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Auteur du mois d' août 2005
Ed McBain

   .

Biographie

   AUTEUR DU MOIS D'AOUT 2005
   
   Ed Mc Bain, de son vrai nom Salvatore Lombino est né en 1927. Il est mort en 2005 d'un cancer. Il a écrit de très nombreux polars qui se sont vendus à plus de 100 millions d'exemplaires dans le monde. Il a également participé à la rédaction de nombreux scénarios (« Les Oiseaux » pour Hitchcock ou pour la série Colombo, entre autres).

   
    Il a surtout connu le succès avec son équipe du 87ème commissariat d'Isola, ville qu'il n'a pas hésité à inventer totalement pour les besoins de sa série commencée dans les années 50, et qui l'a accompagné ensuite toute sa vie.
   
    Il a également publié d'autres romans policiers sous le nom d'Evan Hunter.

Bibliographie ici présente

  Cash cash
  La rousse
  Un poulet chez les spectres
  Vêpres rouges.
  La cité sans sommeil
  Isola Blues
  Le frumieux Bandagrippe
  87e District (Tome 3)
  Nocturne
  Coup de chaleur
  Envoyez la fumée!
  Mourir pour mourir
  87ème district (Tome 1)
  Dix plus un
 

Cash cash - Ed McBain

A manger aux lions
Note :

   Lu en une journée montre en main, au prix d'un brin d'insomnie malheureusement. Première lecture d'un Mac Bain et grosse impression. Dans la jaquette on mentionne l'intérêt de Michael Connelly, Elmore Leonard, Tony Hillerman et Stephen King pour l'oeuvre de Mac Bain. Je comprends. Mais si similitude il y a, je relèverais surtout Elmore Leonard, dans la même veine du polar qui se veut délibérément teinté d'humour dévastateur. J'y rajouterais Donald Westlake et Carl Hiaissen. Un cocktail détonant de tous ceux là.
   
   La qualité de la traduction doit y être pour quelque chose quoique non, c'est d'abord la construction et sa façon de faire avancer l'action qui est originale et rend la lecture si attrayante. Bravo quand même à Hubert Tézenas pour la traduction.
   
   L'histoire est loufoque, suffisamment complexe pour tenir en haleine jusqu'à la fin, et disons-le, jouissive ! Même pas envie de la raconter tellement elle est imbriquée dans des considérations qui pourraient paraître secondaires !
   
   Mais ; si vous aimez les polars, notamment ceux ci qui contiennent délibérément de l'humour. Si E. Leonard, D. Westlake, C. Hiaissen vous réjouissent, la piste Mac Bain est à suivre de près. Moi, j'y retourne !

critique par Tistou




* * *




 

La rousse - Ed McBain

Mitigé
Note :

   Me voici plongé dans le quotidien d'un commissariat. L'intrigue arrive vite? Ponctuée par les interventions de deux peintres en bâtiment pas vraiment doués. En plus, ils peignent tout en vert pomme?
   
   L'affaire se corse rapidement? Des filatures échouent? Des interrogatoires se perdent dans les méandres des textes de loi? Des infiltrations ne révèlent presque rien. Je suis invité à suivre plusieurs enquêtes simultanément. L'intrigue principale est rehaussée par l'histoire de deux incendiaires plus d'autres braqueurs. Cette enquête semble bien difficile à dompter. Au point que j'en viens à me demander, lorsque je vois qu'il ne reste plus que vingt pages à lire, comment l'intrigue va pouvoir se dénouer? Sans « Deus ex machina » bien sûr?
   
   Et bien, elle ne se dénoue pas sans cette aide. Les dernières pages m'infligent une série de coïncidences mal venues qui permettent à l'auteur de se libérer d'une intrigue trop complexe. On me livre, après coup, quelques indices qui auraient pu me titiller s'ils avaient été donnés au bon moment. Dommage mais c'est le lot des écrivains qui se lancent dans une complexité qu'ils n'arrivent plus à maîtriser. Les plus grands sont tombés dans ce piège.
   
   J'avoue n'avoir lu que ce titre d'Ed McBain et il faudrait donc que j'approfondisse un peu pour pouvoir juger de façon impartiale, mais j'ai l'impression d'avoir lu un livre alimentaire.
   Quant au style, il me semble un peu lourd. Beaucoup de dialogues sont maladroitement ponctués :
   « ? » dit Machin
   « ? » rétorqua Truc
   « ? » surenchérit Machin
   Etc?
   Un autre effet de style me chagrine un peu : Les répétitions. J'ai constaté à au moins quatre reprises l'usage de phrases commençant toutes par les même mots au sein d'un paragraphe. C'est un style utile lorsqu'il s'agit de faire monter la pression mais dans ces cas là, il ne s'agissait que d'énumérations sans réel intérêt
   
   Dans l'ensemble, je pense pouvoir oublier ce livre très vite, mais je vais quand même en lire un ou deux autres, par curiosité, et surtout par peur de me faire une fausse idée à cause d'un livre pas franchement abouti. De plus cette aventure fait référence à une autre déjà vécue.
   
   J'ai envie d'ajouter une dernière chose : Pour ceux qui aiment la beauté du hasard (comme celle que l'on subit dans les dernières pages de ce livre), allez vous perdre quelques heures du côté de Paul Auster qui manie ce dernier de main de maître.
    ↓

critique par Rhésus




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Trois enquêtes
Note :

   Le commissariat du 87ème district est fort occupé et en plus des peintres viennent rénover la casbah à grand renfort de peinture verte et de sarcasmes. Steve Carella, déguisé en clochard est chargé d’arrêter une bande de jeunes qui "s’amuse" à brûler les clodos endormis. Lorsque les inspecteurs reçoivent une lettre anonyme disant que le directeur des parcs et jardins de la ville va être assassiné s’ils ne déposent pas 5 000 dollars sur un banc du square, ils n’y croient pas trop et l’affaire semble simple. Ils préviennent néanmoins la personne concernée qui se rend malgré tout à un concert comme si de rien n’était. D’autres lettres suivront et d’autres filatures et les suspects sont tout de même suivis et d’autres actions malfaisantes se profilent.
   
   Trois enquêtes s’entremêlent : les lettres du "sourdingue" qui se fait appeler Mort Orrechio et joue au chat et à la souris, la bande de jeunes anti-clochards et une bande de petites frappes qui en veulent à la boutique d’un vieux…
   
   C’est dans cet apparent chaos que travaillent, comme dans un reportage, les inspecteurs du 87ème district, les personnages récurrents d’Ed Mc Bain. De filatures ratées en altercations qui tournent mal laissant sur le carreau les flics trop velléitaires, la tension se crée et on se demande comment tout ça va finir. Mais la narration est un coup de maître comme d’habitude avec McBain. L’homme connaît son sujet et sait raconter une histoire policière pour notre plus grand plaisir.
   
   Comme à la fin d’un match de foot, on dira que c’est grâce à toute l’équipe et surtout le mental !

critique par Mouton Noir




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Un poulet chez les spectres - Ed McBain

Médium
Note :

   Pour tout dire, j'avais choisi ce polar parce qu'il promettait de mêler enquête policière et paranormal. J'avais bien envie de voir les flics rationnels du 87ème commissariat se battre avec des fantômes. Comment fait la police officielle dans ces cas-là. Et d'abord, dans quels cas ? Ca existe, ça, les fantômes? Qu'y avait-il de vraiment paranormal dans cette histoire ? Voilà toutes les curiosités qui m'ont poussée à choisir ce Mc Bain.
   
   J'ai déjà lu des Mc Bain, et même plusieurs il y a quelques années et je dois dire que je les avais un peu oubliés. Je savais que je les avais bien aimés puisqu'il y en avait plusieurs dans ma bibliothèque, mais c'était à peu près tout.
   J'ai relu.
   
   C'est un assez bon polar noir américain. Le style est tout à fait acceptable et permet de lire avec plaisir et facilité cette histoire plutôt bien menée.
   
   Ca, c'est pour les compliments. Pour les reproches, je dirais que, malgré la perche que j'espérais tendre à l'originalité avec le choix d'une histoire aux limites du rationnel, nous sommes restés dans le tout de même « assez conventionnel ».
   
   Bilan : C'est bien écrit, c'est agréable et facile à lire, les personnages sont plutôt sympas et ont une vie privée (à défaut d'une très grande profondeur psychologique malgré les efforts de l'auteur) mais on n'est pas épaté. J'aime bien. Je lirai sans doute encore, mais je ne pense pas que Mc Bain révolutionnera ma façon de voir les choses, mais n'oublions pas qu'il l'a peut-être fait à l'époque, quand il a sorti sa série.
   
   Alors, Médium pour le paranormal et pour l'impression qu'il m'a laissée.

critique par Sibylline




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Vêpres rouges. - Ed McBain

Polar et religion
Note :

   Vêpres rouges. Vêpres pour religion, rouges pour le sang. Le sang car polar, religion car prêtre assassiné.
   
   Toujours à Isola (ville imaginaire, reflet dans l'imagination de Mac Bain de New York), au 87ème district, avec donc toujours Steve Carella et ses collègues pour enquêteur. Le ton est un peu plus grave que pour Cash Cash (plus délibérément dans la veine humoristique), parce qu'un prêtre est assassiné ? Pourtant Steve Carella le dira lui-même à Teddy, sa femme, il n'est plus croyant :
   
   « Il lui confia qu'il était troublé par le meurtre du prêtre. Non pas qu'il fût croyant ?
   -Tu le sais, Teddy, je n'ai pas mis les pieds dans une église depuis le mariage de ma soeur. Je ne crois plus à ce genre de trucs ?
   Mais curieusement, l'assassinat d'un homme de Dieu ?
   -Je ne crois même plus à ça, des gens qui se consacrent à une religion, n'importe laquelle. Je n'y crois plus Teddy, excuse-moi. Je sais que tu crois. Je sais que tu pries. Pardonne-moi.
   Elle prit ses mains dans les siennes.
   -Je voudrais pouvoir prier, soupira-t-il.
   Et il redevint silencieux. Puis il dit :
   -Mais j'en ai trop vu.
   Elle fit le signe « Pourquoi ? » (Teddy est muette)
   -Parce que ? c'était un prêtre. »
   
   Parce que c'était un prêtre donc. L'atmosphère s'en ressent, un brin plus sérieuse.
   C'est toujours aussi difficile à lire lentement (insomnie garantie quand vous l'avez attaqué !), et toujours autant agréable.

critique par Tistou




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La cité sans sommeil - Ed McBain

Bonne soeur.
Note :

   Ne pas s'attaquer à Mc Bain quand on n'a pas trop le temps de lire. Cette « cité sans sommeil » là m'aura contaminé, c'est pour le coup que j'ai dû me passer de sommeil pour en terminer la lecture.
   
   On est toujours à Isola (pas 2000, 87ème district !), clône transparent de N.Y.C.. Il s'y passe toujours plein de choses désagréables ; ici on retrouve une jeune femme étranglée dans un jardin public. Et donc on sollicite encore et toujours Steve Carella et ses collègues. Eh oui !
   
   L'équation s'écrit ainsi : Mc Bain égale crime à Isola 87ème district et enquête de Steve Carella.
   
   Bon, ce n'est pas bêtement du policier qui se prendrait au sérieux. Il y a du Elmore Leonard et Donald Westlake dans ce Ed Mc Bain. La jeune femme, c'est une nonne. Bon ! Mais une nonne qui a des implants mammaires ? ? Ah ! Je vous disais !
   
   Et comme abondance de biens ne nuit pas, Mc Bain nous entrecroise gentiment deux autres intrigues dans la principale. Histoire de faire monter la tension à la fin et puis ? parce que Mc Bain est quand même pas mal doué. Humour, décalage, mais respect des situations psychologiques, Mc Bain a tout pour nous empêcher de dormir ? tant que cette « Cité sans sommeil » n'est pas terminée.

critique par Tistou




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Isola Blues - Ed McBain

S’en passe des choses à Isola !
Note :

   Un bébé de six mois étouffé dans son berceau, sa baby-sitter violée et poignardée, des Jamaïcains, des Portoricains qui compétitionnent pour le contrôle du marché de la drogue (ça donne un portoricain quasi démoli à coups de batte de base-ball), un gang chinois qui évolue dans le même milieu, tout ça un soir de réveillon ! C’est la fête à Steve Carella et aux inspecteurs du 87ème District.
   
   Ed McBain n’a pas fait dans la simplicité pour ce 40ème épisode (incroyable non ?) du 87ème District (et de Steve Carella) ! Il est assez coutumier de ces enquêtes menées en parallèle au sein d’une même équipe, peut-être pour mieux rendre compte qu’un commissariat, au quotidien, ça n’enquête pas que sur une seule affaire à la fois comme la majorité des polars tendraient à nous le laisser supposer.
   
   Et toujours cette incroyable passion de Ed McBain pour ses personnages, inspecteurs au 87ème District. Notamment dans cet épisode, en élément périphérique, un drame psychologique entre Bert Kling, un des inspecteurs, et Eileen, sa compagne, également inspectrice …
   
   C’est touffu, très touffu. A lire sans trop de temps morts.
   
   Extrait :
   « - Ouais. Et … il m’arrivait souvent de penser que … si je pinçais un jour le type au mouchoir rouge sur le visage, je … l’abattrais sans un battement de cils. A cause de ce qu’il avait fait à … Mais … quand je … Le troisième coup l’a fait tomber sur le lit, Bobby, il était étendu, déja mort, j’en suis sûre. Mais … j’ai tiré le reste des … trois autres balles … dans son dos … le long de la colonne vertébrale. Puis j’ai jeté le revolver à travers la pièce et je me suis mise à crier.
   Karin regarda Eileen.
   Tu es encore en train de crier, pensa-t-elle.
   - La séance est terminée, annonça-t-elle.
   L’inspectrice hocha la tête.
   La psychologue se leva du bureau.
   - Nous avons du travail devant nous.
   Eileen demeurait assise, fixant ses mains. Tête baissée, mains sur le giron. Sans relever les yeux, elle murmura :
   - Je le hais, n’est-ce pas ?
   - Lequel ? demanda Karin, et elle sourit.
   - Bert.
   - Nous en parlerons, d’accord ? Je vous vois jeudi ?
   Eileen se leva.
   Regarda la psy droit dans les yeux.
   Resta silencieuse quelques secondes.
   Puis répondit :
   - Oui.
   C’était un début. »

   
   Et non, c’est la fin justement !

critique par Tistou




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Le frumieux Bandagrippe - Ed McBain

Lewis Carroll dans le texte
Note :

   Il est fou Ed Mc Bain ou quoi ? C’est quoi ce titre ? Vous achetez, vous, un « frumieux Bandagrippe » ?
   Ah, si vous connaissez Lewis Carroll, peut-être ! Et notamment « Le Jabrebocq », un poème qui commence ainsi :
   « Il brilguait ; slictueux, les tôves
   Giraient et gimblaient sur les loignes ;
   Mimeux étaient les borogroves,
   Et la molmerase horgrippait.
   
   « Mon fils, prends garde au Jabrebocq,
   A ses crocs acérés, à ses griffes puissantes !
   Evite aussi l’oiseau Jujube,
   Et le frumieux Bandagrippe ! »

   
   Tamar Valparaiso, jeune américaine de 20 ans, d’origine mexicano-anglaise, a commis, au sein de sa maison de disques, un premier album au titre passablement ésotérique : « Bandagrippe », paroles de Lewis Carroll ! Le clip vidéo a été tourné tendance sulfureux puisqu’il simule une tentative de viol sur sa personne, et, Barney Loomis, PDG de la maison de disques en question, s’apprête à lancer le tout comme on le ferait d’un nouveau savon, au cours d’une soirée spéciale à bord d’un yacht. Objectif : faire passer « Bandagrippe » comme « hit » sur les radios et faire accéder Tamar Valparaiso au rang de star (les choses vont si vite de nos jours !). Une opération Marketing du genre de celles qui tueront la chanson (aparté).
   
   Las, lors de l’interprétation par Tamar du clip, sur le yacht devant la centaine d’invités VIP, elle se fait kidnapper de manière violente par deux individus travestis respectivement en Yasser Arafat et Sadam Hussein (!).
   L’affaire arrive ainsi au commissariat du 87ème District, celui de Steve Carella qui se voit chargé de l’affaire. Ca ne se présente déja pas bien mais Mc Bain en rajoute une couche en interprétant un classique des polars américains : l’inimitié entre les services de police classiques et le FBI.
   
   L’enquête initiée par Steve Carella est en effet confiée à « une brigade d’intervention » du FBI, qui convie Carella à oeuvrer avec eux, dans un rôle du genre : « ramasse les papiers sales » !
   
   C’est classique. L’enquête est prenante. Tout ne se termine pas forcément en « happy end ». Il y a toujours autant d’études de caractères des personnages secondaires ou récurrents, conformément aux us et coutumes de Mc Bain. On ne s’ennuie pas une seconde.
   Que le titre ne vous fasse pas fuir !

critique par Tistou




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87e District (Tome 3) - Ed McBain

Compilation de 7 recueils
Note :

   La série des « 87éme District », mettant en scène Steve Carella et ses collègues ; Bert Kling, Meyer Meyer, … est incroyablement longue et féconde. Parmi ses congénères de série, celle-ci est probablement une des plus longues et c’est vrai que c’est toujours avec plaisir et émotion qu’on ouvre un nouvel épisode de la saga « Carella » et de son petit monde.
   
   Ed McBain a ceci d’original que, pour autant, ses personnages ne vieillissent pas à la vitesse réelle de parution des épisodes successifs. Le temps se contracte entre 1956, premier épisode du 87éme District et maintenant. Les personnages n’ont pas pris 50 ans, loin s’en faut.
   
   Il a aussi ceci d’original parmi les « polaristes » auxquels on pourrait le comparer que ses intrigues sont toujours imbriquées, soit qu’elles aient un rapport entre elles soit que, non, elles n’en ont pas, c’est simplement qu’il s’agit d’un reflet de la vraie vie où beaucoup de choses arrivent en même temps.
   
   « 87e District (Tome 3) » regroupe les romans écrits entre 1962 et 1966. Entre 1956 et 1999 on en compte pas moins de 50 ! à raison de parfois 4 par an ! Ca laisse songeur sur la prolixité de l’individu. D’autant que les intrigues sont souvent complexes, les pesonnages, principaux comme secondaires, très suivis. C’est une véritable vie virtuelle d’un commissariat américain qu’Ed McBain nous écrit. Comme si la vie réelle avait moins d’importance pour lui.
   
   Assez exceptionnel qu’on puisse lire d’affilée 7 polars du même auteur sans s’en fatiguer. C’est ce que j’ai fait. Sans dégoût aucun.
   
   Allez Carella, à bientôt !

critique par Tistou




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Nocturne - Ed McBain

48ème épisode
Note :

   Vous imaginez ça ! 48ème épisode ! Et ça n’est pas le dernier ! Il y en aurait une soixantaine jusqu’au dernier écrit en 2005 (car le monsieur est mort, en 2005).
   La Comédie Humaine versant américain ! ou version américaine, comme on veut.
   
   « Le téléphone émettait son bourdonnement quand Carella entra dans la salle des inspecteurs, où l’horloge murale indiquait 23h45.
   - Je suis là, déclara Parker en enfilant sa veste.
   Carella décrocha.
   - 87ème district. Inspecteur Carella.
   Et écouta.
   Hawes pénétra à son tour dans la salle en soufflant dans ses mains.
   - On arrive, promit Carella, avant de raccrocher. Pas la peine, garde-le, dit-il à Hawes, qui commençait à enlever son manteau. »

   
   Un début classique. On sait à quoi s’en tenir. Ca démarre illico.
   
   Alors, au menu cette fois : une vieille femme (qui s’avèrera ancienne pianiste concertiste) retrouvée tuée de deux balles de revolver à l’entrée de son appartement, en compagnie de son chat également flingué.
    Une jeune femme de dix neuf ans, tapineuse de son état, atrocement tuée avec multiples sévices, et retrouvée dans une ruelle (mal famée la ruelle), sous la neige.
   Un grand noir balèze retrouvé noyé dans sa baignoire au fond de son appartement et un homme, également mort, qui s’avèrera le souteneur de notre tapineuse précédente, proprement égorgé.
   
   N’en jetez plus ? Ok, j’arrête. Mais c’est que notre McBain aime imbriquer les intrigues, qui peuvent même n’avoir aucun lien entre elles, comme dans la réalité d’un commissariat lambda.
   
   Ca peut paraître gore, c’est surtout bien écrit, crédible, prenant. Saupoudré en outre de pointes d’humour, de tendresse, ce qui ne gâte rien.
   
   Tout à fait recommandable.

critique par Tistou




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Coup de chaleur - Ed McBain

Isola sous un soleil torride
Note :

   Isola. Son commissariat du 87ème district. Des morts, des crimes, à la pelle. Le soleil n’arrête pas le mal ! Steve Carella, Bert Kling, Meyer Meyer sont à la peine.
   
   A son habitude, Ed McBain entrecroise plusieurs intrigues, s’intéresse aux peines de coeur de Bert Kling qui, jusqu’au bout, croira pouvoir sauver son couple. Autant le dire, cette partie là ne se termine pas bien.
   
   « Il trouva Kling dans la salle de repos, en bas, peu après la fin de l’interrogatoire. La pièce était dans l’obscurité, Carella n’avait pas pris la peine d’allumer le plafonnier parce qu’il ne faisait que passer pour gagner la porte arrière du bâtiment et le parking où il avait garé sa voiture. Tout d’abord iI vit seulement quelqu’un allongé sur un des lits de camp, le visage tourné vers le sol. Puis il comprit que la personne pleurait. Et puis il reconnut Bert Kling.
   Il s’approcha du lit.
   Il s’assit sur le bord.
   Il posa la main sur l’épaule de son ami.
   - Raconte-moi, dit-il. »

   
   Pas drôle, hein, la fin ?
   
   Mais il aura fallu, avant d’en arriver là, résoudre des affaires bien tordues, ou simplement sordides.
   Echapper également à un ancien «client» ressorti de prison bien déterminé à se venger. Se lancer sur la piste de dealers …
   
   On ne s’ennuie pas chez Ed McBain, et, bon sang qu’il fait chaud !

critique par Tistou




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Envoyez la fumée! - Ed McBain

Dingues et macchabées
Note :

   Titre Original : Where There’s Smoke
   
   
   L’inspecteur Smoke (d’où le titre) est en retraite mais n’arrive pas vraiment à décrocher de son métier. Et parce qu’il a un jour résolu une affaire de bijoux volés, il se croit en droit de mener cette nouvelle enquête qui concerne une affaire de cadavres volés cette fois.
   
   Donc on vole un cadavre. Puis on le restitue. Puis on en vole un autre, un meurtre est commis lors de ce vol. Une fille croit dur comme fer qu’elle est Cléopâtre réincarnée et Benjamin Smoke se retrouve au milieu de tout ça. Cette affaire à l’apparence très embrouillée est simplissime et le lecteur, parvient, avec un minimum de gamberge, à la résoudre au milieu du roman dont l’intérêt se situe dans ses descriptions de quartiers de la grande ville – dont on ignore le nom – est-ce New York ou Washington? – certaines rues sont même estampillées avec des lettres : "avenue L" ; "Boulevard X" … Bref, on assiste à la narration d’un urbanisme déshumanisé (nous sommes au milieu des années 70, le roman datant de 1975) où les noirs s‘entassent des immeubles délabrés, les Porto -Ricains prennent la suite des appartements des Américains blancs.
   
   Cet "univers impitoyable" fragilise les bonnes volontés de ceux qui voudraient s’en sortir, notamment lorsque qu’ils ont un passé de délinquant et reste à l’image des frustrations policières de notre narrateur qui croit détenir l’affaire du siècle dont la banalité l’afflige bien vite. Il en voudrait presque aux protagonistes de leur manque d’imagination.
   
   Et on en veut un peu à Ed Mc Bain de nous livrer ce "petit polar" sans doute écrit dans la foulée d’une production devenue machinale. Son narrateur ne manque pas d’intérêt puisqu’il réussit à s’en moquer tant l’affaire est d’une rare évidence. Il s’y croit, un peu, le Benjamin Smoke! Et là où Ed Mc Bain est fort, c’est qu’il, évite le cliché du vieux expérimenté qui veut en remontrer au plus jeune.
   
    On notera en revanche une traduction visiblement sabotée. Rien que le titre appelait son proverbe : Il n’y a pas de fumée sans feu… ça collait bien avec la logique du roman en plus. Il est étonnant aussi que le même traducteur n’ait pas fait le rapprochement entre "parole officer" et "juge d’application des peines" allant jusqu’à mettre en note que le "parole officer" n’a pas son équivalent en France alors qu’il existe depuis 1958!

critique par Mouton Noir




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Mourir pour mourir - Ed McBain

Du rififi chez les Portoricains
Note :

   Titre original : See Them Die (1960)
   
   Première édition française Presses de la Cité, coll. Un mystère n° 561, 1961, rééd. in "87e District 2", Omnibus, 1999; 940 p., 145 F).
   
   
    La communauté portoricaine d'Isola est aux cents coups. Le truand Pepe Miranda s'est réfugié dans un immeuble, les gars du 87e préparent un assaut pour le déloger. Autour de cet événement, on suit les tribulations d'une bande de jeunes qui veulent jouer aux durs, l'histoire d'amour avortée d'un marin en goguette, la vie d'un petit snack de quartier et la rivalité qui oppose Hernandez, un flic portoricain dont c'est la quatrième et dernière apparition dans la saga, et Andy Parker qui joue dans la série le rôle du flic raciste.
   
   "Deux personnes vont mourir dans cette rue, aujourd'hui" : dès la deuxième page, Ed McBain a donné le résultat de la tragédie, il ne lui reste plus qu'à faire jouer ses pions, passant de l'un à l'autre avec son habileté coutumière. C'est toujours aussi intéressant à suivre même si, au fil des aventures du 87e District - et j'en suis à ma trente-quatrième si je compte bien - on peut trouver le ton moralisateur d'Ed McBain un peu lassant. Derrière la carrière de l'auteur de polars se cachait peut-être une vocation ratée d'aumônier scout.

critique par P.Didion




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87ème district (Tome 1) - Ed McBain

Le maître du mystère
Note :

   Ed McBain? Jamais lu? Ma mission aujourd'hui sera de vous convaincre de découvrir la crème de la crème, l'incontournable, le roman policier qui plaira aux récalcitrants (et j'ai des noms). En mourant en 2005, l'homme laissait derrière lui des fans attristés et aussi heureusement une multitude de romans, dont les fameux présentant le 87ème district, de 1956 à 2005. Plus de cinquante romans, de quoi calmer une addiction parfaitement légale.
   
   L'idée géniale était de raconter le quotidien d'une brigade d'inspecteurs sur leur lieu de travail, au cœur d'un quartier d'Isola, ville imaginaire ressemblant fort à New York. La figure principale est celle de Carella, entouré de Kling, Meyer Meyer, Hawes, Brown et leur chef Byrnes. Ce petit groupe attachant vit sous les yeux du lecteur, avec l'intervention occasionnelle de leurs familles, en particulier Teddy, l'épouse de Carella.
   
   Avec McBain, pas de détails sanglants, pas de longueurs : droit au but! Un sens du découpage et du suspense, des dialogues tirés au cordeau, de l'humour, de l'émotion, on est dans le très haut de gamme.
   
    Bien évidemment chaque roman de l'ensemble peut se lire indépendamment, mais au bout d'un certain temps on tombe dans la marmite* et on fait comme moi : on attaque la lecture au début, histoire de bien sentir l'évolution des personnages et de la ville. Omnibus propose 9 tomes pour l'intégrale, en gros 900 pages pour 7 enquêtes chaque fois, que du bonheur. (oui, ça va faire dans les 8000 pages, mais chaque enquête n'en fait qu'une bonne centaine, ça se lit tout seul) J'avais déjà proposé les trois premières ici, voici cette fois les quatre dernières du tome 1.
   
   Faites moi confiance : "La loi trouve la poursuite du dollar tout à fait légitime. Mais elle trouve parfois à redire aux méthodes que l'on emploie." Deux escrocs sévissent en ville , mais aussi un assassin.
   Victime au choix : "La mauvaise plaisanterie, c'était la rouquine gisant sur le plancher de la boutique. (..) Carella aimait la vie. Son métier lui faisait côtoyer la mort à chaque instant, mais il n'avait jamais pu s'y habituer tout à fait."
   Crédit illimité : "On aurait pu être un soir de juin, avec la fine pluie qui lavait les trottoirs, l'asphalte lisse et moiré où se reflétaient les néons rouges et noirs. Malgré la bruine, on aurait senti dans l'air le doux parfum de l'été qui approchait, l'arôme délicat de la nature qui renaît. Et ces senteurs se seraient mêlées au parfum des passantes, à l'odeur des sons et des voitures, à l'omniprésente odeur de ville au crépuscule."
    Une intrigue dont la solution est particulièrement originale...
   Souffler n'est pas tuer : "L'expérience lui avait appris que des commentaires sur la température changeaient rarement le temps qu'il faisait."
    Bref, la chaleur plombe la ville. Arrive un message anonyme "Je tuerai La Dame ce soir à 8 heures. Qu'est-ce que vous pouvez faire?"
    Et c'est le début d'une course poursuite avec un probable futur assassin, et un compte à rebours bien mené.
   
    Vous pouvez vous priver de Ed McBain, mais franchement, ce serait dommage.

critique par Keisha




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Dix plus un - Ed McBain

Sans mobile apparent
Note :

   Ed Mac Bain (1926-2005) de son vrai nom Salvatore Lombino est un auteur américain d'origine italienne qui a vécu son enfance à Harlem à New York puis dans le Bronx. Il est devenu l'un des grands maîtres du roman noir, créant des personnages récurrents, des flics travaillant dans le 87ème district d'Isola. Steve Carella est le personnage principal, inspecteur entouré de ses collègues à qui McBain a donné un passé, une personnalité, et qu'il suit non seulement dans leur vie professionnelle mais aussi dans leur vie privée et familiale.
   
    Chaque roman, loin de se polariser sur une seule enquête policière, montre le quotidien d'un commissariat dans la ville fictive d'Isola imaginée par l'auteur qui a pris New York pour modèle. C'est une ville avec ses quartiers riches ou miséreux; dans ces derniers se croisent, noirs, irlandais, porto-ricains, victimes et tueurs, prostituées et caïds, et les crimes les plus crapuleux alternent avec toutes sortes de délinquance. Ainsi il dresse le portrait d'une société où règne l'inégalité, la misère, le racisme, la violence et qui ressemble comme deux gouttes d'eau à la société new yorkaise! Et pour cause!
   
   Steve Carella, d'origine napolitaine, vit sa vie dans les 53 romans qui lui sont consacrés de 1956 à 2005. Il entre dans la police à 21 ans et s'il vieillit ce n'est pas au rythme de la parution des romans. Il épouse Teddy, une jeune femme, sourde et muette, qu'il aime d'un grand amour, refusant malgré les occasions qui se présentent de lui être infidèle, l'encourageant à être complètement autonome malgré son handicap. Ils ont des jumeaux Mark et April. Il est entouré de ses partenaires que nous apprenons à connaître, Bert Kling, Meyer Meyer… et a pour patron Peter Byrnes, le chef des inspecteurs du 87ème district.
   
   Steve Carella a été interprété à l’écran par plusieurs grands acteurs : Jean-Louis Trintignant, Burt Reynolds, Donal Sutherland, Robert Lansing…
   
   Ed Mc Bain a utilisé plusieurs pseudonymes Evan Hunter, Richard Marsten, Hunt Collins, Curt Cannon et Ezra Hannon. Il est aussi scénariste, en particulier du film "Les oiseaux" d'Hitchcock d'après Daphné du Maurier.
   
   "Ten plus One" (dix plus un) a été publié en 1963 et adapté à l'écran par Philippe Labro qui a transposé l'action dans la société français, à Nice, dans les années 1970*. Jean-Louis Trintignant y est Steve Carella.
   
   Le sujet : Un "canardeur", tireur d'élite, tue l'une après l'autre des personnes qui n'ont apparemment aucun lien entre elles : marchand de primeurs, riche avocat, homme politique en vue, prostituée, auteur… Un casse-tête pour Carrela et ses collègues jusqu'au moment où ils découvriront le fil conducteur et le drame qui est à l'origine de ces meurtres en série. Une belle exploration de toutes les couches de la société.
   
   "Dix plus un" n'est pas un des meilleurs romans de Mc Bain qui s'y montre parfois un peu trop démonstratif, partant dans de grandes diatribes contre l'antisémitisme, l'injustice sociale etc. Je préfère quand il explore les mêmes thèmes mais dans l'action, sans avoir l'air d'y toucher. D'autre part, on y apprend peu de choses sur Carella et ses collègues dont le profil reste assez flou. Pourtant, le roman me paraît plus riche que le film de Labro quant à la critique sociale et la personnalité des victimes et du tueur.
   
   
   * film : "Sans mobile apparent" de Philippe Labro

critique par Claudialucia




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