivé à descendre bien bas ou à vouloir mourir. Et Anna dans tout ça va tenter de rester vivante malgré la réalité qui se charge de briser la plupart des rêves. 
   
   Le témoignage d'Anna fait mal parce qu'on se dit que bon, à certains endroits du monde, ce n'est pas loin de la réalité. Ou ça l'a été à un moment de l'histoire. Du coup, ça fait froid dans le dos. Jusqu'où on est prêt à aller quand il n'y a plus rien à perdre, plus d'espoir? 
   
   Toutefois, j'admets que j'ai eu peur. Cette longue lettre, sans chapitres, avec des longs paragraphes, comme écrite d'un souffle, se lit rapidement mais pendant la première partie, étouffante et glauque avec la découverte de la ville et de ses charognards et ses assassins, j'ai frôlé l'ennui à quelques reprises. Je me suis même demandée dans quoi je m'étais embarquée. Puis, Anna rencontre Isabelle et d'autres personnages qui comme elle refusent de descendre complètement au fond et à partir de ce moment, l'histoire ma passionnée. 
   
   Et les petits mots "dit-elle", au début du roman laissent croire à une petite note d'espoir... ce qui était quand même nécessaire pour moi après une telle lecture!!

critique par Karine




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Laurel et Hardy vont au paradis - Paul Auster

Quand Paul Auster cherchait sa voix
Note :

   Les trois pièces proposées ici sont des oeuvres de jeunesse, que Paul Auster a pu écrire grâce à une bourse qui l'avait dégagé pour un temps des petits boulots (traductions et critiques) qui lui permettaient de faire bouillir la marmite, une bourse qui lui avait donné la possibilité de voyager et d'expérimenter en toute liberté, sans souci du lendemain (des circonstances que Paul Auster nous décrit par le menu dans "Le diable par la queue").
   
   La première pièce, "Laurel et Hardy vont au paradis", place ces deux personnages bien connus dans un univers étrange et une profonde solitude. Nos deux héros doivent accomplir un certain nombre de tâches, tout d'abord une série d'exercices physiques et spirituels en guise d'échauffements, et enfin leur tâche principale: construire un mur à l'aide de 18 grosses pierres qui doivent être disposées dans un ordre à la fois précis et complètement dénué de sens... L'absence de sens de la tâche de nos deux héros, l'attente d'un inspecteur qui ne vient pas, tout cela vous a un certain petit air d' "En attendant Godot", avec un côté comique plus accentué, plus de légèreté. Moins de force dramatique aussi.
   
   "Black out" nous plonge dans une atmosphère de mystère et de mélancolie, une atmosphère de roman noir. Trois hommes, dénommés par les sobriquets de Black, Green et Blue, sont rassemblés dans un bureau. Blue doit remettre à Black un rapport. On devine qu'il s'agit d'un rapport de filature ou de surveillance, mais sans que les enjeux soient clairement révélés, tandis que d'autres personnages sont évoqués de façon assez mystérieuse... Un peu trop mystérieuse, peut-être...
   
   Enfin, la troisième pièce, "Cache cache", nous confronte à deux personnages - un homme et une femme - enfermés chacun de leur côté dans une sorte de boîte, qui ressemble à un théâtre de marionnettes, avec une ouverture munie de rideaux sur l'avant. Ils partageront toute la durée de la pièce entre la poursuite d'un dialogue sans queue ni tête, la recherche d'un objet dont ils ont complètement oublié la nature, et des moments de silence où ils se dissimulent derrière leurs rideaux fermés.
   
   On pressent dans ces trois pièces l'ébauche d'une réflexion sur la vie, son sens ou son absence de sens, et sur le langage, ce qu'il signifie, ce qu'il échoue à dire, les malentendus et les manipulations auxquels il se prête. Mais malgré quelques jolies trouvailles, malgré quelques belles métaphores et quelques formules qui restent gravées dans l'esprit du lecteur, aucune de ces trois pièces ne parvient vraiment à décoller. Elles m'apparaissent finalement pour ce qu'elles sont - de l'aveu même de Paul Auster - des expériences d'un jeune écrivain qui cherchait encore sa voix. C'est une lecture agréable, mais dont le principal intérêt, essentiellement documentaire, est de permettre aux "fans" de Paul Auster de découvrir ses premières gammes.
   

critique par Fée Carabine




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Pourquoi écrire? - Paul Auster

Paul Auster intime
Note :

   "Pourquoi écrire? "est un tout petit livre - dans l'édition que j'ai sous les yeux, chez Burning Deck, il compte à peine une cinquantaine de pages qui s'articule en deux parties.
   
   La première intitulée justement "Pourquoi écrire"? est un recueil d'anecdotes qui nous révèlent une facette intime de Paul Auster. Ce sont des petites histoires très simples: des anecdotes qui lui ont été rapportées par des amis, le vol plané de sa petite fille dans l'escalier d'une maison de campagne louée pour l'été, la mort accidentelle d'un de ses camarades de colonies de vacances, frappé par la foudre. A première vue, il semble que ces histoires n'ont pas de rapport avec l'écriture. Mais en y regardant de plus près, on découvre bel et bien dans ces fragments de vie, les émotions et les thèmes qui nourrissent l'oeuvre de Paul Auster: le hasard, la perte, la fragilité du bonheur.
   
   La seconde partie du livre reprend une série de textes "de circonstance" : discours ou textes écrits pour des journaux -, des hommages aux poètes Charles Reznikoff (qui avait encouragé Auster à ses débuts) et Charles Bernstein, et une belle "Prière pour Salman Rushdie" (un texte daté de 1993, c'est-à-dire de l'époque où Salman Rushdie vivait sous la menace de la Fatwa de l'Ayatollah Khomeiny). A travers l'expression de son admiration pour ces auteurs qu'il considère comme des modèles, Paul Auster nous livre sa vision du métier d'écrivain, des devoirs d'un écrivain et de ce cadeau merveilleux qu'est la liberté d'écrire , un cadeau que certains, parfois, doivent payer au prix fort.
   
   "Pourquoi écrire?" n'est qu'un tout petit livre. Mais c'est un livre qui nous en apprend beaucoup. Sur Paul Auster. Sur l'écriture. Et cela nous récompense largement pour l'heure , à peu de choses près,que l'on passe à le lire.
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critique par Fée Carabine




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En effet.
Note :

   Je n’ai pas trouvé d’intérêt à cet opuscule d’une vingtaine de pages et je n’arrête pas de me demander pourquoi Auster l’a, non pas écrit, mais du moins, publié.
   
   L’édition que j’ai eue entre les mains n’est pas la même que celle de Fée Carabine et elle se limite à la première partie de l’édition évoquée par elle. Je n’ai donc que les brèves anecdotes, souvenirs, avec pour les premiers un parti pris de recherche de la coïncidence étrange. Thème qui déjà, a priori ne m’inspire guère. Oui, les coïncidences étonnantes existent et pour moi, point.
   
   Et puis, quelle déception! Parce que, à part à considérer sérieusement la chute de la dernière anecdote, on ne trouve pas ici réponse à la question posée par le titre.
   
   Evidemment, il y a bien le style d’Auster, son écriture aisée, captivante et fluide. Je ne vais pas dire que ces pages étaient pénibles à lire, ce serait bien faux. Faciles, au contraire, et plutôt agréables, mais je pense que ce n’est pas une lecture notable.
   
    Je dois admettre cependant que mon avis aurait peut-être été différent si j’avais eu moi aussi à lire les articles littéraires qui accompagnaient la version présentée ci-dessus. Je vais lire bientôt «Le diable par la queue» dont j’attends davantage.
   
   Donc, je le dis d’autant plus aisément que j’aime beaucoup Paul Auster en tant qu’écrivain : ce «Pourquoi écrire» n’était pas indispensable, à mon avis.

critique par Sibylline




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La Trilogie new-yorkaise - Paul Auster

Cité de verre - Revenants - La Chambre dérobée
Note :

   La Trilogie new-yorkaise, désormais publiée en un volume est constituée de trois romans distincts mais reliés par les mêmes thèmes et personnages. Dans « Cité de verre », Quinn, un écrivain, est engagé à titre de détective privé un peu malgré lui pour protéger quelqu'un. Ses recherches pour faire la lumière sur cette mystérieuse affaire, l'entraînent dans un palais des miroirs où les identités sont retournées sans dessus dessous. Auster s'amuse d'ailleurs à apparaître dans son propre livre pour discuter avec son personnage principal.
   
   « Revenants » qui se veut un peu une reprise du texte précédent, jongle avec sensiblement la même idée de base. Cette fois, un groupe d'individus louches portant des noms de couleurs, s'espionnent mutuellement dans de multiples chassés-croisés.
   
   Enfin, dans « La Chambre dérobée », le narrateur s'approprie la vie d'un ami d'enfance, un écrivain qu'il croit décédé. En choisissant d'occuper l'espace de cet ami, de vivre en couple avec sa copine et de publier ses écrits, il se substitue à lui et en vient à perdre son identité. Avec ce dernier récit, des passerelles sont étendues vers les deux textes précédents.
   
   Dans son ensemble, cette trilogie échappe à toute classification. De la fiction anti-détective? Du méta-mystère? Du « soft-boiled »? Difficile à dire. Auster s'inscrit dans les courants post-modernes de la littérature et ce livre est une bonne initiation à son univers particulier, marqué par la double-identité, le fragmentaire, l'indéterminé, les frontières floues entre la fiction et la réalité et surtout, le hasard.
   
   Il faut dire que ce livre - comme tous les autres de cet auteur - n'est pas nécessairement accessible à un grand public. Il faut avoir une capacité d'abandon, un désir de dérive. Certains passages m'ont paru interminables. Par moment, la confusion règne et la complexité de la trame narrative donne des maux de tête. Mais il n'en demeure pas moins que l'écriture d'Auster possède un charme indéniable et qu'il est très difficile de ne pas y succomber.
   
   PS: voir commentaire particulier pour "La cité de verre"

critique par Benjamin Aaro




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Brooklyn follies - Paul Auster

Un roman optimiste
Note :

   Nous sommes à la veille du 11 septembre 2001… et Auster nous sort un roman optimiste.
   
   Nous suivons les pas de Nathan Glass, sorte de double de Paul Auster sans doute, qui parvient à ses soixante ans et tache de faire un peu le ménage dans sa vie et de s’inventer un avenir.
   
   Il est seul, à la retraite, donc sans emploi du temps et sans problèmes d’argent. Il décide de s’installer à Brooklyn, le quartier auquel, en fin de compte, son cœur est resté le plus attaché. Et le voilà en place, et maintenant ? Que fera-t-il de ce qu’il lui reste de vie ? Il désire écrire mais, ne se prenant pas pour un écrivain, préfère se voir en «archiviste» et, en accord avec la vision désabusée qu’il a de sa propre existence, il archivera les ratées de la vie, les lapsus, les actes manqués, les étourderies, les échecs. Les siennes et celles des autres
   
   Un jour, par hasard, il rencontre Tom, son neveu bien aimé dont il a perdu la trace. Et le voilà reparti dans une nouvelle sphère. Il retrouve d’anciennes connaissances et surtout en fait de nouvelles, souvent passionnantes. La vie l’entraîne à nouveau… jusqu’où ? Vous le verrez bien.
   
   Le début du roman a eu un peu de mal à me plaire. Mimant les maladresses stylistiques supposées de son Nathan qui était sensé être celui qui s’exprimait, P. Auster nous fait subir quelques lourdeurs que j’ai eu du mal à avaler, genre « je vous en parlerai plus tard » ajouté entre parenthèses. Heureusement, soit l’on s’habitue, soit et c’est plutôt mon avis, Auster renonce en grande partie à cette ruse par trop lourde, et peu à peu le récit se lance avec plus de grâce.
   
   Ce roman ne restera pas comme mon préféré de Paul Auster (qui demeure être Moon Palace), trop de bons sentiments, de sentiments «vrais et simples». Ben… un peu simples peut-être parfois.
   Mais il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un très bon roman, bien raconté, une histoire intelligente et bien menée, dans un style excellent comme toujours avec Auster et que, passées les 50 premières pages, j’ai eu plaisir à suivre jusqu’au bout.
   
   En conclusion, une fin sans doute un petit peu trop « happy end » malgré une petite pensée pour la mort qui nous attend tous prochainement... eh oui… mon bon monsieur…
    Mais je suis contente de l’avoir lu et je lirai encore le prochain Auster.
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critique par Sibylline




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La vie est une histoire de rencontres.
Note :

   Nathan Glass a soixante ans.
   
   Après une carrière dans une compagnie d’assurance, un divorce et un cancer en rémission, il décide de se retirer à Brooklyn pour finir sa vie dans la sérénité… mais cette sérénité ne s’avérera pas forcément être ce qu’il recherche car elle sera également signe d’ennui pour cet esprit taciturne et il se verra dans l’obligation de trouver une occupation à ses longues journées.
   
   Il décide donc de se mettre à l’écriture de ce qu’il va appeler « Le livre de la folie humaine »…un titre qui en dit long… Mais s’il s’est trouvé une occupation, sa vie routinière (agrémentée de temps à autre par quelques petits plaisirs comme de voir sa serveuse préférée dans son resto préféré) se trouve être toujours autant sans intérêt…jusqu’au jour où il tombe par hasard sur son neveu, perdu de vue depuis de nombreuses années.
   
   Si le moral de Tom (son neveu) se trouve être à son plus bas (promis à une belle carrière, il a tout laissé tomber et se retrouve vendeur dans une librairie), leur rencontre va faire naître en chacun d’eux, un nouveau regain…Ils trouveront tous les deux, grâce à leurs discussions quotidiennes lors de leur déjeuner mais également grâce aux rencontres qu’ils vont faire, une « bonne » raison de vivre pleinement.
    Le principal événement qui bouleversera leurs vies sera la venue inopinée de Lucy, nièce de Tom, déboulant un jour à l’appartement de celui-ci, sans prononcer une seule parole, sans aucune lettre avec elle, et amenant avec elle ce grand mystère : où se trouve Aurora, sa mère, que Tom tente de retrouver depuis plusieurs années.
   
   Alors, ne croyez surtout pas que ce roman va devenir là une grande enquête policière, pas du tout, en fait, les évènements vont suivre leur court, avec la participation de personnages déjantés comme Harry, le patron-libraire-gay de Tom et son passé sulfureux, deux garagistes d’un coin perdu, le propriétaire d’un auberge et sa fille institutrice, la JMS (Jeune Mère Sublime) fantasme féminin de Tom, etc…Tous ces personnages vont faire découvrir ou redécouvrir à Tom et à Nathan que le bonheur, la joie, l’amour existent, et qu’il suffit de laisser le destin s’occuper de notre avenir pour se rendre compte que même si on pense que la vie ne peut plus rien nous apporter, on se trompe lourdement…
   
   J’ai vraiment apprécié ce roman, je pense que tout le monde pourrait vivre ce genre d’évènements, même si bien des passages peuvent nous paraître un peu extravagants, et je me suis mise dans la peau de Nathan (même si je n’ai pas encore soixante ans !), personnage vieillissant, blasé, n’ayant plus aucune perspective d’avenir…et finalement une simple petite rencontre avec son neveu bouleversera complètement sa vie et surtout sa vision de la vie.
   
   Une lecture vraiment agréable qui nous fait partager ce moment avec tous ces personnages aussi attachants les uns que les autres et qui plus est, qui nous fait voir les choses autrement et nous oblige à les percevoir différemment…des petits changements peuvent chambouler une vie… Conseillé quand on ne trouve plus grand intérêt à la vie que l’on mène.
   
   (Je rejoins sans hésiter le clan des fans de Paul Auster !)
   ↓

critique par Mme Patch




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New York racontée par Auster
Note :

   Brooklyn, An 2000. Une année marquée par le retour de Nathan Glass dans ce quartier qui l’a vu naître. Jeune retraité récemment soigné pour un cancer, Nathan est d’un naturel pessimiste. Passant ses journées seul dans un modeste appartement, il ne vit que pour les déjeuners qu’il passe dans un petit restaurant auprès de la jolie serveuse latino-américaine Marina. Sa vie est un désastre : tout juste divorcé, il entretient également des relations difficiles avec sa fille. Persuadé qu’il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre, il écrit ce qu’il appelle The Book of Human Follies, une série d’anecdotes toutes plus cruelles et pathétiques les unes que les autres.
   
   C’est alors qu’il rencontre par hasard son neveu Tom dans une boutique proposant des livres d’occasion. Ancien étudiant brillant à la carrière toute tracée, Tom Wood est devenu vendeur après avoir abandonné sa thèse et s’être reconverti en chauffeur de taxi new-yorkais. La vie de Tom est tout aussi solitaire que celle de son oncle. Célibataire endurci, la disparition de sa sœur et de sa nièce l’ont laissé très amer.
   
   Oncle et neveu deviennent alors très proches, fréquentant aussi quotidiennement le libraire pour qui Tom travaille, Harry, un vieil excentrique qui aurait troqué une vie mouvementée aux relations plutôt douteuses pour son nouveau métier.
   
   Dès lors les péripéties s’enchaînent : Lucy, la nièce de Tom, refait surface mais refuse de dire où sa mère se trouve. Est-elle toujours avec son mari, un puritain obnubilé par la religion au point de chercher à couper tout contact avec la civilisation ? Que se passe-t-il chez les Mazzucchelli, une famille voisine, dont la fille Nancy incarne la perfection même aux yeux de Tom ? Tom va-t-il céder aux avances de Honey, une institutrice généreuse au corps imposant et au cœur d’or ? Et si Nathan, notre narrateur, retrouvait le bonheur de la vie conjugale dans les bras de Joyce, la mère de Nancy ?
   
   A vous de lire The Brooklyn Follies pour découvrir tout cela. Quant à moi, j’ai refermé hier ce roman avec soulagement – après une angoisse soudaine de dernière minute, ravie de ma lecture et prête à relire Paul Auster prochainement. Des trois Auster que j’ai lus, c’est de loin mon préféré. J’avais par exemple été captivée par l’histoire de The Book of Illusions, mais j’avais trouvé la fin très décevante, plus mièvre et fleur bleue que tout le reste du récit. Bien sûr, la fin pouvait être logique sur le plan narratif, mais elle n’atteignait pas à mes yeux le niveau de la trame principale, intrigante et passionnante à souhait.
   
   Ici, pas de grand mystère, rien de bouleversant. Ce sont les vies de New-Yorkais qui se croisent, s’aiment ou s’abandonnent. Bien sûr, certains vivent des histoires sortant de l’ordinaire, mais ce livre est avant tout un hymne à la vie, très positif et encourageant. Autant les personnages vivent des moments difficiles, autant ils sont amenés à faire au fur et à mesure des choix pour reprendre les rennes de leur vie. La trame narrative est presque sans surprise, tant elle semble couler de source sous la plume habile de Paul Auster. L’écriture est fluide, le style courant, presque parlé.
   
   Bref, ce livre classe une fois de plus Paul Auster parmi les maîtres de la narration. A recommander aux amoureux de Brooklyn, à ceux qui sont sensibles aux histoires simples et sans prétention – racontées avec élégance, bien évidemment ! Chapeau bas.
    ↓

critique par Lou




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Comme un goût de bonheur
Note :

   "Ainsi que l'a dit un jour Oscar Wilde, à partir de 25 ans, tout le monde a le même âge"
   
   Nathan cherche un endroit tranquille où mourir. Un divorce en instance, un cancer en rémission, une retraite tout juste fêtée, il est séduit par Brooklyn et ses habitants, et y établit ses quartiers en passant une grande partie de son temps à écrire un livre de souvenirs. N'aimant pas cuisiner, il prend ses repas dans un restaurant où la cuisine est médiocre mais la serveuse adorable, bien que trop jeune pour lui et de plus mariée !
   
   Un jour, il tombe par hasard sur son neveu Tom, qu'il n'a pas vu depuis 7 ans. Ils se retrouvent miraculeusement dans une librairie où celui ci est employé. Ils tombent dans les bras l'un de l'autre! Les deux hommes ont de nombreux points communs: ils vivent seuls, sans femme dans leurs vies et sans beaucoup d'amis. Entre eux, la complicité est forte et ils prennent très vite l'habitude de se retrouver. Alors qu'ils sortent tous les deux d'un passage à vide et qu'ils ne croient plus à grand chose, leur rencontre va être l'occasion d'un nouveau départ, d'une renaissance.
   
   Ce roman est un formidable hymne à la vie, vous savez ces moments où on pense que tout est fini, et que le bonheur vient frapper à votre porte par le hasard d'une rencontre, sans même que vous vous en rendiez bien compte. Et bien c'est un peu cela "Brooklyn Folies". Une façon d'accrocher le lecteur avec très peu d'action mais la vie tout simplement, ou plutôt le rêve d'une autre vie ou d'une grande maison à la campagne qui pourrait prendre le nom de 'l'hôtel existence". Avec de très beaux portraits de personnages, aussi bien principaux que secondaires, une réflexion sur la solitude et la mort et une large part faite aux valeurs de l'amitié, de la solidarité et de la famille. On en ressort plus heureux et comme apaisé.
    ↓

critique par Clochette




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Drôle, touchant et cruel
Note :

   Un de mes Paul Auster préférés... L'histoire se déroule à Brooklyn où nous allons faire connaissance avec une galerie de personnages fort attachants et chaleureux, tous liés au narrateur, Nathan Glass. Sa vie à lui se déroule sans grand intérêt (il a une soixantaine d'années et est à la retraite) et est ponctuée de petites misères, lorsqu'il retrouve par hasard dans une librairie son neveu, Tom, pour qui il a toujours eu beaucoup d'affection.
   
   Dès lors, les destins des deux hommes se retrouvent liés, à travers leurs rencontres, leurs connexions, leurs souvenirs communs. Ces deux solitaires vont de plus se créer un réseau d'amis et de connaissances qui vont influer sur leurs vies et leur histoire. Nathan et Tom sont complémentaires, leur rencontre les enrichit et les transforme et j'ai aimé le fait que ce sexagénaire continue à faire des projets et à se sentir plein d'optimisme.
   
   Aurora, la sœur de Tom, et sa fille Lucie, Harry le libraire gay et un peu mystérieux, Nancy la jolie voisine trompée par son mari...
   La vie de chacun d'entre eux va se trouver modifiée et Paul Auster excelle toujours dans ce type de portraits, ces habitants de Brooklyn où il puise son inspiration.
   
   On trouve beaucoup de références littéraires qui donnent envie de lire ou relire Poe, Hawthorne. C'est d'ailleurs ce qui m'a plu dans ce roman : Nathan aimerait écrire un livre, Tom travaille dans une librairie... Et puis Auster dévoile un peu de son engagement, de ses opinions politiques, ce qui l'a peut-être poussé à écrire cette fin terrible mais belle, et tout à fait inattendue...
   
   Je me suis laissée séduire dès les premières pages, car le récit est à la fois, drôle, touchant et cruel. Les personnages s'embarquent pour un parcours initiatique (le voyage - avorté - dans le Vermont est l'un de mes passages préférés) qui interpelle aussi le lecteur. A lire Paul Auster, j'ai l'impression que Brooklyn pourrait bien être le dernier village d'irréductibles aux USA... Une bien belle surprise en tout cas.
    ↓

critique par Folfaerie




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Un récit aimable
Note :

   Le sens de "folly" est plus proche de loufoquerie, délire fantaisiste, divagation, que de démence et aliénation mentale.
   
   Le récit débute par "je cherchais un endroit tranquille où mourir" et la suite dément immédiatement cette affirmation. Nathan convalescent presque remis d’une maladie grave, ne cherche qu’à vivre et ne veut surtout pas de tranquillité. Installé dans un appartement à Brooklyn, il rencontre par hasard, son neveu Tom, qu’il a perdu de vue, et qui travaille à présent dans une librairie, à vendre des occasions et des éditions rares et anciennes. Ce neveu, étudiant brillant, a dû abandonner sa thèse de littérature, pour gagner sa vie. Tom a pour patron Harry, dont il raconte aussitôt à Nathan le passé plutôt mouvementé. Autour de Tom gravite aussi la figure d’Aurore sa sœur, dont la vie est également très agitée, et dont il a momentanément perdu la trace. Nathan de son côté cherche à renouer avec sa fille : ils se sont brouillés bêtement.
   
   Grâce à ces personnages qu’il suit de près, et dont il partage les multiples aventures, Nathan commence à écrire un livre "de la folie humaine" fourmillant d’histoires tristes et drôles, de coups du destin relançant tout le temps l’action. Il recherche avant tout la fantaisie, la joie de vivre pleinement, le mouvement perpétuel qui entraîne les protagonistes d’aventures en aventures, non sans ponctuer ses histoires de réflexions, voire de sentences.
   
   On a un récit aimable, bavard, triste et gai, quelquefois agaçant, quelquefois très bon.
   
   Le maître mot de ces histoires est qu’il faut pouvoir jouir de l’instant présent comme s’il était le dernier ; "assez étrangement, je n’avais pas peur ; la crise m’avait transporté ailleurs, dans une région où les questions de vie et de mort étaient sans importance. Il suffisait d’accepter. Vous preniez simplement ce qu’on vous donnait, et ce qu’on me donnait ce soir –là, c’était la mort –j’étais prêt à l’accepter".
   
   En dépit de passages irritants, semblables à des anecdotes un peu faciles, l’humour et la fantaisie de l’auteur emportent l’adhésion.

critique par Jehanne




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La nuit de l’oracle - Paul Auster

Mise en abîme
Note :

   Il n’y a pas de nuit et il n’y a pas d’oracle.
   Nous avons ici un livre dans le livre dans le livre. C’est l’histoire d’un écrivain, Sidney Orr (ami d’un autre écrivain) qui raconte l’histoire d’un autre homme (qui est éditeur et qui se passionne pour un livre, "La nuit de l'oracle"), le tout raconté dans le réel par Paul Auster qui, devinez quoi mais vous le savez, est écrivain.
   
   Sidney Orr utilise pour son roman, une idée tirée d’encore un autre roman (de Dashiel Hammet) ajoutant ainsi un tiroir à cette complexe histoire littéraire. Histoire complexe, mais pas confuse.
   
   On y trouve en plus des thèmes qui sont toujours présents chez Paul Auster, une réflexion sur la création littéraire. Auster évoque et illustre le travail de création, (surtout dans les 2 premiers tiers) tant du point de vue de l’organisation de l’intrigue que de celui de l’inspiration.
   
   Tout d’abord, son fonctionnement : Vaut-il mieux avoir un plan précis avant d’écrire –à ce point de vue, la parenthèse du scénario a son intérêt- ou se lancer dans l’écriture à l’aveugle au fil de son inspiration comme Sidney Orr se trouve ici entraîné à le faire ?
   
   L’inspiration est-elle ce phénomène magique que suggère le rôle du carnet bleu, (il y en a beaucoup, des carnets chez Auster, des bleus, des rouges…), inspiration susceptible de jaillir ou de se tarir inexplicablement ? Est-elle don naturel et assuré ? Savoir-faire d’artisan, métier ? Tout cela à la fois ?
   
   Les personnages : On sait que le Paul Auster, penche plutôt pour une vision de ses personnages ayant une vraie vie (par exemple « Dans le scriptorium »), suivant sa propre logique et par laquelle l’écrivain doit se laisser porter, mais qu’en est-il ?
   
   Vient également le constant intérêt de l’auteur pour les relations qui peuvent exister entre la vie réelle et la vie créée par un écrivain. Lui donnant une forme symbolique, il se demande ici réellement si l’écrivain disparaît de la vraie vie quand il entre dans sa vie créée, comme cela semble être le cas pour Sidney (mais pas pour Auster ou Trause). Ce qu’on écrit agit-il sur ce que l’on vit ? On a tendance à répondre rapidement que oui en songeant à une interaction psychologique, mais l’auteur va plus loin. Il parle d’influence réelle, d’un don de double vue de la création littéraire (histoire de l’écrivain dont la petite fille s’est noyée) ou pire, d’une création de réel par l’œuvre imaginée… En détruisant le carnet et ce qu’il y a écrit, Orr se libèrera-t-il de cet envoûtement ? Y avait-il envoûtement ?
   
   Comme je le disais, on trouve également ici les thèmes austériens habituels, comme par exemple une réflexion sur le temps et même le voyage dans le temps. Notions de passé et de futur dans lesquels il vaut aussi bien qu’Auster ne se soit pas attardé plus longtemps car il m’a semblé qu’en matière de voyages dans le temps il sous-estimait gravement les effets du voyage dans le passé. C’est une vieille amateur des arcanes et pièges de ce thème de SF qui le lui dit. :-)
   Une réflexion sur le rôle du hasard : choix de la ville, de la boutique, du carnet, hasard des rencontres déterminantes et de multiples autres interventions de cet acteur de nos vies.
   
   Ce livre est si riche en pistes que sans doute, il est impossible de toutes les saisir en une seule lecture, mais heureusement, il est aussi agréable à lire plusieurs fois, comme je l’ai fait, et comme vous le ferez peut-être, même en laissant du temps s’écouler entre vos visites.
   
   
   PS : Au fait, comment Bowen sort-il de la cave ?
   "J'avais mis Bowen dans la chambre, j'avais fermé la porte et éteint la lumière et à présent je ne savais plus comment le sortir de là."
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critique par Sibylline




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C’est l’histoire d’un carnet bleu…
Note :

   C’est un pilier reconnu : le carnet a une grande importance chez Paul Auster. Beaucoup d’écrivains en utilisent, se passionnent pour une marque particulière, aiment une taille précise de lignes ou de carreaux. Mais Paul Auster va plus loin et met en scène ses carnets dans ses romans.
   
   Sommes-nous encore dans le roman ? Le héros est un écrivain. Mais le héros est aussi ce carnet bleu portugais trouvé dans une papeterie de quartier, à New York, au sortir d’une longue convalescence. Il doit aider le retour à l’écriture du narrateur. Il va le plonger dans les abîmes de la complexité, dans toutes les sinuosités de la page blanche. Auster nous narre la douleur d’arrêter une histoire arrivée dans une impasse. Et tous les fils de ces pages se brisent ainsi. On suit un fil d’Ariane, on se passionne, on frissonne pour le personnage. Puis survient l’impasse. Comment va-t-il s’en sortir ? Et Auster de le laisser au fond de son trou, enfermé à tout jamais. Tant pis pour lui, il restera terré là.
   
   C’est donc une grande douleur qui ne dit jamais son nom. La douleur de l’homme blessé, meurtri dans sa chair par un accident dont il se remet doucement. La douleur de sa vie qui lui a échappé pendant son séjour hospitalier et qu’il retente maintenant de construire. Les personnages qui lui échappent, tant le carnet bleu fait finalement ce qu’il veut. Et enfin la reconstruction même qui lui échappera. Aucune prise. Aucune maîtrise.
   
   L’histoire de ce carnet bleu va jusqu’à une triple mise en abîme : Paul Auster raconte l’histoire d’un écrivain, qui lui-même raconte l’histoire d’un éditeur, qui lui-même plonge dans l’œuvre d’un écrivain décédé. C’est une grande réussite que cette nuit de l’oracle, pleine de surprises et d’étrangetés. Auster y utilise la note de bas de page comme espace narratif important, parfois premier. Il nous donne à lire un carnet, mais pas un carnet comme seul support de l’auteur. Le carnet comme ressort. Le carnet comme moteur. Comme s’il menait sa vie.
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critique par Kassineo




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Un tourbillon fictionnel
Note :

    Sid Orr sort de l’hôpital où il a frôlé la mort. Dès le début, le roman agit comme une renaissance, une nouvelle vie qui s’ouvre à lui. Ecrivain de son état, vivant à Brooklyn avec son épouse Grace, l’avenir semble prometteur, car, après une longue absence, un mystérieux carnet bleu fait au Portugal acheté dans une papeterie improbable, qui vient de s’ouvrir dans son quartier et tenue par un Chinois qui croit encore au rêve américain, l’amène à se remettre à écrire. On entre alors dans la fiction dans la fiction, procédé qui n’est guère nouveau si ce n’est que le narrateur enchâsse au départ une série de notes en bas de page qui éclaircissent plus ou moins son propre passé ou celui de ceux qui l’entourent et notamment son ami Trause (tiens l’anagramme de Auster !), écrivain reconnu et souffrant de thrombose.
   
    L’art de Auster ici est de nous emmener dans les deux histoires, celle de la renaissance créatrice de Sid et celle qu’il écrit dans laquelle, Nick, un éditeur en vue qui s’exile volontairement par amour, sa rencontre avec un chauffeur de taxi collectionneur de mémoire sous forme de bottins, sa dérive due à la chute d’une gargouille qui le frôle dans la rue et qui décide de son avenir. Le narrateur fait aussi appel à ses souvenirs de lecture, et notamment celle du Faucon Maltais de Hammett d’où il tire son histoire. La position d’éditeur de Nick est d’autant plus importante qu’il emporte avec lui le manuscrit d’un roman retrouvé d’une auteure célèbre et disparue. C’est justement de la jeune femme qui l’apporte qu’il est amoureux. Et là, nombre d’histoires s’additionnent sans que l’on perde le fil d’aucune. Tout s’imbrique à merveille.
   
    A tout cela s’ajoute les affres de la création, de la vie quotidienne, de son amitié nouvelle avec Chang, le papetier chinois, son manque d’argent à cause de la dette contractée par ses récents soins médicaux, la souffrance de son ami Trause. Tout évènement possède un écho en lui-même et la lecture des deux histoires en devient vite passionnante. Paul Auster fait de son lecteur, une sorte de scrutateur du travail d’écrivain. Sachant que –si je me souviens bien des cours de littérature en fac- toute œuvre littéraire parle nécessairement de littérature, nous voilà servis et bien servis. Tout rebondit à merveille et se lit comme un roman d’aventures.
   
    Le roman évolue ensuite dans la noirceur, le polar presque – Hammett toujours – et là le narrateur joue plus avec le temps des évènements de la fiction, partant du fait que les mots sont réels et peuvent faire subvenir les choses. La narration deviendrait comme une vision personnelle du futur comme l’affirme Trause :
   
    We live in the present, but the future is inside us at every moment. Maybe that’s what writing is, Sid. Not recording things from the past, but making things happen in the future. (222)(Nous vivons au présent mais le futur nous habite à tout moment. C’est peut-être ça, l’écriture, Sid. Non se souvenir d’évènements passés mais faire en sorte qu’ils se passent dans l’avenir.)
    La fiction étant aussi le rêve, Sid Orr fait des cauchemars de sa propre fiction et se retrouve dans la même posture que son personnage, de même surgit une réflexion sur l’art d’écrire -et de lire-, en gros de retransformer la réalité de la part de Grace, son épouse, que personnellement, je trouve très belle dans sa simplicité et qui pourrait donner une des clés du roman sinon de la fiction en général:
   
    As long as you’re dreaming, there’s always a way out. (136) (Tant que tu rêves, il y a toujours une sortie)
   
    Et encore il y a tellement de choses dans ce livre, on peut le lire à tant de niveaux que cela en devient presque un tourbillon. C’est grandiose tout simplement.
    Tant d’histoires potentielles ou racontées dans un seul livre, Auster ne se moque pas de son lecteur !
    Bref j’ai positivement adoré !
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critique par Mouton Noir




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La vie et l'écriture
Note :

   Il s’appelle Sidney Orr, d’une famille polonaise Orlowski, et son nom a été amputé pour cause d’exil. Il se remet d’un grave accident survenu en janvier 1982 (chute dans un escalier, traumatisme, collapsus). Nous sommes le 18 septembre de la même année, il est sorti de l’hôpital depuis trois mois. Avant sa chute, il écrivait avec l’ambition de faire de la littérature et obtenait des succès moyens.
   
   Il s’aventure jusqu’à une nouvelle papeterie tenue par un chinois, choisit un carnet bleu portugais, dans quoi il reconnaît le support adéquat pour recommencer à écrire sur un canevas qui lui a été suggéré par son ami écrivain John Transe.
   C’est une anecdote relatée par le détective Tom Spade à Brigid O’Shaugnessey dans le «Faucon de Malte»: un nommé Flitcroft échappe de peu à la mort- une poutre s’écrase tout près de lui dans la rue- et décide que c’est un signe du destin: il va commencer une nouvelle vie et disparaître.
   
   Tenté par le départ à zéro, Sidney invente son propre personnage «Nick Bowen», sorti pour acheter des allumettes, qui voit une gargouille tomber d’un mur à côté de lui. Déjà troublé le matin même par une femme qui n’est pas la sienne, ennuyé par son métier d’éditeur qu’il n’aime plus, il décide de recommencer sa vie et prend arbitrairement un avion pour Kansas City en lisant le dernier livre qu’on lui a donné «La Nuit de l’oracle» (un aveugle devin qui cède au suicide pour sa trop précise connaissance de l’avenir).
   
   Deux jours après ses retrouvailles avec l’écriture, Sid s’inquiète du comportement de sa femme Grace, qui semble se sentir coupable, troublée, disparaît et reparaît de la maison sans lui donner d’explication, est enceinte et ne veut pas vraiment de l’enfant, alors que Sid et elle sont mariés depuis peu. Mais il a passé des mois à l’hôpital le plus souvent inconscient, en tout cas invalide.
   
   Il continue à écrire, concoctant des fictions diverses pour broder autour de son problème personnel. "Nick Bowen" se trouve sans point de repère à Kansas City, travaille sous terre pour un collectionneur d’annuaires téléphoniques datant de la dernière guerre; dans ces annuaires on trouve les noms des familles polonaises déportées pendant la guerre. Dont les Orlowski. Le propriétaire du sous-sol a engagé Nick pour garder son abri antiatomique dans lequel il s’installe malgré un sentiment de claustrophobie aigu…
   
   Sid commence par ailleurs un scénario de film à propos d’un garçon qui voyage dans le temps du passé à l’avenir, et d’une fille qui fait ce même voyage en sens inverse, de sorte qu’il se retrouvent en 1963 avec l’ambition d’empêcher l’assassinat du président Kennedy… puis Grace fait un rêve qui reprend l’histoire de Nick Bowen qu’elle n’a cependant jamais lue.
   
   Les fictions s’entremêlent sur papier et dans l’esprit de Sid pour tenter d’élucider les mystères de sa vie, ce qu’il ignore et voudrait savoir (le comportement de sa femme, ses ancêtres polonais, ses actes personnels qu’il interroge, afin de connaître ses pensées inconscientes).
   
   Sa vision de la littérature tient de la superstition et du fantastique (on écrit ce qui va nous arriver comme un rêve prémonitoire plus ou moins masqué), interroge l’idée de toute puissance (peut-on en écrivant provoquer des évènements? l’écrivain qui a conté une noyade d’enfant et vu sa fille se noyer par la suite, est-ce une coïncidence?) et tente d’élaborer des mythes explicatifs de sa propre situation. Ces histoires aident le narrateur Sid qui traverse une phase critique de son existence.
   
   Ces fictions qui s’emboîtent les unes dans les autres, et l’interrogation sur la littérature, sa gestation, ses buts, son utilité, ne parviennent pourtant pas à une reformulation inédite du «pourquoi écrit-on?» même si l’investigation est intelligente et bien menée.
   
   On aime l’humour discret mais insistant, générant des situations absurdes et tragi-comiques qui inquiètent et font sourire: l’époux extrêmement amoureux qui a «sa misérable faiblesse masculine»; les messages d’amour laissé sur le répondeur d’une femme qui les lit trop tard, l’étrange comportement du papetier Chang, l’histoire des deux jeunes qui remontent le temps pour «annuler» l’assassinat d'un président, le chauffeur de taxi qui collectionne les annuaires téléphoniques et vit dans un abri antiatomique, les messages téléphoniques nombreux que leurs destinataires écoutent trop tard, une abondance de messages qui restent lettres mortes.
   
   Un très bon "Auster", davantage ludique que "L'Invention de la solitude", et tout autant générateur de réflexions sur la vie et l'écriture.

critique par Jehanne




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Dans le scriptorium - Paul Auster

J’ai encore parlé trop vite…
Note :

   Cela m’apprendra… Il y a quelques jours je « courriellisais » un billet à Sibylline expliquant pourquoi Mr Vertigo était le meilleur opus de Paul Auster en raison des critères qui font de cet auteur un génie selon mon goût. Le voilà qui sort un nouveau roman et remet en cause toute mon argumentation tant son génie y est criant de talent, de puissance littéraire…
   
   Monsieur Blank (l’espace vide en anglais, la case non renseignée, le vacant) se réveille dans le lit d’une chambre standardisée, peu meublée et peu encombrée. Un appareil photo shoote chaque seconde et un micro ne perd pas un son de cet espace. Qui est-il ? La question ne se résout que par défaut. Que fait-il ici ? Résoudre cette question sera d’autant plus difficile. Il est âgé, très âgé certainement. Une pile de vieilles photographies en noir et blanc de gens qu’il ne reconnaît pas.
   
   Des visites, quelques coups de fil, beaucoup de comprimés à avaler. Et ce mystère. Marionnette d’un homme invisible, pantin d’une foire masquée, prisonnier de cette chambre à l’unique fenêtre obturée. Détenu dans son corps et abandonné par son esprit, M. Blank est livré à eux-mêmes, ces êtres qui gravitent autour de lui, autour de cette chambre et organisent sciemment son trouble, selon ses propres désirs disent-ils, mais sans jamais pouvoir en dire plus que cela.
   
   Jouet de la vie – de sa vie ? de la vie de qui ? – M. Blank permet à Paul Auster d’aborder la relation du romancier avec ses personnages vu sous un angle encore inexploité. Si les premières pages peuvent rappeler l’intrigue de Werber dans « Nos amis les humains », le propos diffère très tôt et le talent est ici au rendez-vous.
   
   Ce n’est donc pas un bijou mais le plus pur des diamants que nous livre l’Américain au sommet de son art qui, nous faisant croiser au détour d’une phrase des noms qui nous sont connus – Anna Blume, Walt le prodige, Ben Sachs… - bien au-delà de la fable dont la morale me taraude encore et que j’aurai peine à formuler en une phrase, semble vouloir réfléchir à sa condition de romancier, aux conditions et conséquences de son métier pour mieux nous forcer aussi à nous plonger sur notre rôle de lecteur, plus loin d’homme, et profondément de parents…
   ↓

critique par Kassineo




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Multiples mises en abîme
Note :

   Je ne suis pas une grande connaisseuse de l’œuvre de Paul Auster, puisque ce dernier livre n’est que le quatrième que je lis de l’auteur. Pourtant, j’ai quand même eu la sensation que celui-ci diffère des précédents.
   
   En commençant la lecture, j’ai d’abord cru pénétrer un univers de SF, un monde parallèle et en tout cas surréaliste. Les informations assez troubles sont distillées progressivement tout en entretenant une part bien mystérieuse dans la narration.
   Qui est donc ce vieil homme, Monsieur Blank, confiné dans une chambre où ses moindres gestes sont filmés ? Est-il prisonnier, interné… ? Quel est donc ce personnage central dont la mémoire, sous l’emprise de tous les médicaments qu’il avale, semble lui faire défaut ? Il ne sait plus qui il est, quelle a été sa vie, qui sont ces visiteurs qui pourtant lui certifient avoir été, par le passé, à la merci de ses décisions ? Pourquoi ces photographies, vraisemblablement témoins de son passé mais qui lui paraissent inconnues, sont placées en évidence sur son bureau aux côtés de deux manuscrits et d’un stylo ? Comment est-il arrivé là et en sortira-t-il ?
   
   Ce sont certains noms, qui, au fil des pages, ont déclenché dans mon esprit de piètre austerfan une sorte de révélation quant au contenu de l’ouvrage. Les grands connaisseurs auront sans aucun doute compris bien avant moi où veut nous mener l’auteur. D’autres allusions ont certainement dû m’échapper mais l’auteur a joué de tant de subtilités que quel que soit le niveau de connaissances de chaque lecteur, l’interprétation peut assurément être variable.
   
   Puis, cette mise en abîme de ce manuscrit inachevé qui pointe implicitement certaines dérives historiques et humanitaires du pays, s’imbrique avec perspicacité dans le puzzle de la compréhension du livre.
   
   Il s’agit en tout cas d’un univers trouble, qui peut paraître déstabilisant par moments, où la fiction manipule inévitablement l’esprit tant de celui qui écrit que de celui qui lit. Et la mise en abîme s’étend bien au-delà de ce livre dans le livre pour se révéler multiple incluant, dans un jeu de miroir, l’auteur lui-même dans sa propre projection et là c’est sans doute ce que Kassineo qualifie de «pur diamant» dans l’écriture subtile de Paul Auster.
   ↓

critique par Véro




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Maître Auster
Note :

   Entre France et Pologne, je suis entrée « Dans le scriptorium », et je ne crois pas que ce soient les circonstances particulières de ma lecture- dans un bus à la limite du confortable- qui m’aient incitée à ne plus en sortir avant la dernière phrase.
   Un vrai trésor de littérature que cet ouvrage, où le temps fuit à travers la mémoire d’un homme «vide». M.Blank, enfermé dans un univers médicalisé ( ?) n’a plus que des souvenirs flous, angoissés, angoissants, à la chronologie fantaisiste
   Les dernières pages reprennent exactement les premières et, malgré l’atmosphère oppressante, savamment éclairée par quelques traits d'humour, j’ai fermé ce livre avec le sentiment d’une absolue finition, oubliant les nombreuses situations peu claires, porteuses d’interrogations.
   « Interrompez tant que vous voudrez. Nous sommes embarqués dans une histoire compliquée, et tout n’est pas nécessairement ce qu’on pourrait croire ».
   
   Cette phrase, à elle seule, nous fait toucher du doigt les grands questionnements socioculturels dont Paul Auster a déjà traité dans de précédents ouvrages. Son écriture sobre mais précise nous amène à réfléchir quant aux fondements même d’une civilisation impériale, passée maîtresse dans l’art de nous dicter nos conduites. La « mission » de Monsieur Auster n’est –elle pas de nous questionner sur la juste place laissée à notre libre arbitre, et par là même de nous inciter à prendre position ?
   
    Ente le roman d’anticipation pessimiste et l’essai littéraire et philosophique, ce roman est aussi une réflexion sur les méandres de l’écriture, sur un travail solitaire à peine visité par quelques fantômes qui pourraient nous renvoyer aux angoisses de la création.
   
   Vous l’avez compris, j’ai plus qu’apprécié ce roman- assez court par ailleurs- dense, à l’écriture rapide et incisive, au contenu angoissant juste ce qu’il faut pour se poser les bonnes questions. J’aime bien, aussi, ne pas tout comprendre… Cet auteur sait garder sa part de mystère et laisse toute liberté au lecteur. C’est talentueux.
    En somme, du vrai Paul Auster.
   ↓

critique par Jaqlin




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Perplexe et partagée devant le nouveau Paul Auster
Note :

   Monsieur Blank, le narrateur, est un homme âgé qui semble avoir perdu la mémoire. En effet, il ne sait pas si la pièce où il se trouve se situe dans une maison (qui pourrait être la sienne), un hôpital ou une prison. Une question l'obsède : il voudrait bien savoir si la porte de cette pièce est verrouillée ou s'il peut circuler librement... encore faudrait-il qu'il arrive à se déplacer.
   
   Différentes personnes viennent lui rendre visite : Anna qui s'occupe de lui comme si c'était sa fille, un lien privilégié semble les unir mais aussi un ancien policier James P. Flood ou encore un médecin. Mais ces personnes énigmatiques ne permettent pas à monsieur Blank de répondre aux questions qu'il -et que le lecteur- se pose. Seules quelques photos posées sur une table et deux manuscrits vont peut-être nous permettre d'en savoir plus sur cet homme...
   
   Nous voilà plongés dans l'univers étrange de Paul Auster avec dès les premières pages beaucoup de questions sans réponse. On aimerait savoir qui sont toutes ces personnes qui défilent en quelque sorte au chevet de monsieur Blank et quel rôle elles ont joué exactement dans la vie de cet homme. Même si on devine qu'Anna n'est autre qu'Anna Blume, l'héroïne d'un précédent roman de l'auteur.
   Que dire du dernier Paul Auster, encensé par beaucoup de gens et décrié par d'autres ?
   
   Certes, j'ai aimé ce livre ne serait ce que parce qu'il fait référence à d'autres oeuvres de Paul Auster, parce que j'aime l'univers de ce romancier et parce qu'un certain suspens nous pousse à tourner les pages. Pourtant, il m'a déconcertée. Je m'attendais à mieux, beaucoup mieux et je pense qu'Auster aurait pu aller beaucoup plus loin, notamment dans l'épilogue du manuscrit que lit monsieur Blank. J'avoue être restée sur ma faim et j'aurais aimé que Paul Auster explicite davantage les liens qui unissent monsieur Blank à ses visiteurs. Alors sans doute certaines choses m'ont échappé mais j'aurais aimé que l'auteur ne s'arrête pas si tôt en chemin.
   
    Maintenant j'ai beaucoup aimé la façon dont Auster nous parle de cet homme âgé, avec ses pertes de mémoire, qui font de lui un enfant finalement, incapable de se débrouiller sans l'aide des autres. J'ai été touchée par cette description de la vieillesse qui renvoie à notre propre vieillissement et peut-être aussi aux angoisses de Paul Auster. Que deviendrons nous si un jour nous perdons la mémoire et ne sommes ainsi plus capables de communiquer avec autrui de façon rationnelle, ou si nos corps vieillissants ne nous permettent plus d'être autonomes ? Alors sans doute serons nous nous aussi obligés de faire appel à ces figures du passé, qui auront fait partie de notre vie.
   ↓

critique par Clochette




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Par où la sortie?
Note :

   Comme dans le dernier Easton Ellis, Auster choisit de rappeler à la mémoire certains des personnages de ses livres précédents (Anna Blume, Quinn etc.) dans ce qu’on pourrait appeler un condensé d’univers austerien, une sorte de rétrospective. Peut-être avant de prendre un tournant?
   
   Le roman commence avec un vieillard dans une pièce, une cellule? Il ne sait pas pourquoi il est là où qui il est? Mr. «Blank», un inconnu, une énigme. Autour de lui, l’homme découvre un manuscrit et des photographies qui serviront à tisser le récit d’une vie insaisissable. Les visites de personnages tout aussi mystérieux ajouteront à l’intrigant huis-clos.
   
   L’absence de lieu défini à l’extérieur de la pièce, ni de certitudes à l’intérieur de celle-ci pourront faire perdre l’équilibre à certain lecteurs. Par contre, les adeptes de labyrinthes et ceux qui n’ont pas peur de se laisser flouer seront ravis. Chaque nouvelle rencontre permet d’ajouter un morceau au puzzle de l’identité de Mr. Blank.
   
   L’image sur la couverture du bouquin publié aux USA est plus jolie. On y voit un cheval blanc dans une chambre avec un lit et un bureau. Une image plus appropriée pour représenter l’élégance de la prose d’Auster et la folie esthétisée de son histoire aux milles détours.
   
   La chute est décevante après tout ce travail de construction. Mais finalement, le plaisir de la chasse prédomine sur la capture de la bête… Pas un roman marquant dans une carrière, mais l’œuvre d’un écrivain au meilleur de sa forme.

critique par Benjamin Aaro




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Mr Vertigo - Paul Auster

Le fantastique dans le conte initiatique : le meilleur d’Auster.
Note :

   Ce n’est pas peu dire je pense d’un livre qu’il est de qualité «Paul Auster»… Alors dire qu’il s’agit certainement du meilleur de l’auteur ! Et pourtant je vais oser. Après avoir lu un certain nombre de ses œuvres, son style maintenant identifié, c’est ici que je le préfère, dans le conte à la fois incroyablement réaliste, presque naturaliste par moments (avec de grandes plongées dans la misère matérielle de l’espèce humaine générale ou particulière), et tout autant fantastique.
   
   Le jeune Walt, de quelques printemps à peine âgé, sombre dans la violence et la misère facile et crasseuse des villes américaines à l’aurore des années 30. Maître Yehudi, un étrange sage des temps modernes va le recueillir de force avec la promesse de le rendre millionnaire avant son treizième anniversaire. Son projet ? Lui apprendre à voler.
   
   C’est donc réellement un conte initiatique auquel nous convie l’auteur, emprunt d’une certaine touche de magie mais à laquelle l’écriture invite à croire. N’est-il pas naturel de voler si l’on s’y entraîne parfaitement ? N’est-ce donc pas plus humain que le tricot ou le baseball ?
   
   Mais Auster va finir par se perdre dans son histoire, s’égarer dans ses contradictions. Alors que l’écriture est incroyablement rythmée et la portée de l’aventure éminemment poignante il se laisse gagner par une envie de spectaculaire, par le goût de l’improbable retournement de situation. Un peu de fatalisme ? Une touche de destinée, de kosmos vengeur auraient dit les grecs anciens… Je ne sais pas. La fin me laisse sur ma faim. Les cent dernières pages sont étranges et le dénouement… Je ne le trouve pas à la hauteur du reste de l’histoire. Un peu grossier peut-être, presque irrespectueux pour le parcours qu’avaient réussi à accomplir ses personnages.
   
   Mr Vertigo reste néanmoins un chef d’œuvre et un conte à lire absolument, que ce soit par amour de l’écriture d’Auster, magistrale dans cet opus, ou simplement pour repousser un peu plus les limites des capacités de l’esprit humain…
   ↓

critique par Kassineo




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Magique
Note :

   Mr. Vertigo est le premier ouvrage de Paul Auster que j'ai lu. Autant dire que cela a été un véritable choc. La première phrase de ce roman extraordinaire donne le ton : "J'avais douze ans la première fois que j'ai marché sur l'eau". Voilà une ouverture qui a le mérite de l'originalité. Le héros, Walt, nous retrace les péripéties de son existence. A l'âge de neuf ans, ce misérable orphelin de Saint Louis rencontre Maître Yehudi, un étrange individu qui lui propose de lui enseigner l'art de voler dans les airs. Commence alors pour Walt un long et cruel apprentissage, jalonné de souffrances et de sacrifices. Une fois cette initiation terminée, Walt et son maître se produisent dans toute l'Amérique, et le héros devient une véritable célébrité avec son numéro de garçon volant...
   
   Le tour de force de Paul Auster est de nous faire croire à son histoire. On marche à fond dans cette intrigue surréaliste, parfois proche du conte, au point que l'on en arrive à se dire : voler, pourquoi pas ? Mais si la trajectoire de Walt est imprégnée de merveilleux, le contexte historique dans lequel il évolue est à l'inverse bien ancré dans le réel. Mr. Vertigo est en effet une évocation réussie de l'Amérique des années 20 et 30, gangrenée par la violence et le racisme.
   
   C'est ce subtil mélange de rêve et de réalité, saupoudré d'une bonne dose d"humour, qui fait tout le prix du roman. Autres points forts : le style à la fois pittoresque et limpide, très agréable à lire, et les personnages assez complexes pour être intéressants. Mention spéciale au charismatique Maître Yehudi, qui se montre souvent impitoyable envers Walt tout en lui étant très attaché. J'ai d'ailleurs beaucoup apprécié le développement de la relation entre l'élève et son mentor, relation qui culmine dans une scène poignante.
   
   On dévore ce roman baroque et plein d'humanité, riche en rebondissements, et c'est avec regret qu'on tourne la dernière page et qu'on quitte les protagonistes.
    ↓

critique par Caroline




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Une image du père
Note :

   Comme on a déjà bien parlé de ce roman, je ne vais pas répéter ce qui a été dit, je préfère profiter du travail déjà fait pour m’orienter maintenant sur une voie un peu différente. Parler du reste en quelque sorte.
   
   Première idée: ce qui m’a frappée quand j’ai lu ce roman, c’est l’image paternelle. Au fond, ce récit du garçon qui grandit soumis à l’éducation d’un maître autoritaire et impitoyable qu’il finit par aimer de tout son cœur, puis par comprendre et dont il juge finalement le travail et la vie, ce ne peut pas être autre chose que la progression d’une relation filiale. C’est l’éducation d’un enfant et son passage à l’état d’adulte avec les liens affectifs qui s’y attachent. Nous avons donc avec ce roman un récit de relations père-fils que ces deux là le soient par le sang ou non. C’est une réflexion sur ce qui peut se transmettre ainsi et la façon dont cela peut se transmettre. Une réflexion sur l’éducation, la formation, la transmission, l’"aide au démarrage" due par un parent à son enfant. Vraiment une réflexion, pas juste un récit. N’oublions pas que, mine de rien, ce livre nous fait prendre pour parfaitement admissible l’idée que des humains puissent voler et on a tellement d’autres choses à penser que cette base finit par ne plus nous sembler absurde du tout ni même bizarre. C’est bien le signe que l’on est dans le domaine des idées, pas des faits; nous sommes en train de penser, comprendre, cette relation, pas juste la regarder. La conclusion est que Walt mène à bien sa progression, c’est un bon fils.
   
   Le décor historique de cette histoire qui commence dans les années 20: le racisme, les conditions difficiles, voire la grande misère du début du 20ème siècle aux Etats-Unis, permet de son côté de mettre à nu les racines de l’âme humaine. Quand on est démuni, pauvre, privé de tout superflu matériel et même de toute sécurité, que la loi est faible, on voit ce qui reste et ce que font les hommes.
   
   En ce qui concerne la fin du livre, c’est vrai qu’un tournant est pris, accentué plus encore dans les 60-50 dernière pages, avec changement d’optique et de ton, mais, après avoir passé l’obstacle du baseball qui est vraiment répulsif pour un européen (mais nécessaire pour l’histoire), cette fin de roman est, pour moi, ce qui a donné de la valeur à ce livre. Il me semble que jusque là j’étais restée sur une histoire trop lisse, qui manquait un peu de profondeur et de «tripes». Je le sentais, ça ne suffisait pas. Ce dernier quart donne de l’ampleur au récit, de l’humanité, un sens. Pour moi, cette fin était nécessaire pour que Mr Vertigo soit un bon roman.
   
   Une dernière remarque: Paul Auster a toujours aimé jouer avec les mots. Dans ce «Mr. Vertigo», à un moment, Walt et le Maître ont besoin d’une fausse identité et ils choisissent de s’appeler Thomas Book (livre, un clin d’œil aussi) tous les deux (papa et junior) et il y aura donc un Tom Book one et… oui. Un Tom Book Two "Ca nous faisait bien rire, et le plus drôle, c’était que l’endroit où nous nous trouvions ne différait guère de Tombouctou, du moins en ce qui concerne l’isolement"(185) C’était écrit en 92-93 et en 99 P. Auster publiait un autre livre intitulé "Tombouctou", dont c’est d’ailleurs le seul rapport avec ce roman-ci, il me semble.
   
   
   
   Extrait :
   "Cet homme était celui qui m’avait promis de m’apprendre à voler, et, sans jamais le croire, je le laissais me traiter comme si je l’avais cru. Nous avions conclu un accord, après tout, notre pacte de ce premier soir, à Saint Louis, et je ne l’oubliai jamais. S’il ne tenait pas parole pour mon treizième anniversaire, je lui ferai sauter la tête à la hache. Il n’y avait rien de personnel dans cet arrangement – c’était simple affaire de justice." (p.53)
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critique par Sibylline




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«Plus ce qu'on désire est grand, plus il faut payer pour l'avoir.»
Note :

   C'est à Saint-Louis que se rencontrent, que dis-je, que se télescopent, deux individus exceptionnels : Walt, 9 ans, le gamin des rues, cousin éloigné certainement de Huck Finn et David Copperfield, et le vieux Yehudi, homme hors du commun et quelque peu magicien. Leur destin est scellé à jamais.
   
   Cela se passe dans les années 20, l’Amérique possède encore l’esprit pionnier, mais suinte aussi la misère et le racisme. Tout y est encore possible, tout y est encore violent.
   
   Maître Yehudi s’est mis en tête de faire voler l’enfant, voler comme les oiseaux. Cette faculté, Walt le révolté finira par l’acquérir au prix d’un apprentissage douloureux. Cheminant dans l’Amérique profonde, ce curieux tandem va côtoyer l’ignorance, la bêtise et la cruauté de leurs concitoyens, le KKK, la pègre, les bouseux de la campagne (de ceux qu’on aimerait éviter de croiser…), l’oncle de Walt, cupide et borné (qui m’a évoqué la relation entre Huck Finn et son père). Walt et Yehudi deviennent riches et célèbres. Pas pour longtemps cependant, cet état de grâce ayant des effets secondaires dévastateurs.
   
   La vie de Walt se déroule à une époque charnière, ponctuée de drames, de revers, de coups de chance. Le roman se découpe en deux parties, l’avant et l’après Yehudi. Il louche du côté de Dickens, de John Irving (auquel j’ai beaucoup pensé) et surprend quelque peu dans l’œuvre de Paul Auster.
   
   A quelques détails près, ce roman a failli être un coup de cœur. C’est à coup sûr un récit original qu’on ne peut oublier avant longtemps. Une histoire de solitude et de rédemption, un roman d’apprentissage aussi, qui nous permet de saisir l’Amérique à une époque donnée (peu reluisante, guère attirante à mes yeux). Donc une excellente découverte.
   
   "On ne fait plus d'hommes comme maître Yehudi, et on ne fait plus non plus de gamins comme moi : stupides, susceptibles, cabochards. Nous vivions autrefois dans un monde différent, et ce que le maître et moi avons fait ensemble ne serait plus possible de nos jours. Les gens ne le toléreraient pas. Ils appelleraient les flics, ils écriraient à leur député, ils consulteraient leur médecin de famille. Nous ne sommes plus aussi coriaces que nous l'étions, et peut-être le monde est-il devenu plus habitable, je ne sais pas. Mais je sais qu'on n'a rien pour rien, et que plus ce qu'on désire est grand, plus il faut payer pour l'avoir."

critique par Folfaerie




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La cité de verre - Paul Auster

Le sémanticien fou
Note :

   "La cité de verre" est le premier roman publié de Paul Auster (c’était en 1987). C’est aussi le premier roman de la trilogie New-yorkaise et ça commence fort. Les premier niveau, second niveau, troisième niveau etc. s’enchevêtrent joyeusement en une histoire dramatique et vraiment complexe. On y retrouve les "basiques" austériens et cela aidera sans doute les amateurs à se repérer un peu dans ce dédale.
   
    Nous avons un écrivain convalescent, ici de deuil, personnage ayant rejeté son identité, comme Bowen dans "La nuit de l’oracle" par exemple. Nous avons un homme qui vit en Robinson Crusoé en plein centre de la grande ville, comme dans "Moon Palace" et encore un cas de fascination par un carnet-cahier au moment de l’achat. (Il est rouge cette fois-ci, il sera bleu dans "La nuit de l’oracle"). Ca peut-être un jeu –et ça l’est en fait et je sais bien que nombreux sont ceux qui y jouent- que de lancer des liens d’un roman de Paul Auster à l’autre, de trouver des cousinages et d’établir comparaisons et parallèles, mais ne nous laissons pas emporter et revenons à l’histoire.
   
   L’histoire (les très grandes lignes du moins) : Quinn est poète, ou du moins il l’était, mais sa femme et son fils sont morts (on ne sait pas exactement comment) et depuis il s’est isolé de tous, il a pris un pseudonyme et il n’écrit plus que des romans policiers pour assurer sa subsistance. Son héros récurrent est détective privé.
    "Quinn n’était plus cette partie de lui qui pouvait écrire des livres et, même si à bien des égards Quinn restait encore en vie, il n’existait plus pour personne sauf pour lui-même."
   Un jour, il reçoit un coup de fil de quelqu’un qui le prend pour un certain Paul Auster, détective privé, puis d’autres appels du même ordre, alors finalement, par désoeuvrement sans doute, il accepte de faire comme s’il était ce Paul Auster.
   Il se rend chez son "client"(Peter Stillman) qui lui conte son extraordinaire histoire d’enfant "sauvage" et lui demande protection contre son père (qui s’appelle Peter Stillman aussi). Ce second Stillman était une sorte de scientifique mystique qui s’était lancé dans la recherche éperdue du langage originel…
   Et je vous laisse découvrir vous-mêmes la suite, je me contenterai de vous dire que Quinn va finir par rencontrer un Paul Auster, mais qui n’est pas détective non, devinez quoi ? Ecrivain. Il a une femme qui a (au moins) le même prénom que celle du vrai Paul Auster, celui qui a écrit "La cité de verre". Mais si je vous explique tout, ça ne va pas être trop simple ?
   
   Ou alors je vous dis :
   En fait, c’est l’histoire d’un homme détruit par un deuil trop profond et qui, après avoir organisé une coque dérisoire autour du vide qu’était devenue sa vie, la voit peu à peu s’effriter, perdre de sa crédibilité, puis disparaître totalement, ne laissant absolument rien de lui.
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critique par Sibylline




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De la complexité de la Trilogie…
Note :

   J’adore Paul Auster… Je crois l’avoir écrit assez souvent (comment ça trop ??) sur ces pages. Mais je ne le connais que depuis quelques mois et j’ai abordé son œuvre dans le désordre le plus complet. Et si j’ai déjà exprimé que jusque là j’étais plus adepte que son œuvre récente que des premiers opus (tout est relatif et tout reste d’une très grande qualité), il fallait que j’attaque un jour la Cité de Verre d’Auster, que le portrait alléchant dressé par Sibylline m’a conduit à ouvrir le plus tôt possible.
   
   Je ne dirais rien de bien nouveau sur l’histoire, où l’auteur se laisse prendre pour un détective privé jusqu’à se coincer dans un engrenage mental qui l’entraînera dans une spirale imprévisible et tortueuse. Jusqu’aux extrémités. Comme toujours chez Auster.
   
   L’auteur place dans ses pages ce que Sibylline appelle différents niveaux de lecture. Auster le fait tout le temps. Mais ici, je ne sais pas si c’est la densité du récit, la concentration des mots et des situations qui en sont la cause, les niveaux sont difficiles à percer. Entraînants, réflexifs, cathartiques pourquoi pas, mais il faudrait relire ce roman une bonne dizaine de fois après une étude littéraire approfondie de l’œuvre austerienne pour en percer tous les mystères. Le travail a dû être fait ailleurs. Tout ce que je peux dire à mon niveau c’est à quel point j’ai encore apprécié ce travail.
   
   Mais c’est un « work in progress » de l’âme humaine. Une œuvre volontairement inachevée (je ne parle pas de l’histoire, j’ai bien compris qu’il y avait une trilogie !). La construction intérieure des personnages qui fait toujours le talent inimitable d’Auster est en partie laissée à la discrétion d’un lecteur qui pourra y placer ce dont il a besoin pour sa compréhension, pour avancer personnellement. C’est un livre ouvert, un « carnet rouge » laissé à notre liberté, à notre plume intérieure, à nos besoins.
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critique par Kassineo




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Comme un lapin pris dans les phares d'une voiture
Note :

    La vie est censée être marquée par des rencontres exceptionnelles, des grands amours et des grandes passions.
   
   La vie d'une lectrice est censée être marquée par des lectures, la découverte d'un style, d'un imaginaire, la rencontre avec des auteurs que l'on admire, que l'on voudrait peut-être être.
   
   Malheureusement, comme dans la vie, une vie de lecture est aussi faite de déceptions. On entend parler d'un auteur ou d'un roman, le nom ou le titre se fraye un chemin dans notre esprit, laisse une empreinte légère dans notre mémoire, empreinte qui devient plus profonde à chaque fois que l'on entend de nouveau parler de cet écrivain et de son oeuvre. Et puis un jour, on se retrouve dans une librairie, se dandinant d'un pied sur l'autre, batifolant d'un rayon à un autre d'un air hésitant et puis finalement le nom ou le titre remonte à la surface de notre mémoire. Triomphalement, on se dirige vers le livre convoité. L'objet de tous nos désirs enfin entré en notre possession, on se précipite chez soi, impatient de commencer la lecture. Ensuite...
   
   La "Cité de verre" de Paul Auster est l'une de ces déceptions.
   L'histoire est assez simple : un auteur de roman policier, Quinn, reçoit une nuit un étrange coup de fil. Un inconnu lui demande de l'aide. Il le prend pour un certain Paul Auster qui semble pouvoir le protéger. Au bout d'un moment, Quinn se prend au jeu et accepte d'aider l'inconnu. Il se lance alors dans une filature qui ressemble plus à un jeu de dupe et un exercice de patience qu'à une enquête policière. Il n'y a pas beaucoup d'autres choses à dire sur le récit parce qu'il est assez épuré.
   
   Ce n'est pas désagréable à lire, mais ce n'est pas transcendant. L'histoire en elle-même n'est vraiment pas palpitante et le méta-roman dans lequel Auster se met lui-même en scène n'arrive pas à faire oublier l'impression d'artificialité. Bref, je me suis surtout ennuyée pendant la lecture (heureusement pas très longue) de "la Cité de verre" et je me suis trouvée mal à l'aise devant un auteur très intelligent et trop manipulateur.
   
   Conclusion 1 : Il va falloir que je lise un autre roman de Paul Auster pour lui laisser une chance (je suis bien brave).
   Conclusion 2 : J'ai préféré les romans de la femme de Paul Auster, Siri Hustvedt, "Tout ce que j'aimais" et "L'envoûtement de Lily Dahl."
    ↓

critique par Cécile




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Quand Paul Auster rencontre Auster Paul
Note :

   Premier roman de Paul Auster, consacré comme de bien entendu à New York, en personnage principal préféré de Paul Auster. Les situations sont typiquement "austeriennes", floues, ambigües, laissant toute place à l’interprétation personnelle et aux spéculations.
   
   Daniel Quinn est un homme catégorie "brisé". Il a perdu dans un accident femme et fils. Il vit depuis reclus volontaire, ayant renoncé à une carrière littéraire pour n’écrire plus que des polars alimentaires sous pseudo. Et voilà que Daniel Quinn reçoit un appel téléphonique, une erreur manifestement, destinée à un détective privé : … Paul Auster! Contre toute attente, Quinn va endosser l’identité de Paul Auster, rencontrer la famille Stillman ; Peter et sa femme.
   
   Une personnalité plus qu’étrange, ce Peter Stillman, qui se prétend avoir été enfermé dans son enfance, cloîtré par son père, Peter Stillman (il aime ce genre de confusion notre Paul Auster. Paul Auster, l’auteur, pas le détective privé!) et qui est terrifié par la sortie de prison imminente du Peter Stillman père. Il engage donc Paul Auster/Daniel Quinn pour surveiller son père et l’empêcher de lui nuire.
   
   Déjà compliqué, non? Mais avec Paul Auster tout peut arriver et dériver vers du fantastique genre cauchemar éveillé. La situation va évoluer au fil des filatures effectuées par Quinn derrière Peter Stillman. Il discerne progressivement un message dans les pérégrinations effectuées quotidiennement dans New York par Peter Stillman père. Un message qui semble confirmer les craintes du fils. Puis le père va disparaître brutalement. Quinn/Paul Auster se met alors en tête de retrouver le Paul Auster détective à qui l’appel initial était destiné, espérant ainsi démêler l’écheveau. Il trouve un Paul Auster… écrivain (quand on vous dit qu’il aime ce genre de confusions, notre Paul Auster!!) qui ne pourra l’aider.
   
   En désespoir de cause, il planquera devant l’immeuble de son client, le Peter Stillman fils, pour prévenir toute mauvaise action du père, planque qui prendra définitivement une tournure "austerienne", basculement vers une forme de folie et la clochardisation.
   
   De tout ceci nous en prendrons connaissance par la relation au quotidien des actes et réflexions de Daniel Quinn dans son cahier rouge, cahier rouge retrouvé par le narrateur…
   
   Le seul aspect qui me gêne chez Paul Auster, c’est cet aspect artificiel, volontairement compliqué et à multiples entrées de ses constructions. Comme si l’histoire était délibérément cultivée "hors-sol". Personnellement je préfère les fraises cultivées en pleine terre plutôt qu’hors-sol, sur support artificiel et alimentées de substrats synthétiques!

critique par Tistou




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Léviathan - Paul Auster

Plus analytique du talent que véritablement talentueux
Note :

   Je vais devoir rapidement m’expliquer sur ce titre, je le sais. Ce livre obtint le prix Médicis Etranger en 1993, il n’est donc pas mauvais. Nous connaissons particulièrement le talent de l’américain Paul Auster. Je ne dirais jamais cela d’un de ses livres bien que certains ne m’enchantent que plus ou moins.
   
   Concernant LEVIATHAN, cette œuvre m’a plus laissé le goût d’une performance d’écrivain qu’autre chose. Auster nous livre des portraits du peu de personnages qui se télescopent dans ce livre sur des dizaines et des dizaines de pages. Des descriptions psychologiques par tranches de vie, certes d’un talent fou, mais d’une longueur à faire passer Balzac pour un rédacteur de synopsis de journal télévisé. Le talent est là, de la première page aux trois cents suivantes. L’histoire vient ensuite, après cette éternité descriptive. Et d’un coup tout s’accélère, et d’un coup les mécanismes de l’écrivain se mettent en branle et l’action nous prend de vitesse et le livre nous retourne en tous sens sans réellement comprendre ni où l’on tend ni pourquoi un tel chemin.
   
   Peter Aaron, un écrivain au talent incertain et à la production plus qu’hésitante devient l’ami de Ben Sachs, auteur à succès à la plume innée et talent redoutable. Ils partagent tout, jusqu’à une passion pour la même femme avec dix ans de décalage. Et quand Peter voit son ami sombrer, son œuvre majeure avec lui (Léviathan), il va reconstituer son histoire afin de parer aux investigations des agents du FBI. Son ami lui échappe, sa propre vie comme celle qu’il tente de sauver par écrit sombrent. Les œuvres et les talents avec. Et l’esprit aussi. Et le lecteur s’il n’est pas totalement alerte.
   
   C’est un grand ouvrage qui a justement été récompensé. Toutefois il ne vaut pas les merveilles auxquelles Paul Auster a pu nous convier tant et tant. Léviathan se prend comme il est, à lire rapidement pour la plume de l’auteur, patiemment pour une étude des arts des lettres anglophones (mais alors dans le texte !).
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critique par Kassineo




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Terreur et liberté
Note :

   Il faut persévérer un peu au début de ce livre, pour se rendre au moment où Auster nous entraîne dans un tourbillon du hasard qui va relier tous les fils de son ouvrage. Une fois rendu, il est difficile de lever les yeux.
   
   L’auteur analyse tous ses personnages avec une précision chirurgicale. Sauf étrangement, Reed Dimaggio, un individu clé dans la séquence des événements qui ont amené Sachs, le personnage principal, à se faire littéralement exploser. Le narrateur, que l’on devine être Auster, raconte la vie de Sachs avant cet incident, en profondeur tout en conservant un retrait parfois dérangeant. Il aborde ainsi le terrorisme, le patriotisme et fait un plaidoyer tiède pour une nouvelle Amérique. Tous ces thèmes sont en sourdine tellement l’aspect introspectif du roman prend tout l’espace, comme si Auster avait eu peur d’être trop politique.
   
   Mais bon, je ne pourrais pas lui reprocher d’avoir livré une œuvre infiniment humaine et complexe dans l’émotion. Le charme fonctionne à merveille et j’ai été séduit par l’écriture et le récit pas banal du tout.
   
   Certains suspectent que Benjamin Sachs est inspiré par l’écrivain américain Don Delillo. Lui aussi a écrit un roman politique dont le projet d’adaptation au cinéma a avorté (Libra) et Léviathan lui est d’ailleurs dédié.
   
   Ce roman a reçu le Prix Médicis étranger.
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critique par Benjamin Aaro




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Pour faire la bombe
Note :

   Ce roman est paru en 1992, traduit pour les éditions Actes sud en 1993.
   Porte en exergue «Tout état actuel est corrompu » Ralph Emerson.
   
   1) Le Léviathan est dans le Livre de Job un monstre gigantesque, qui sera plus tard représenté par une gueule ouverte; dans la langue, il passe pour désigner toute chose monstrueuse et terrifiante.
   
   Avec Thomas Hobbesen 1651, il devient l’Etat, l’état despotique, le pouvoir absolu, le seul qui, malgré son visage peu amène semble au philosophe le garant d’une vraie société civile.
   
   Le romancier allemand Arno Schmidt intitule «Léviathan» une de ses nouvelles qui décrit la fuite désespérée de civils à Berlin, sous les bombes en 1943. On y rappelle que Nietzsche appelait l’état «un monstre froid».
   
   2) La narration est classique en cela qu’elle commence par la fin et reprend tout de suite à un moment antérieur où se sont rencontrés les deux personnages principaux; puis des allées et venues dans le passé, au hasard semble-t-il des souvenirs du narrateur qui cherche à reconstituer le pourquoi de l’événement qui ouvre le livre.
   
   3) Pete Aaron, écrivain et narrateur de l’histoire, vient de lire dans la journal le récit de la fin «explosive» de son ami Benjamin Sachs. Entouré de dynamite, jusqu’à devenir une véritable «bombe humaine», il s’est donné la mort dans sa voiture sur une autoroute.
   Pete s’attend à la visite de la police, et n’est pas étonné de cette fin pour Benjamin. Le destin de ce dernier fut marqué par la bombe qui explosa à Hiroshima au moment de sa naissance le 6 août 1945.
   Pete évoque la vie de son ami: un itinéraire de quarante ans qui passe par l’écriture. Si Pete et Benjamin sont tout deux écrivains de fiction, Benjamin n’a écrit qu’un seul roman: un livre dans lequel il essaie d’imiter «tous les styles» moins pour faire preuve de virtuosité que faute de pouvoir opter pour une seule solution. Le parcours de Sachs est semé de détails significatifs quant à son problème d’identité et sa conviction d’être «l’enfant de la bombe».
   
   Par exemple, la mère de Ben l’emmena enfant avec ses copains visiter la statue de la Liberté. Saisie de vertige, elle s’assied sur une marche, tandis que son fils grimpe tout seul dans la «torche» et s’y livre à des contorsions dangereuses… au cours d’une fête, déjà marié, Ben se laisse séduire par une «allumeuse» et la fuit jusqu’en haut d’un échelle de secours d’où il tombe de plusieurs mètres de haut. Sa vie change; il divorce, cesse d’écrire, se retire dans une maison en forêt.
   L’itinéraire de Sachs prend un relief inattendu; le nouveau livre sur lequel il travaille «Léviathan», dont on reste à ignorer le contenu, ne l’empêche pas de rencontrer un homme en voiture, qu’il tue, en état de légitime défense. Dans le véhicule, il trouve des explosifs, et beaucoup de billets de banque. Apprenant que l’homme est marié et père, il ne veut pas se livrer à la police et s’obstine à vivre chez sa femme, lui donner l’argent, adoptant sa fillette. Tout cela ne lui apporte guère de satisfaction; alors, il commence une carrière de terroriste à l’image de l’homme qu’il a tué.
   Cet homme travaillait pour le FBI: Sachs, lui, ne s’attaque qu’à des statues de la Liberté en miniature contre lesquelles il commet nombre d’attentats, avant de s’en prendre à sa propre personne.
   
   En conclusion, le couple Pete/Benjamin apparaît comme un organe qui comprend deux individus complémentaires l’écrivain qui a réussi et veut croire aux valeurs de la création littéraire (c’est aussi un personnage mineur, effacé) et celui qui n’y croit plus et cesse vite d’écrire, pour se lancer dans l’action. Des actions un peu dérisoires: attenter à des statues de la Liberté… sans pouvoir s’en prendre à la principale… mais courageuses et d’une valeur symbolique.
   
   Ce roman témoigne à travers ses personnages d’une nation en quête d’identité, qui a perdu ses repères.
   
   Plutôt intéressant mais les femmes présentées dans le roman sont un peu stéréotypées.

critique par Jehanne




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L'invention de la solitude - Paul Auster

Catharsis d’une âme : où l’auteur découvre son écriture…
Note :

   Comment remettre en doute le talent de Paul Auster ? J’ai déjà soulevé la question en parlant de LEVIATHAN. C’est impossible. On peut certes ne pas aimer. Mais il a ce talent, il est la littérature contemporaine américaine à lui tout seul, la résumant et la sublimant.
   
   Pourtant il y a des faux pas. Bien sûr. L’INVENTION DE LA SOLITUDE n’en est peut-être pas un, une œuvre de jeunesse. Paul Auster narre la mort de son père, les états d’âmes accompagnant cette période évidemment difficile et éminemment cathartique. Besoin d’évacuer certaines choses ? Besoin de tester une écriture dont il ne maîtrise pas encore la portée ? Erreur de jeunesse ?
   
   Je n’ai pas la réponse. Les fanatiques d’Auster apprécieront cet ouvrage comme porteur de révélations sur la personnalité de leur auteur. Peu d’intérêt en dehors. Pas vraiment de fil conducteur, rien à quoi se raccrocher. Ce livre m’a laissé songeur et sur ma faim, là où Paul Auster m’offre toujours à penser, je me suis seulement dit «Ah Bon…»
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critique par Kassineo




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Un premier rendez-vous manqué
Note :

   "L'invention de la solitude" est le tout premier livre que j'ai lu de Paul Auster, il y a une dizaine d'années déjà. Un choix plutôt malencontreux et une déception qui m'a longtemps découragée de découvrir ses autres livres (longtemps mais pas définitivement, et par la suite, je me suis plongée avec un réel bonheur dans "Mr Vertigo" ou "Le voyage d'Anna Blume"...).
   
    Le sujet - un jeune écrivain qui cherche à percer, un homme jeune encore qui se cherche dans sa vie familiale et qui part à la découverte de ses racines - avait pourtant de quoi séduire. Mais je garde le souvenir d'un livre froid, très bien écrit mais finalement un peu aseptisé. Il m'avait fallu attendre le moment où Paul Auster évoque la poésie de Stéphane Mallarmé (qu'il a traduit en Anglais) pour éprouver une début d'émotion et c'était presqu'à la fin du livre... Un bilan un peu maigre pour un livre qui intéressera surtout les admirateurs inconditionnels de Paul Auster qui y retrouveront des traces de la genèse de son oeuvre.
   ↓

critique par Fée Carabine




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La création, la mort, père et fils et tant de choses encore…
Note :

   Ouvrage en deux parties, l’une sur la mort de son père, l’autre, plus philosophique, a plus valeur d’essai, de réflexion sur la littérature et son rôle à la fois solitaire et universel. Cette deuxième partie fait d’ailleurs écho à la première en ce sens que, à l’instar de Proust, Auster (ou plutôt son narrateur qu’il nomme «A») rappelle que le passé est re-suscité par un objet qui évoque des souvenirs personnels. C’est ainsi qu’à la fin, le narrateur se lance dans un «je me souviens» perecquien à la troisième personne en rapportant les évènements qui lui restent de son enfance.
   
   L’on s’interroge aussi sur les rapports père/fils. Auster évoque son père assez secret, discret dans ses sentiments, se souvient des bons moments comme des petites vacheries, et c’est en vidant sa maison que ses moments ressurgissent justement. Dans la deuxième partie intitulée fort justement, «le livre du souvenir» il convoque la littérature comme les écritures. Collodi et son Pinocchio enfermés dans le ventre de la baleine rappellent bien sûr le livre de Jonas de la Bible mais aussi, par la noirceur dans laquelle plonge la marionnette, ignorant la présence de son père et créateur en ces lieux (le ventre du poisson), est une métaphore de l’écriture, le noir de l’encre dans laquelle naît (ou renaît) la créature qui peut sauver son créateur comme Pinocchio sauve Gepetto du ventre de la baleine. Tout ça vient bien sûr que «A» a un fils dont le goût pour les histoires s’affine, histoires qui permettent de survivre comme Shéhérazade dans les Mille et Une Nuits dans lesquelles la mise en abyme est de mise et où les coïncidences ne sont que des reflets du réel. Le narrateur établit un parallèle subtil entre l’écriture, l’évolution de «A» en sa bohème parisienne, et la lecture de contes à son fils, participant de la même force, celle de ne pas mourir.
   
    Enfin voilà un livre assez court mais d’une très grande richesse. Il semble que tout y est, c’est un condensé de l’art littéraire, du plaisir de lire, du refus de la mort inéluctable. Propos littéraire, conte philosophique et poétique, documentaire sur la création, biographie déguisée ou pas, on ne sait où classer cette œuvre atypique mais ô combien intelligente et régénératrice.
    ↓

critique par Mouton Noir




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Le Auster des débuts
Note :

   Le récit se divise en deux parties: «Portrait d’un homme invisible» et «le livre de la mémoire». C’est un roman autobiographique: l’auteur du livre et le narrateur sont les mêmes. Le récit n’est pas chronologique: le narrateur met en présence diverses péripéties et éléments qui lui paraissent se faire écho, entrer en résonance.
   
   La mort du père est l’événement déclencheur qui ouvre le récit. Le narrateur vivait loin de son père et les contacts étaient rares et difficiles. Divorcé, ce père a continué à vivre dans la maison familiale pendant quinze ans tout en la laissant à l’abandon. Sa vie se déroulait ailleurs.
   
   Le fils décide d’écrire sur son père, ayant l’impression que ce dernier ne laissait pas de trace, «ne faisait que se prêter à la vie». Avant le mariage, à trente-quatre ans, il vivait une existence mondaine, et reprendra ce mode de vie après son divorce. Sa femme se rend compte très vite que cette union est une erreur, mais elle a déjà un enfant et ne peut le quitter. Le narrateur a le sentiment de n’avoir jamais réussi à attirer l’attention paternelle. En revanche lorsque sa sœur veut consulter un analyste, le père s’y oppose violemment. Le fils le soupçonne alors d’avoir dissimulé quelque chose. Il enquête sur la famille du père, en particulier à partir d’une photographie où l’on a volontairement fait disparaître l’image du grand-père, disparition qui laisse une trace.
   
   
   Dans la deuxième partie, le narrateur évoque son existence à Paris. Il met en évidence quelques coïncidences mystérieuses. Il a occupé la même chambre que son père, juif, habitait pendant la guerre pour échapper aux nazis. L’espace extérieur reproduit pour lui l’espace intérieur: Amsterdam et ses canaux s’imposent comme la projection de l’Enfer de Dante, et renvoient aussi aux cercles de la mémoire et aux strates du temps.
   
   
   Il sauve son fils de la mort-in extremis- et, là aussi, perçoit des similitudes entre sa vie et celle de Mallarmé qui perdit son fils dont la ressemblance avec le sien lui paraît troublante. L’esprit qui conserve dans l’écriture le souvenir, procède à une traduction du réel en fonction des structures mentales dont il a hérité: dans un texte, ce sont les autres qui parlent. Pourtant, il existe une vérité dont on peut chercher le lieu. Les coïncidences témoignent d’une cohérence que le mot «hasard» ne recouvre pas.
   
   La mort du père introduit une rupture dans l’existence du fils: grâce à l’héritage, il se consacre à l’écriture. En retour, le fils cherche à donner au père une existence littéraire pour le sauver de l’oubli; cela oblige à une réflexion sur les fonctions de l’écriture et sur une difficulté fondamentale à quoi elle achoppe. Est-il possible de décrypter l’énigme constituée par un être? Peut-on pénétrer la solitude d’un être, n’écrit-on pas une traduction subjective de la réalité, une déformation inconsciente des souvenirs? La question du père aboutit à une remise en cause du lien de filiation qui structure la parenté et plus encore aux rapports humains. L’individu ne peut se penser qu’en référence à la collectivité. Le premier groupe humain connu est la famille.
   
   Il recherche une explicitation du non-dit, à travers la parole publique émise sur l‘acte commis par la grand-mère. Cet épisode occulté apporte une information pour la compréhension du caractère paternel. Les données nouvelles font vaciller l’image première du père. D’abord indifférent au monde, il s’humanise dans un cadre social qu’il s’est défini. Cependant la somme des hypothèses logiques, rationnelles, ne parvient pas à résoudre l’énigme posée par un individu. En exposant les faits, on se rend compte qu’ils ne parlent guère.
   
   Pour rendre cohérente son approche de la réalité, le narrateur décide que «l’univers n’est pas seulement la somme de ce qu’il contient, il est le réseau infiniment complexes des relations entre les choses.» Les séquences d’une vie peuvent répéter des épisodes déjà vécus par d’autres qui ont une sensibilité en commun. Tout paraissait se répéter. La réalité ressemblait à l’un de ces coffrets chinois: une infinité de boîtes contenant d’autres boîtes. Ici encore, de la façon la plus inattendue, le même thème resurgissait:"l’absence du père, cette malédiction".
   
   Juif, le narrateur reproduit, en tant qu’individu, le modèle de la diaspora. Il n’a pas de lieu où se fixer, excepté l’écriture qui fixe la mémoire. Le passé, toujours présent dans le souvenir, transforme la solitude individuelle en un témoignage universel.
   
    La réflexion est très poussée.
   
   L'un des premiers ouvrages d'Auster, et celui que j'ai préféré jusqu'ici.

critique par Jehanne




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Le livre des illusions - Paul Auster

Un destin exceptionnel et tragique
Note :

   David Zimmer est anéanti : sa femme Helen et leurs deux fils sont morts dans un accident d'avion. Il se réfugie alors dans la solitude de sa maison et boit une demi bouteille de whisky chaque jour. Mais un soir, alors qu'il regarde la télévision, il voit un extrait d'un vieux film d'Hector Mann. Et pour la première fois depuis l'accident, il se surprend à rire : "Cela peut sembler sans importance mais c'était le première fois depuis juin que je riais de quoi que ce fût et en sentant ce spasme inattendu monter dans ma poitrine et se mettre à chahuter mes poumons, je compris que je n'avais pas encore touché le fond, qu'il restait en moi quelque chose qui souhaitait continuer à vivre".
   
   Il se lance alors dans la biographie d'Hector Mann, cinéaste méconnu du cinéma muet, disparu depuis 1929. Mais Hector Mann est en fait toujours vivant : il se cache au Mexique où il vit de façon anonyme, en continuant de produire des films. Et une étrange jeune femme va forcer le narrateur à le rencontrer...
   
   J'ai adoré ce livre où les récits s'enchaînent sans jamais perdre de vue l'intrigue initiale. Chaque récit fait écho au précédent, ainsi le narrateur et Hector Mann ont de nombreux points communs : tous les deux ont vu leur vie détruite par un événement dramatique, tous deux ont perdu un fils et tous deux ont sombré dans la douleur avant de s'en sortir grâce à la création. David Zimmer se sauve en effet de son chagrin en s'intéressant au mystère de la vie d'un homme qui lui ressemble.
   
   Ce roman nous tient en haleine du début à la fin et nous invite à nous poser des questions sur l'amour et la séparation, la vie et la mort, l'illusion et le réel. Quelle est la place de la création dans la vie d'un artiste ? Comment surmonter la perte d'un être cher ? Foisonnant de personnages au destin exceptionnel et tragique, ce livre est d'une grande richesse et certainement un des meilleurs de Paul Auster, par ailleurs écrivain de grand talent.
   ↓

critique par Clochette




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David Zimmer
Note :

   Ecrit à la première personne ce livre ne donne pourtant pas la parole à Paul Auster mais à David Zimmer, universitaire et écrivain. Anéanti par la mort de sa femme et de ses enfants dans un crash aérien, David sombre dans l'alcool et la dépression. Il s'en sortira grâce à la rédaction d'une biographie d'Hector Mann, artiste du muet disparu curieusement en 1929. Quand son livre paraît, David retrouve la trace d'Hector d'une façon insolite et apprend son véritable parcours à travers le récit que lui fait Alma, témoin de la vie cachée d'Hector.
   
    Paul Auster nous sert ses thèmes de réflexion favoris avec talent et virtuosité : quelle est notre réalité, le fil rouge entre illusion et réalité, notre angoissante recherche de la réalité, la rédemption par l'écriture et la création, le lien entre l'écrivain et ses héros, la mort, la séparation.
   
    Dans une construction littéraire menée admirablement, les récits s'emboîtent et se répondent. Comme dans un jeu de miroir, le lecteur est attiré et retient l'image qui ressemble le plus à sa réalité sans perdre de vue que tout peut être illusion.
   
    Un texte dense, intense où chaque mot précise sans fioriture les réflexions essentielles et philosophiques de l'auteur et nous mène dans une intrigue haletante jusqu'à la fin.
   
    Histoire dans l'histoire, personnages dont les vies se croisent, se mêlent et se répondent renforçant ainsi l'errance des âmes perdues de ses héros.
   
    Un formidable clin d’œil au cinéma muet et à une époque révolue avec un hommage brillant à Chateaubriand et toujours la narration unique des héros de Paul Auster.

critique par Marie de La page déchirée




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Le carnet rouge - Paul Auster

Encore s.v.p.
Note :

   Un livre très court qui contient treize micro-nouvelles. En fait, comme le titre l’indique, il s’agit plutôt d’un petit calepin d’anecdotes véridiques que l’auteur a colligé au fil des ans. Un aperçu de l’univers austerien où il nous parle de son thème favori ; le hasard, la coïncidence, l’absurdité de la vie.
   
   Il nous dévoile l’inspiration pour la «trilogie new-yorkaise» et nous parle d’une vulgaire tarte aux oignons dont il se souviendra toujours. Aussi d’un homme à la recherche d’un livre introuvable qui va pourtant trouver son lecteur.
   
   C’est comme un bonbon dur qui fond trop rapidement sur la langue. On sourit et c’est malheureusement déjà terminé.
   ↓

critique par Benjamin Aaro




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Spicilège
Note :

   Comme on le sait, Paul Auster aime les carnets. Il y note ses idées, ses réflexions, des anecdotes qu’il ne veut pas oublier.
   Il y en a un bleu, un noir et donc, un rouge. Dans ce carnet rouge, Auster note les histoires vraies qui étonnent par les coïncidences et hasards étranges et improbables qui s’y sont manifestés. De ces notes naîtront peut-être un roman ou peut-être se trouveront elles utilisées dans un passage. En tout cas, pour l’instant, sa préoccupation est de ne pas les perdre et de conserver intact leur souvenir d’où les récits abrégés qu’il garde ici.
   
   Une cinquantaine de petites pages, pour treize récits très courts et vrais (c’est ce qu’annonce l’auteur et c’est en effet ce que cela semble être) retenus là en mémoire. On ne peut pas dire que ce sont des nouvelles, d’une part parce que ce sont des récits qui loin d’inclure imagination ou créativité visent au contraire à l’exactitude et la précision. Ils sont brefs, négligeant les détails ils tracent à grands traits la situation. Ce sont des croquis. Ce carnet rouge est un carnet de croquis, de notes. Il n’y a pas eu rédaction. Ces notes ne sont pas rédigées comme le seraient des nouvelles et l’on n’a donc pas le plaisir du style de Paul Auster. L’écriture est minimum. Elles sont un aide mémoire à l’usage d’Auster lui-même.
   
   Ce carnet, dans son caractère privé, pourrait nous donner une image de l’auteur et ce serait sans doute ce qui se passerait si au lieu de plusieurs petits carnets thématiques de couleurs différentes, Auster prenait toutes ses notes dans le même gros carnet. Mais ce n’est pas le cas. Nous avons donc un carnet spécialisé dans les histoires étranges ou extra-ordinaires ce qui, si nous nous y limitons donne l’image d’un auteur ne s’intéressant qu’à ces choses et focalisant son attention sur les bizarreries en négligeant la règle générale. Reconnaissons que ce ne serait pas rendre justice à Paul Auster.
   
   D’autre part, cette collection présente le défaut commun des spicilèges: poussé par le désir de les accroître, le collectionneur accepte des pièces incertaines ou médiocres qui, s’il n’y avait eu ce désir de souligner leur bizarrerie pour les ajouter à l’ensemble, n’auraient pas frappé par leur étrangeté. De même, s’il n’y avait été poussé par son désir de collectionneur, sans doute Auster aurait-il réfléchi davantage à la probable explication de sa dernière histoire. Tout collectionneur est leurré par le désir de se tromper lui-même sur la qualité de ses pièces.
   
   C’est donc une image faussée car orientée sur un seul thème que ce carnet nous donne de son auteur. Non, Auster n’est pas un homme naïf et enclin à la pensée magique.
   Pour cette raison, pour sa brièveté, pour son style minimum, je me demande une fois encore* s’il était bien justifié de publier ces notes. A mon avis non, maintenant, c’est à vous de voir.
   
   
   * comme pour «Pourquoi écrire?»

critique par Sibylline




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Seul dans le noir - Paul Auster

En ces temps obscurs...
Note :

   Un homme est seul dans la nuit, en proie à l'insomnie. Sa fille et sa petite-fille sont allongées sous le même toit, sans doute tout aussi réveillées que lui. Leur maison est une maison endeuillée. Et pour tenir à distance le chagrin et l'horreur dans cette longue nuit solitaire, notre homme ne trouve pas de meilleure parade que de se raconter une histoire: celle d'un jeune homme ordinaire qui se voit transporté, à son corps défendant, dans une réalité parallèle où les Etats-Unis d'Amérique présentent un visage bien différent de celui que nous leur connaissons aujourd'hui. Ils sont toujours en guerre, mais cette fois avec eux-mêmes, car les états favorables à Al Gore, lors des élections présidentielles d'il y a tout juste huit ans, n'y ont pas accepté la victoire de Georges W. Bush provoquant ainsi l'éclatement du pays et des scènes d'Apocalypse dignes des pires séries B...
   
   "Seul dans le noir" nous promène constamment entre la songerie d'August Brill, puisque tel est le nom de notre insomniaque, et ses retours à une réalité pénible et douloureuse. La construction du nouveau roman de Paul Auster se révèle à cet égard assez simple et linéaire, mais elle est aussi diablement efficace. La tension entre la médiocrité de l'histoire que se raconte August Brill et ce que nous découvrons peu à peu de sa vie réelle - il fut un critique littéraire aussi intransigeant qu'enthousiaste, et il s'est depuis quelques temps laissé entraîner par la passion de sa petite-fille pour ce que le cinéma peut offrir de meilleur, les chefs-d'oeuvre des Renoir, de Sica, Ray ou Ozu... - tire sans cesse l'attention vers l'avant. Vers une conclusion qui claque comme une gifle et qui impose presque brutalement je ne dirai pas le sens de cette fable surprenante - car c'est bien plutôt d'une absence de sens qu'il faudrait parler - mais sa cohérence.
   
   Voici un roman qui pourrait marquer un tournant dans l'oeuvre de Paul Auster. Peut-être vers plus de simplicité et d'efficacité. Cela en faveur d'un engagement manifeste car "Seul dans le noir" est, entre autres choses, une prise de position politique portée à un degré d'intensité dramatique inégalé.
   
   Extrait:
   
   "Renoir then cuts to Gabin and Dalio running through the woods*, and I'd bet money that every other director in the world would have stayed with them until the end of the film. But not Renoir. He has the genius - and when I say genius I mean the understanding, the depth of heart, the compassion - to go back to the woman and her little daughter, this young widow who has already lost her husband to the madness of war, and what does she have to do? She has to go back into the house and confront the dining room table and the dirty dishes from the meal they've just eaten. The men are gone now, and because they're gone, those dishes have been transformed into a sign of their absence, the lonely suffering of women when men go off to war, and one by one, without saying a word, she picks up the dishes and cleans the table." (pp. 17-18)
   
   * Dans "La Grande Illusion"
   
   Titre original: "Man in the Dark"
    ↓

critique par Fée Carabine




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Choix cornélien
Note :

   Deux récits bien distincts s’accolent pour ce roman. Tout d’abord, un vieillard handicapé occupe ses nuits blanches à inventer des histoires qui lui évitent de ressasser sa réalité.
   
   Ce vieil homme étant un écrivain, ces histoires témoignent d’une imagination riche et sont diaboliquement bien orchestrées. J’ai d’ailleurs tort de dire "ces histoires", car, si l’on sait qu’elles sont nombreuses, une seule nous est donnée à voir. Mais quelle histoire!! Auster a transformé les théories les plus subtiles de la création littéraire en situations, en actes d’aventure débridée, avec morts violentes et coups de feu. Tout plein d’une vie et d’une réalité étonnante malgré le thème uchronien, ce récit dans l’histoire met finalement ses personnages dans une situation totalement inextricable. L’auteur a manœuvré avec art, il a bien placé ses pièces. Ils sont «pat»! (et le lecteur -habituellement si généreusement pourvoyeur d’avis et de conseil- aussi, par la même occasion. On se sent bel et bien coincé). Cela m’a fait penser à une nouvelle de Mark Twain dans laquelle il met ses personnages dans une situation tellement insoluble qu’il est incapable de trouver la moindre issue et rend son tablier, plantant là personnages et roman. Auster n’aura pas cette lâcheté (volontaire et comique chez Twain) et donnera à son «pat» la conclusion habituelle.
   
   Second récit, mêlé au premier: De son côté, la vie du vieil écrivain physiquement amoindri, se déroule dans cette maison qu’il partage avec sa fille et sa petite fille. Tous trois ont subi un deuil cruel et œuvrent à surmonter leurs blessures. Ils s’épaulent, s’aiment, s’entraident… ils sont, sans exigence ni contraintes, tout ce qu’il leur reste les uns aux autres. Ce nœud, ce nid, est le cœur de leur vie, celui également de cette œuvre. C’est fort et beau.
   
   J’ai préféré encore ce "Noir" aux "Brooklyn follies" pourtant déjà bien appréciées. Ceux qui ne connaissent pas ou pas beaucoup l’œuvre de Paul Auster, trouveront ici de quoi être bien accrochés à leur tour. Quant à ceux qui la connaissent, ils se régaleront comme moi de plusieurs clins d’œil, jusqu’à ce bon vieux Mr Blank qui réapparaît (ou presque!) page 76.
   
   Si je vous disais que j’ai failli mettre 5 étoiles à ce dernier Auster? Vous comprendriez à quel point il m’a convaincue. Et si je ne l’ai pas fait, c’est pour une unique raison, un détail en plus! (mais avec Paul Auster on est en droit d’être très exigeant): l’allusion à Giordano Bruno!
   "- Le nom de Giordano Bruno vous dit quelque chose?
   - Non. Jamais entendu parler de lui.
   - Un philosophe italien du XVIème siècle. Il soutenait que si dieu est infini, il doit y avoir un nombre infini de mondes.
   - Oui, cela me paraît logique. A supposer qu’on croie en dieu." (pages 74/5)

   J’ai détesté. Je n’étais pas là pour lire le Da Vinci Code et la masse bourbeuse de tous les romans inspirés de secrets pour initiés de la Renaissance italienne m’a sauté à la mémoire et… bref. NON. Pas aimé. On aurait gagné à s’épargner la simili caution culturelle.
   
   Mais c’est bien tout, alors vite!! Lisez-le!
   
   
   PS : Je trouve la couverture vraiment moche. Son seul intérêt semble être que, dans une grande librairie, on repère sûrement la couleur de loin…
    ↓

critique par Sibylline




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Auster's back!
Note :

   August Brill est un vieil homme veuf depuis peu. Ancien critique littéraire, il est cloué au lit depuis un accident de voiture survenu quelques mois auparavant, qui l'a laissé la jambe fracassée. Il vit chez sa fille, Miriam, qui ne se remet pas d'avoir été larguée par son mari, et Katya, sa petite-fille, les a rejoints, dévastée par la mort dans des circonstances atroces de son ex-petit ami, Titus. Seul dans le noir, August s'invente des histoires pour tenir la douleur à distance.
   
   Figurez-vous, curieux happy few, qu'entre Paul Auster et moi, c'est une histoire qui dure depuis 15 ans. Je l'ai découvert en 1993, par hasard, en ouvrant la "Trilogie new-yorkaise" et j'ai lu quasiment dans l'année tout ce qui avait été traduit. Il s'est passé quelque chose avec cet auteur, une rencontre. Ses obsessions (la solitude, la paternité), sa vision de la ville, sa plume, tout ne semblait s'adresser qu'à moi. J'ai même poussé le vice jusqu'à écrire un petit mémoire en littérature comparée sur "Moon Palace" (un roman qui m'a durablement et profondément marquée), c'est dire l'amour que je lui vouais. Et puis, comme dans toutes les histoires d'amour, les choses se sont tassées. Il a commencé à faire du cinéma et j'ai moins aimé ses écrits (je ne dis pas qu'il y a une relation de cause à effet, mais il est indéniable que ça a coïncidé), et déception après déception, j'ai arrêté d'attendre ses parutions avec impatience. Il y a même des romans que je n'ai pas lus, je l'avoue (je me suis arrêtée à "La nuit de l'oracle" que j'ai trouvé inabouti). Et cette année, quand j'ai vu fleurir les billets mitigés sur "Seul dans le noir", je me suis dit qu'en fait je n'avais pas vraiment envie de le lire. Sauf que. Sauf que j’ai lu un billet élogieux d’une lectrice déçue par les précédents qui m'a dit que j'aimerais celui-ci. Et elle me l'a prêté.
   
   Et, contre toute attente, chers happy few, j'ai adoré ce roman. J'ai retrouvé mon Paul Auster, le fabuleux écrivain, celui qui sait tricoter une histoire comme personne, qui sait camper des personnages fascinants en quelques lignes et qui a un imaginaire riche dans lequel j'aime me perdre. "Seul dans le noir" (je préfère d'ailleurs le titre anglais "Man in the dark") c'est le récit d'une longue nuit d'insomnie, durant laquelle August se raconte une histoire de monde parallèle, de guerre de Sécession et de vieil homme à abattre, récit entrecoupé de ses souvenirs réels, ceux auxquels il essaie d'échapper, la mort de sa femme, la souffrance de sa fille et de sa petite-fille et la façon dont chacune tente d'y faire face. Les liens qu'il entretient avec ces deux femmes sont très touchants, et le dialogue final avec sa petite-fille, qui le contraint à recréer pour elle l'amour qu'il portait à sa femme, est une très belle scène. J'ai beaucoup aimé la façon dont August se sert de la fiction, qui l'a accompagné toute sa vie, pour questionner le monde qui l'entoure, la guerre et la sécession étant la métaphore d'une autre guerre et d'un gouvernement détesté, le tout dans ce style inimitable typiquement austerien.
   Le meilleur Auster depuis longtemps.
   
   
   * Une vilaine couverture rouge, je préfère franchement la couverture américaine
    ↓

critique par Fashion Victim




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Un autre monde
Note :

   "Seul dans le noir", le dernier roman de Paul Auster est surprenant et vous plaira me semble t-il.
   
   Même ceux qui ne l'apprécient guère seront surpris, il n'y a pas la même ambiance que d'habitude. On est dans un autre univers, proche de celui de Jorge Borges pour certains passages, l'imagination d'un écrivain de renom August Brill ne s'arrête pas et elle va au delà de la création elle-même. L'écrivain se surpasse pour trouver une autre réalité, sortir de la sienne et inventer des possibles. C'est son rôle et peu importe les conséquences car elles sont toujours là, au détour d'une rue, d'un hélicoptère ou encore dans vos rêves. Ce soir, vous dormirez différemment, espérant que vous ne soyez pas au cœur de l'œuvre d'un Homme. Propulsé dans une réalité aux contours si vrais que le réel se superpose à un autre réel, une autre facette et d'autre temps s'offrent à vous.
   
   Après "Seul dans le noir", vous envisagerez la réalité d'une autre manière, sous un autre angle après cette lecture même si tous les possibles sont encore là, en gestation. Mais il y a surtout deux parties dans ce roman, un retour sur un homme, ce qui le caractérise, ses actions mais aussi son passé et sa manière d'être lui, d'être avec les autres, avec ses proches. Une belle histoire que je vous conseille très vivement d'embrasser afin de découvrir un autre monde.
    ↓

critique par Herwann




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De Brick et de broc
Note :

   Un monsieur âgé et handicapé, August Brill, se raconte une histoire la nuit pour occuper ses heures d'insomnies.
   Une histoire comme quoi il y aurait une autre Amérique qui aurait connu avec l'entrée dans le 21eme siècle une destinée divergente de celle que nous connaissons: des état auraient fait sécession et seraient devenus socialistes (du moins en intention), sous le nom d'Etats-unis indépendants.
   Les autres états (Washington Californie, tout le fief de Bush) auraient pris le nom de Pacifica. Les deux groupes d'état se feraient une guerre sans merci.
   
   Notre insomniaque jette dans cette tourmente, un citoyen vivant dans l'Amérique habituelle, Brick.
   Brick dormait tranquillement auprès de son amie... le voilà au fond d'un trou, avec un casque de soldat sur la tête.
   Il se retrouve en pleine guerre, caporal,et chargé d'une mission, tuer l'écrivain qui a créé cette Amérique démoniaque.
   
   Brill s'appuie sur Giordano Bruno «si Dieu existe, il a pu créer une infinité d'autres mondes».
   
   C'est presque tout. Car le jour, Dieu n'a pas créé grand chose de bon. L'insomniaque Brill ancien journaliste, vit avec se fille Miriam, et sa petite fille Katya: tous ont des problèmes de deuil respectifs et broient du noir, plus ou moins seuls. L'occupation préférée de notre homme est de regarder de vieux films au magnétoscope avec Katya et d'en faire une relecture à partir de l'attention portée à de petits détails restés souvent ignorés du spectateur moyen. Ainsi revoit-on d'un œil neuf Ozu et son «Voyage à Tokyo». La plupart des propos tournent autour de la condition féminine.
   
   L'histoire de Brick dans l'autre monde pourrait avoir une certaine force, mais elle tourne court, le vieux monsieur n'ayant pas envie de la poursuivre: c'est l'aube, et Katya sa petite fille vient le rejoindre pour lui demander de raconter sa vraie vie à lui. Qui, on ne s'en étonne pas, sera assez proche de celle de Brick...
   
   C'est un récit agréable, avec des réflexions pertinentes, mais un récit de bric (de Brick?) et de broc, pas un roman cohérent. J'ai préféré «Dans le scriptorium» malgré son côté... austère, et plus encore «La Nuit de l'oracle», pratiquement mon préféré...
   
   Mais "Seul dans le noir" a ses aficionados... je serais plutôt d'accord avec ceux qui regrettent que l'histoire de Brick ne soit pas plus développée...

critique par Jehanne




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Invisible - Paul Auster

Le plus hot des Auster
Note :

   Paul Auster ne nous avait pas habitués à des scènes de sexe très explicites, voilà qui est fait maintenant. Je dois cependant avouer que, pas plus que cette lacune ne me gênait, je ne suis emballée par l’innovation. Mais bon, pas dérangée non plus. C’est comme il veut. Je note le changement, sans plus.
   
   Je n’ai pourtant pas totalement accroché à ce nouveau roman J’ai retrouvé une sorte de malaise que j’avais déjà éprouvé avec ses deux derniers romans. C’est quelque chose de léger et qui s’était dissipé au cours de la lecture des précédents, mais qui a par contre perduré avec ce dernier. Cependant, j’ai du mal à expliciter ce sentiment, je dirais une impression d’insuffisance mais sans bien parvenir à pointer du doigt ce qui me semble insuffisant. Bon, revenons à notre invisible.
   
   Pour ce roman, Auster a particulièrement travaillé sa construction. On sait qu’il aime bien les structures complexes, les jeux sur les noms, les connivences, les clins d’œil –et ses lecteurs les aiment bien aussi- De ce côté, il s’est surpassé. Le premier chapitre est écrit à la première personne. Cette première personne est Adam Walker, brillant élève à l’université, promis à un grand avenir en particulier dans les Lettres, il n’a en fait rien fait qui l’ait rendu célèbre. Mais nous le voyons ici à ses débuts qui, peut-être, nous expliqueront comment-pourquoi il en fut ainsi.
   Adam commence juste à écrire, son rêve absolu est de créer une belle revue littéraire et de l’animer, mais l’entreprise demande un énorme investissement qu’il n’a pas. Il rencontre un jour à une soirée un homme qui, sans le connaître davantage et sans qu’il ait même demandé quoi que ce soit, lui propose de financer toute l’entreprise.
   
   Premiers bémols chez moi qui trouve toute cette histoire superficielle et vraiment peu vraisemblable. La scène de l’invitation à dîner qui s’en suivra est scabreuse, pénible et pas beaucoup plus crédible. C’est d’autre part une scène qui attire beaucoup l’attention alors qu’elle ne me semble pas tellement faire avancer l’histoire et qu’elle ne sera jamais vraiment expliquée. J’ai trouvé que ça tombait un peu comme un cheveu sur la soupe et que si c’était juste pour avoir une scène choc exacerbant les caractères, on aurait pu avoir plus original.
   Tout cela se termine d’ailleurs avec le chapitre, plutôt mal pour Adam et là encore d’une façon que je n’ai pas vraiment saisie. L’acte du mécène qui le choque tellement (et que je ne veux pas divulguer ici) ne m’a pas paru à moi si injustifiable et à partir de là, j’ai eu du mal à admettre toute l’horreur éprouvée par Adam. Auster aggrave d’ailleurs le "crime" par la suite, ce qui m’a donné à penser qu’il sentait peut-être également que son accusation était un peu légère (mais ce n’est là que supputation de ma part). Sans compter que la légèreté des motifs du généreux financement n’a jamais été réduite malgré là aussi une tentative de l’auteur.
   
   Au terme de ce premier chapitre, le second commence, toujours à la 1ère personne… mais ce "Je" n’est plus le même. C’est cette fois de James Freeman, camarade d’étude de Walker à Victoria, qui parle. La majeure partie de leur existence a passé, Adam l’a contacté pour lui annoncer qu’il est mourant et qu’il ne parvient pas à mener à bien l’écriture du roman autobiographique dont il vient de lui donner à lire le premier chapitre. Jim, qui lui est devenu un écrivain à succès, lui donne le conseil de se distinguer davantage du récit et de se méfier du "Je" de narration. C’est là que se justifie le titre " Invisible" et nous repartons avec la suite de la vie d’Adam à la deuxième personne. A mon avis, exercice de style particulièrement "casse gu…" s’il en est…
   
   Avec le chapitre 3, nous arrivons naturellement à l’usage de la 3ème personne (j’ai lu il y a quelque temps un roman qui avait adopté cette même façon de faire, mais je n’arrive absolument pas pour l’instant à retrouver lequel c’était) et nous poursuivons les aventures qui feront qu’Adam Walker ne deviendra pas le célèbre écrivain qu’il promettait d’être.
   Le quatrième chapitre retrouve le "Je" qui est Freeman et le roman se termine par la reproduction du journal intime d’un des personnages des mésaventures d’Adam concernant cette époque et la suite.
   
   Je crois que mon gros problème a été de ne vraiment pas aimer Adam Walker que j’ai trouvé constamment lâche, pusillanime et de ne pas trouver les ressorts psychologiques de l’affaire vraiment crédibles, sans parler de toutes les pistes qui seront finalement laissées à l’abandon… Non. Paul Auster garde mon estime, mais cet "Invisible", qui, c’est vrai cependant, se lit d’une traite, ne m’aura pas totalement convaincue.
   
   
   PS : Et puis alors, je ne sais pas ce qui se passe avec les couvertures, mais Actes Sud qui nous en fait d’habitude de chouettes dote encore Auster d’une couv' min… moche –je vais dire ça- et ce n’est pas la 1ère fois.
    ↓

critique par Sibylline




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Superbe!
Note :

   Encore une fois, Paul Auster nous surprend avec ce superbe roman. Entre fiction et réalité, on navigue sans visibilité où plutôt trop ou pas assez, on se laisse guider pour ne plus savoir ensuite quoi en penser. Est-ce une histoire vraie, une fiction allez savoir en tout cas, cela mérite quelques compliments et que vous fassiez rapidement une idée par vous-même. un superbe roman à découvrir de toute urgence.
   
   L'année clé c'est 1967, cela aurait pu être également le titre de ce roman, vous saurez le pourquoi du comment bien assez tôt, plongez dans la vie de Adam Wlaker, un étudiant en littérature qui lors d'une soirée fait une étrange rencontre avec un français, Born, également professeur et sa compagne Margot, ombre de la nuit. Leurs destins sont quelque part scellés et l'on suit pas à pas cet histoire de vie qui se déroule sur près de trois décennies avec des évènements qui marqueront à jamais le jeune Adam qui ne saura jusqu'à la fin de ces jours s'en détacher. Rencontre également avec Gwyn, sa magnifique sœur avec laquelle leur rapport sont proches, très proches même, entre fantasme et désir, les sentiments du jeune Adam oscillent. Il est aussi question de leur jeune frère, de celui qui n'est plus que fragments de mémoire qui s'estompent avec le temps, la vie de famille qui vole en éclats, le départ vers l'ailleurs, le destin qui suit inéluctablement cet homme pour qu'il puisse faire face, allez savoir, il n'a que 20 ans et quelques... Comment une vie peut-elle être marquée par quelques évènements...
   
   Un roman écrit sous des angles différents, par différentes personnes, à des personnes différentes, le recul est là pour nous donner à penser, à réfléchir à se mettre dans la peau de tel ou tel personnage, de s'enhardir et de faire des amalgames. Rien n'est certain et les lieux se voilent au fil des pages, seul Paris reste réel et peut être Quilia, cette petite île perdue.
   
   Une écriture belle, limpide, qui coule et comme on aimerait en rencontrer plus souvent, le récit vous prend par la main pour ne plus vous lâcher. Des thèmes comme la disparition, l'amitié perdue, la fuite, la mort, les rapports à la société, les doubles jeux, voire les triples, la beauté, l'ennui, les espérances et les rêves perdus et tant d'autres encore...
   
   Tout simplement superbe.
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critique par Herwann




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Pluralité de narrateurs
Note :

    Adam Walker, vingt ans, étudiant à l’université de Columbia, rencontre au cours d’une soirée où il s’ennuie, Rudolf Born et son amie Margot, Ils sont trentenaires, Rudolf est déjà professeur, Margot énigmatique femme en noir est sa compagne.
   Adam étudie la poésie des troubadours provençaux du Moyen-âge et trouve intéressant voire révélateur, que l’homme porte le même nom qu’un de ces poètes, Bertrand de Born.
    Mais Bertrand de Born n’était pas un poète du fin’amor : c’est la guerre qu’il chantait. Dante l’a envoyé en enfer, dans l’un des Cercles les plus douloureux.
   De fait, Rudolf Born, pendant cette soirée, professe des idées d’extrême-droite, qui ne peuvent que choquer le jeune Adam…
    A la fin de la soirée, pourtant, l’étudiant et le jeune professeur se sont si bien entendus que Rudolf a proposé à Adam de lui assurer son avenir, en finançant un magazine dont il serait le rédacteur en chef. Deux jours se passent, il lui a signé un gros chèque et il s’efface opportunément à Paris, tandis que Margot lui offre son corps et ses repas succulents…
   Qu’est-ce qu’ils me veulent? pense Adam, dans ses instants de lucidité.
   
    Rudolf sait trop de choses sur lui! À quoi doit-il sa bonne fortune, et comment pourrait-elle durer?
   Il est tombé sur un individu à priori animé d’excellentes intentions à son égard mais énigmatique et qui se révèle l’une des pires rencontres que l’on puisse faire...
   
   Ce récit date de 1967. Trente ans plus tard Adam est au bord de la tombe, et c’est Jim l’un de ses ancien congénères de Columbia, qui vient de recevoir son texte. Avant de mourir, Adam veut écrire le récit de sa vie, pendant cette année 67 qui décida de toute son existence ultérieure. A son ami, il lègue son premier récit et deux autres, le second écrit à la deuxième personne, le troisième conté par un narrateur omniscient, comme si Adam devait prendre du recul face à des événements éprouvants. Ecrit à la va-vite, car il n'a plus le temps...
   
    Ce roman est typique d’Auster. On y retrouve ses thèmes favoris, pour commencer le problème de l’antisémitisme.
   Adam est juif, et ce titre "Invisible" c’est son sentiment de devoir se dissimuler. Sa famille portait un nom polonais imprononçable qui a été anglicisé en "Adam Walker" (idem pour Sid dans "La Nuit de l’oracle").
   L’un des personnages de cette Nuit, se dissimulait dans un abri anti-nucléaire... dont il ne sortait pas, car Sid ne savait pas comment continuer l"histoire.
   
   Ici, guidés si j'ose dire! par l'invisibilité du titre, nous attendons que plusieurs personnages se rendent invisibles, dissimulant leur véritables personnalité, leurs sentiments, leurs actions leurs motivations.
   C’est vrai surtout de Born, mais les autres vont se révéler plutôt transparents.
   
   La pluralité de narrateurs-personnages apporte au roman une apparence de complexité. Ici, nous en avons trois : Jim est en train de lire le récit d’Adam, qu’au début nous croyons être seulement de lui ; on apprend progressivement à quel point Jim peut et doit l’avoir transformé...
   
   Deux écrivains amis, dont l’un recueille le récit de l’autre qui ne peut aller plus loin, va le mettre en forme, et se faire un devoir de poursuivre des investigations pour mieux comprendre cette existence qui s'offre à lui : c’est aussi plus ou moins l’intrigue de "Léviathan" qui est ici reprise. Jim devient une sorte de double d’Adam, et nous allons bientôt comprendre que les textes que nous lisons sont à la fois les siens et ceux d’Adam à qui il aura servi de "nègre" littéraire, volontairement et par amitié.
    Jim devient narrateur à son tour pour raconter sa réception du récit, les événements qui suivirent, ses recherches ultérieures.
   Un troisième narrateur intervient, Cécile, qui clôt l’ouvrage …
   Ces récits à plusieurs voix sont fréquents chez Auster.
   A quoi servent-il dans ce cas? N’aurait-ce pas été plus simple de donner le récit d’Adam et celui de Cécile, et, pour que nous ayons la version de cette femme, de faire se retrouver Adam et Cécile?
   Encore que la version de Cécile n'étonne pas le lecteur, qui avait compris depuis longtemps le personnage de Born. Et ce qui arrive à Cécile aurait pu tout aussi bien arriver à Adam...!
   
   Bref, Auster aurait pu se borner à relater le récit d'Adam, l'année 1967, puis le retrouver plus tard pour une ultime confrontation peut-être plus décisive que celle qui oppose la narratrice Cécile à Rudolf Born. Cécile reste un personnage secondaire dont on n'attend pas grand chose. Je ne vois pas l'intérêt d'avoir rendu Adam incapable de continuer sa narration. Le fait que sa sœur nie une partie de son récit la concernant ne m'a pas intéressée non plus. Cette sœur, belle, brillante, surdouée, nous-dit-on, n'a rien de surprenant dans les mots...
   
   D'autres personnages ne tiennent pas leur promesse, notamment Margot, qui s'avère n'être rien de plus que ce qu'elle paraissait au départ...
   
   Auster cherche à déconcerter le lecteur.
   Ce n'est pas nouveau, et l'on aime bien qu'il nous "perde" ainsi. Si le jeu en vaut la chandelle... je ne suis pas sûre que ce soit le cas dans ce nouvel opus.
   
   Le thème de l’inceste, je ne me souviens pas de l’avoir déjà rencontré chez Auster (mais je suis loin d’avoir tout lu de lui). Remarquons aussi les descriptions d’actes sexuels frénétiques, et l’importance qu’Adam accorde à la sexualité. Ces descriptions ne sont pas ce que j’ai préféré dans le roman ; je ne les ai pas trouvées originales. Peut-être n'est-ce qu'un début, et allons nous découvrir un Auster plongeant dans l'érotisme, sur le tard. Je doute qu'il y excelle...
   
   Narration, description et dialogues sont pourtant bien équilibrés.
   
   Les parties plus anecdotiques du récit concernant la vie quotidienne des personnages sont étonnamment justes. Notamment, j’ai aimé la façon dont Adam Walker relate son expérience de magasinier dans une bibliothèque universitaire. Pour avoir connu moi-même une pratique similaire, je ne peux que saluer la remarquable pertinence du propos.
   
   Dans l’ensemble ce roman est mieux construit que "Seul dans le noir", plus cohérent, dans la mesure où le fil conducteur est le personnage de Rudolf Born, fil qui n’est jamais perdu de vue.

critique par Jehanne




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Sunset Park - Paul Auster

Ruines du rêve américain
Note :

   Rentrée littéraire 2011
   
   
   Miles Heller est responsable de la mort accidentelle de son demi-frère et, traumatisé, il a abandonné ses études et même sa famille il y a quelques années pour errer en vivant de jobs minables. En ce moment, il est déménageur "post-apocalyptique" dirais-je, ce qui signifie qu'il est chargé de débarrasser les nombreuses maisons récupérées par les banques à la suite de faillites familiales, des dernières traces et biens de leur propriétaires. Par essence, c'est un job démoralisant mais c'est également un métier de brute (car les maisons ont souvent été vandalisées par les expulsés) et en même temps, dans ce monde de la misère, un métier "en or" car les récupérations intéressantes n'y sont pas rares et peuvent être lucratives. Mais Miles ne mange pas de ce pain-là et tout ce qu'il prend là-bas, en dehors de ses heures de travail, ce sont des photos. Il aime photographier. Il témoigne de ce monde qui ne profite pas de la richesse de l'Amérique, de ces "revenus modestes" qui ont cru, à force de travail et d'économies pouvoir devenir petits propriétaires et qui ont été balayés par le chômage les dettes et les traites impayées au point de se retrouver à la rue avec toute leur famille. La nouveauté, c'est qu'il ne s'agit plus là de cas exceptionnels mais d'une vague gigantesque qui peut toucher et emporter tout le monde.
   
   Bientôt, menacé, Miles doit quitter précipitamment la région. Il choisit de retourner à New York où un ami d'enfance squatteur lui propose une chambre dans la maison qu'il occupe avec deux colocataires. "Sunset Park", c'est le quartier où se trouve cette maison. Ici, description d'une nouvelle misère: celles de tous les jeunes, étudiants ou pas encore lancés dans la vie active, sensément l'avenir de la nation mais qui eux non plus n'ont plus les moyens de se loger déjà en peine qu'ils sont de subvenir à leurs besoins alimentaires ou universitaires. Dans la maison, hormis Miles, il y a Bing son ami qui encadre et restaure des objets plus ou moins anciens en opposition au "jeter-racheter" qui devient la norme, il y a Ellen dessinatrice qui ne peut ni percer ni améliorer son art, passant son temps à travailler dans une agence immobilière et Alice qui économise sur tout pour parvenir à finir sa thèse sur le difficile retour au foyer des GI de la seconde guerre mondiale. Auster développe beaucoup d'idées et de réflexions très intéressantes au sujet des travaux de ces trois-là, en particulier les deux filles.
   
   En arrière plan, avec les parents de Miles et leurs proches, la génération précédente qui a parfois réussi à donner corps à ses rêves (le père de Miles est éditeur et sa mère actrice de renom) mais qui elle aussi est aujourd'hui mise en danger par le marasme général et va peut-être, au moment où elle devrait plutôt rêver à sa retraite, voir s'effondrer tout ce qu'ils avaient bâti jusque là.
   
   Le livre de Paul Auster est un livre pessimiste, un bilan négatif de l'Amérique d'aujourd'hui, un tableau de la détérioration générale qui a suivi le 11 septembre et n'épargne plus personne. Il témoigne par ailleurs de tout le savoir faire et la maîtrise littéraire de l'auteur avec une construction fine, pleine de fils rouges (comme le film ou le soutien à Liu Xiaobo par exemple) qui se tressent harmonieusement dans les différentes parties.
   
   Et je dois dire aussi que ce roman m'a beaucoup fait penser à "Tout ce que j'aimais" de Siri Hustvedt (livre que j'aime beaucoup). J'y ai retrouvé l'ami des parents qui est un artiste (écrivain ici, peintre là-bas), la mort d'un des enfants, les soucis avec un autre au caractère difficile, une thèse en train de s'écrire dont on discute abondamment, enrichissant le roman des idées qui s'y trouvent...
   J'y ai retrouvé aussi un ton profond et triste, une intelligence douloureuse des choses.
   Tous ces éléments font un très bon livre. Malheureusement, je ne sais quelle mouche a piqué Paul Auster qui m'a ennuyée à mourir de nombreuses pages sur le base-ball et les base-balleurs, beaucoup moins porteuses de signification profonde qu'il ne semble le penser, pratiquement incompréhensibles pour un lecteur européen et qui m'ont laissée bien songeuse...
   
   
   Pêchés au fil de la lecture, deux avis que je partage (parmi d'autres):
   
   "Les écrivains ne devraient jamais parler à des journalistes. L’entretien est une forme littéraire dégradée qui ne sert à rien d'autre qu'à simplifier ce qui ne devrait jamais l’être."
   
   
   "Nous ne devenons pas plus forts avec les années. L'accumulation de souffrances et de chagrins affaiblit notre capacité à supporter d'autres souffrances et d'autres chagrins, et comme ceux-ci sont inévitables, un revers même petit, s'il survient tard dans la vie, peut résonner avec la même force qu'une tragédie majeure quand nos sommes jeunes. La goutte d'eau qui fait déborder le vase."

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critique par Sibylline




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Sombre et lumineux
Note :

   Miles prend des photos d’objets abandonnés (livres, chaussures, poupées…), qu’il trouve dans des maisons que leurs occupants ont dû quitter «précipitamment dans la honte et la confusion», suite à des dettes, des faillites ou autres cessations de paiement… Il fait partie d’une équipe de quatre hommes chargée d’enlever ces objets, l’enlèvement des rebuts est d’ailleurs une activité en plein essor en raison de la crise économique et les photos qu’il prend se comptent par milliers, comme s’il voulait garder une trace de ces objets perdus, malgré les moqueries de ses collègues devant cette obsession photographique. Agé de 28 ans, il n’a pas vraiment de projet d’avenir. Il partage son temps avec Pilar Sanchez, une jeune femme âgée de 17 ans donc mineure, rencontrée dans un parc public alors qu’elle était en train de lire le même livre que lui «Gatsby le magnifique». Les parents de Pilar sont décédés et elle vivait jusque là avec ses trois sœurs ainées qui ont toujours une grande influence dans sa vie.
   
   Miles, quant à lui, a quitté sa famille et notamment ses parents qui en sont très malheureux, sans plus leur donner de nouvelle car il se sent responsable de la mort de son demi frère. Après sept ans de vie loin des siens, il se voit obligé, à la suite d’un chantage, de fuir cette nouvelle vie et il retourne alors à Brooklyn où son fidèle ami Bing Nathan l’accueille dans une maison qu’il squatte à Sunset Park, avec deux jeunes femmes: Alice, étudiante désargentée qui écrit une thèse et Ellen, artiste peintre inhibée. Ils emménagent tous les quatre à l’initiative de Bing dans cette maison laissée à l’abandon qu’ils occupent sans payer de loyer. Personne ne les surveille et ils s’y installent là sans rien demander à quiconque. Miles se rapproche ainsi du lieu de résidence de ses parents, qui ne sont cependant pas sans nouvelle, grâce à Bing qui les tient au courant en secret de la vie de Miles depuis son départ.
   
   Quel délice que ce dernier roman de Paul Auster. Difficile d’expliquer pourquoi j’ai autant aimé ce livre. En premier lieu la façon dont est habilement construit ce roman m’a plu, mais aussi les relations sentimentales mises en scène et le regard de l’auteur sur la solitude. Une fois de plus il nous offre des héros obligés de fuir, confrontés à la perte, un peu perdus, des moments de solidarité et de rédemption, de merveilleuses descriptions d’être humains en souffrance. Les relations tissées entre les gens sont exposées avec énormément de sensibilité, l’écriture est puissante et met en exergue des personnages extrêmement attachants.
   Un livre optimiste malgré la noirceur des problèmes auxquels sont confrontés les personnages, en raison des liens que nourrissent les protagonistes. Si la société abandonne parfois les gens, les relations individuelles sont au contraire riches et de grand moments d’humanité peuplent ce récit: les relations entre les quatre squatteurs notamment, l’amour que se porte Miles et Pilar, la grande amitié de Miles et Bing et enfin l’immense empathie de Bing pour les parents de Miles. Derrière la cruauté de la vie et des banques, qui virent les gens de leurs habitations, les individus pris un par un s’épaulent. C’est sans doute ce qui m’a beaucoup touchée dans ce livre magnifique, à la fois sombre et lumineux.
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critique par Éléonore W.




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Cliché !
Note :

   Mike Heller 28 ans travaille en Floride à vider les maisons que leurs propriétaires ont dû délaisser, surendetté par la crise des subprimes. Ce jeune homme a interrompu ses études et ne voit plus ses parents, suite à un drame qui a coûté la vie à son frère adoptif et dont il se sent responsable.
   
   Ici en Floride, il a rencontré Pilar une très jeune et très brillante lycéenne. C’est l’amour, partagé en plus! mais Mike doit s’éloigner. Pilar est mineure, et une de ses sœurs veut le dénoncer.
   
   Mike va s’installer dans un squat à Brooklyn Sunset Park. Là il vit avec d’autres jeunes gens : Alice thésarde persévérante, Ellen artiste peintre cherchant sa voie entre Lucian Freud et Egon Schiele, non sans un petit côté… Rustin! Et Bing, grand cœur généreux, brocanteur, à la tête d’un "hôpital des objets cassés" et bassiste de jazz.
   
   Mike doit aussi revoir ses parents, (père, belle-mère, mère...) et peut-être reprendre contact avec eux.
   
   Nous suivons ces personnages pendant un an environ. Je dois dire que les premiers moments passés, je me suis ennuyée, et j’ai passé des pages. En particulier celles qui concernent les parents de Mike. Le père éditeur en faillite, la mère actrice pour du théâtre expérimental, son deuxième époux, le belle-mère enseignante et dépressive, tout cela est tellement prévisible... et plein de clichés! La vie des ces personnages, pourtant intelligents et sympathiques ne m’a pas du tout intéressée.
   
   J’étais partie sur le devenir des jeunes, et n’ai pu supporter les aînés... chez les jeunes non plus rien de surprenant, mais j’ai aimé les personnage de Bing et Ellen, un peu moins la "thésarde". La jeune Pilar n’a guère de relief : au début elle est prometteuse (l’ énoncé de ses pratiques sexuelles…) ensuite elle ne fait rien d’autre que d’être intelligente et jolie, et l’amour entre elle et Mike n’évolue pas. On en reste au bon vieux coup de foudre qui s’éternise. Lorsque l'intrigue devient intéressante, c'est la fin de l'histoire!
    ↓

critique par Jehanne




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Trop fouillis pour moi
Note :

   Sunset Park est un roman américain écrit par Paul Auster pendant la crise de 2008, et qui a été publié en 2010. Son éditeur français est Actes Sud et sa traduction est de Pierre Furlan.
   
   C’est sa quatrième de couverture, particulièrement intéressante, qui m’a donné envie de le lire, aussi je vous la livre in extenso, ce qui vous donnera une idée de l’histoire.
   
   Quatrième de couverture :

   
   "Parce qu’il s’est toujours senti coupable de la mort accidentelle de son demi-frère, Miles s’est banni de sa propre histoire. Il a quitté sa famille, abandonné ses études, et travaille, en Floride, à débarrasser les maisons désertées par les victimes des subprimes. Amoureux d’une fille trop jeune, passible de détournement de mineure, Miles fait bientôt l’objet d’un chantage et est obligé – encore une fois – de partir. Il trouve alors refuge à Brooklyn où son fidèle ami Bing Nathan squatte une maison délabrée, en compagnie de deux jeunes femmes, elles aussi condamnées à la marge par l’impossibilité d’exprimer ou de faire valoir leurs talents respectifs.
   Désormais Miles se trouve géographiquement plus proche de son père, éditeur indépendant qui tente de traverser la crise financière, de sauver sa maison d’édition et de préserver son couple. Confronté à l’écroulement des certitudes de toute une génération, il n’attend qu’une occasion pour renouer avec son fils afin de panser des blessures dont il ignore qu’elles sont inguérissables…
   Avec ce roman, Paul Auster rend hommage à une humanité blessée en quête de sa place dans un monde interdit de mémoire et qui a substitué la violence à l’espoir.

   
   Mon avis :

   
   Bien qu’il n’y ait pas une énorme quantité de personnages, et que l’histoire soit finalement assez simple, je me suis complètement perdue dans ce roman, ne sachant plus qui était qui et qui faisait quoi, ce qui m’a obligée deux ou trois fois à rebrousser chemin dans ma lecture pour réviser les chapitres précédents. Il faut dire que la construction de ce roman – comme souvent chez Paul Auster – est complexe et qu’elle multiplie les digressions : dès qu’un nouveau personnage entre en scène, l’auteur nous raconte toute sa vie, introduisant toutes sortes de détails et de péripéties qui n’ont rien à voir avec l’histoire centrale. Cela donne l’impression qu’il n’y a pas vraiment de personnage principal et de personnages secondaires, que chacun a une égale importance, ce qui est sans doute une bonne idée dans l’absolu mais qui, dans sa réalisation, m’a laissée dubitative.
   
   Je me suis demandé plusieurs fois où l’auteur voulait en venir – ayant l’impression d’avoir affaire à un livre "fourre-tout" – s’il voulait dresser un portrait de l’Amérique en crise, ou si c’était l’opposition entre la jeunesse actuelle et la génération précédente qui l’intéressait, mais j’ai le sentiment qu’en fait Paul Auster ne cherche rien à démontrer du tout et qu’il ne raconte cette histoire que pour le seul plaisir de la raconter. Enfin, pour mieux dire, il m’a semblé que ce livre manquait un peu de fond et de nécessité.
   
   Par contre, la grande qualité qu’il faut reconnaître à cet écrivain, c’est son imagination débordante et sa capacité à créer des personnages.
   
   Malgré tout, ce livre ne me parait pas être le meilleur de Paul Auster : j’avais très nettement préféré "Seul dans le noir", où l’histoire était moins diluée, et où les événements étaient davantage creusés.

critique par Etcetera




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Chronique d’hiver - Paul Auster

Autobio
Note :

   Présentation de l'éditeur:
    
   "Trente ans après L'Invention de la solitude, Paul Auster pose sur son existence le regard du sexagénaire qu'il est devenu. Bien loin, cependant, du journal intime ou du classique récit autobiographique, cette Chronique d'hiver aborde la méditation sur la fuite du temps sous l'angle du compagnonnage que tout individu entretient avec son propre corps. C'est en effet de respiration, de sensation, de jouissance ou de souffrance, d'épiphanies charnelles ou de confrontations plus ou moins traumatiques avec la matière du monde qu'il est question à travers l'évocation, à la deuxième personne, d'un simple petit Américain du nom de Paul Auster, né dans l'immédiat après-guerre, et requis d'apprivoiser les espaces et le temps qui lui ont été impartis."

   
   
    Depuis la trilogie new-yorkaise jusqu’à "Chronique d’hive"r, Paul Auster n’a cessé de construire une œuvre singulière entre fiction et autobiographie. Dans ce récit qui se termine par ces mots amers : "Une porte s’est refermée . Une autre porte s’est ouverte. Tu es entré dans l’hiver de ta vie", le lecteur ressent tristesse et mélancolie. Cette porte qui s’est refermée est celle du temps de la vie, ardeur, passions, désillusions.
   
    Kaléidoscope d’une existence faite de bonheurs, de souffrances, de regrets, le récit se construit dans ces bribes de souvenirs qui reconstituent un parcours d’homme confronté à ses propres démons. De la révélation de l’amour physique à la révélation de l’amour d’une vie, Paul Auster s’introduit dans le labyrinthe de ses pensées pour essayer de cerner l’homme qu’il est devenu aujourd’hui.
   
   Un grand moment d’intimité avec l’écrivain new-yorkais.

critique par Michelle




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