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Auteur des mois de février et mars 2008
She Lao

    Après deux femmes, il nous fallait un homme.
    Après l'Europe, l'Afrique, l'Amérique du Nord et du Sud, il nous fallait l'Asie.
    Et ce fut Lao She dont l'oeuvre abondante devrait pouvoir vous intéresser.
   

Biographie

   AUTEUR DES MOIS DE FEVRIER & MARS 2008
   
   
    Ecrivain chinois né en 1899, il a écrit des romans, des nouvelles et un peu de théâtre.
   
    Ses personnages centraux sont habituellement des habitants de Pékin des classes pauvres ou moyennes.
   
    Bien que partisan de Mao dès le début de la révolution, il n’échappa pas aux exactions de la Révolution Culturelle et sa mort dans le lac Tai Ping le 24 août 1966, officiellement attribuée à un suicide, risque fort d’être un crime des Gardes Rouges. Chose difficile à tirer au clair maintenant.
   
    * Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"
   

Bibliographie ici présente

  Le pousse-pousse
  Gens de Pékin
  La cage entrebâillée
  L'Enfant du nouvel an
  Un fils tombé du ciel
  Quatre générations sous un même toit
  Les tambours
  Histoire de ma vie
  L'homme qui ne mentait jamais
  Messieurs Ma père et fils
  Ecrits de la maison des rats
 

Le pousse-pousse - She Lao

Il court, il court le Siang-tse
Note :

   Dans le Pékin du début de la République, au temps où l'on voit encore des chameaux dans les rues, les fêtes traditionnelles et les usages anciens voisinent avec un début de modernité : le pousse-pousse est peu à peu concurrencé par le vélo et l'automobile, mais Siang-tse reste persuadé de réussir sa vie en louant, puis en achetant un pousse-pousse. Or, les déconvenues pleuvent. Ce roman d'un échec, paru en 1936 dans une Chine en crise, accompagne la montée du sentiment révolutionnaire comme l'expriment les dernières lignes : «Lui, le malheureux, le déchu, l' "individualiste" qui croyait pouvoir réussir tout seul, quand donc serait-il enterré avec cette société cruelle et pourrie qui l'avait enfanté?»
   
   Néanmoins, loin d'être uniquement causé par "cette société cruelle et pourrie", le lent naufrage de Siang-tse est largement dû à sa psychologie, à son comportement d'entêté, de "vrai cinglé du pousse", au lieu de se mouler dans le cours des choses. Il n'accepte pas de rester employé au service d'un ménage cordial ou bien se trouve chassé pour avoir convoité la concubine de son patron.
   
   Le fait est que ses relations avec les femmes tournent systématiquement à la catastrophe. La Tigresse — fille de Quatrième seigneur, le propriétaire du garage qui ne veut pas de lui comme gendre – le séduit et le force à l'épouser. Devenu veuf, il oublie de rejoindre à temps Petite Fou-tse : elle ira se perdre dans un bordel après avoir été vendue à un militaire.
   
   La narration, classique, est finement agrémentée de descriptions du ciel, de la marche des saisons, avec la chaleur d'un été brûlant, avec l'hiver glacial que l'on affronte en portant les vêtements ouatés, avec les promesses du printemps fleuri dans une ville où les "hutong" du vieux Pékin délimité par ses portes n'ont pas encore cédé la place aux gratte-ciel et aux six périphériques.
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critique par Mapero




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Histoire de la misère ordinaire
Note :

   Replaçons ce roman dans son contexte : il a été écrit en 1936 et a fait la notoriété de l’auteur.
    C’est l'histoire d'un simple tireur de pousse qui n'a qu'un seul but dans la vie : avoir son propre pousse et se débrouiller tout seul.
   “Du premier jour où il était devenu tireur, il s’était juré de s’acheter son propre pousse et c’était encore dans ce but qu’il s’échinait chaque jour.”
   Dans le Pékin des années trente, Lao She nous plante le décor : rues obscures, logements insalubres, exploitation de l’homme par l’homme…
   
   Expert dans l'art de la description, dans son inimitable style tragi-comique, LAO She nous fait vivre le destin cruel de ce tireur de pousse. Il en profite pour émailler son récit des conflits internes qui secouent le pays, et nous donne aussi un bel aperçu de la vie populaire à la fin de l’Empire. Les prostituées y côtoient les amateurs d'opéra et les agents de police; les bandits y font bon ménage avec les honnêtes gens, les simples artisans avec les petits commerçants. Du pur Zola en un peu plus catastrophiste, mais éclairé par cette écriture légère et poétique qui permet de placer la misère au second plan …
   “La vie du pauvre ressemble à un noyau de jujube avec ses deux bouts pointus et son milieu bombé. Les deux bouts pointus, c’est son enfance et sa vieillesse démunies de tout, risquant à tout instant d’être écrasées, mises en miettes, tandis que le milieu bombé évoque sa jeunesse où la force physique lui permet de profiter quelque peu de la vie (p. 101) .”
   
   J’avais lu ce roman il y a déjà un certain nombre d’années, il m’avait laissé un sentiment de profond malaise. Est-ce le recul, un certain regard sur la ‘philosophie’ asiatique ? Toujours est –il qu’aujourd’hui, je me suis davantage attachée au style qu’à l’histoire et que mon impression est beaucoup plus positive.
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critique par Jaqlin




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Le pousse-pousse, c'est toute sa vie
Note :

   Edition sous le titre: "Le tireur de pousse"
   
   "Le Veinard" est tireur de pousse à Pékin; il est intègre, sobre, dur au labeur et n'a qu'un seul objectif en tête: économiser assez de yuan pour acquérir son propre pousse et devenir ainsi son propre patron! Le Veinard rogne sur tout pour gonfler au fil des mois et des années son petit pécule et, tout en étant bien considéré par ses compagnons de misère il est loin de partager leurs tendances de consommateurs d'alcools et de filles de joie.
   
   Il loge, quand il n'est pas engagé au mois chez un particulier, dans une chambre pour célibataire au-dessus du garage de Maître Liu et sa fille, La Tigresse. Entre les courses à travers la ville et les engagements dans les familles, Le Veinard rempli sa tirelire et parvient enfin à réaliser son rêve le plus cher: acheter son pousse et pouvoir s'enorgueillir de sa réussite, de sa belle stature d'athlète ainsi que de penser à prendre femme. Très vite, le malheur ternit l'avenir radieux qui s'offre au Veinard et même si la chance demeure une compagne discrète mais réelle, Le Veinard rencontre de plus en plus d'obstacles: entre les maisonnées désagréables où les épouses sont de vraies harpies, la concupiscence de La Tigresse qui le leurre et la surveillance policière de la famille Cao, les déconvenues se succèdent et apportent découragement et amertume. Notre Veinard tombera de Charybde en Scylla et lecteur sera le spectateur impuissant d'une vie déchue où la tristesse, la souffrance et le désespoir se disputent les lambeaux d'un rêve devenu vaine chimère. Il suit les efforts, sans cesse renouvelés, d'un pauvre hère, soumis à la dure loi d'un karma mais surtout d'une époque et d'un vent de l'Histoire, rouleaux compresseur d'une population fragile et miséreuse, en quête d'une pitance journalière qui lui permettra de voir chaque lendemain.
   
   Lao She signe avec "Le tireur de pousse" un roman social digne d'un Zola, tant le réalisme est présent; il met en scène, avec tendresse, sans pathos exagéré et un humour décapant, le menu peuple de Pékin, celui qui par sa misère apporte la richesse et l'insouciance aux castes aisées et aux puissants. Le Veinard tente de sortir de sa condition de subalterne voire d'esclave, malgré son manque d'instruction et sa grande solitude (il a perdu les siens et du quitter sa campagne pour gagner sa vie en ville). Or, la marche d'une société en bout de course (Lao She suggère à demi-mot les futurs bouleversements de la Chine), refuse, par son fatalisme et son attachement à l'ordre des choses, l'espoir d'une vie meilleure aux hommes de bonne volonté. Le héros vit ses malheurs sans être dans la capacité de faire les bons choix en raison de sa naïveté et de son absence d'éducation: le lecteur se demande, tout au long du récit, si la vie du Veinard aurait été différente s'il n'avait pas choisi cette funeste course en dehors de la ville.
   
   Lao She utilise, avec un savoureux brio, le burlesque, non seulement de la description des personnages mais aussi des situations dans lesquelles Le Veinard se retrouve pour en extraire une force romanesque où la farce côtoie le tragi-comique. Cependant, à côté d'une verve pleine d'humour, Lao She sait décrire les mille et un petits détails du quotidien (la hiérarchie chez les pousse-pousse, leurs vêtements, leurs postures ou encore les plats revigorants achetés dans les gargotes...) sans lasser le lecteur, sans oublier d'accompagner les moments les plus critiques vécus par son héros de splendides descriptions empreintes de poésie, descriptions qui participent à la dramaturgie romanesque.
   "Maintenant le ciel gris se diaprait de rouge, et les contours des arbres et des lointains se précisaient. Puis, peu à peu, le rouge se mêla au gris, formant des taches pourpres et violettes. L'horizon avait la couleur des raisins pas encore mûrs. Peu après, une teinte orange vif apparut et le coloris du ciel devint plus lumineux. Soudain, tout le paysage se détacha distinctement; la brume matinale qui couvrait l'orient se moira d'un rouge éclatant tandis que le zénith bleuissait. Puis la brume se dissipa et les rayons dorés du soleil apparurent enfin, tissant dans la trame des nuages une immense toile de feu: et les champs, les arbres, l'herbe passèrent alors du vert bleuté à un jade resplendissant." (p 38)
   
   "Les eaux des douves du Palais étaient déjà complètement gelés, et leur brillant ruban gris longeait les anciens remparts de la Cité interdite. Aucun son ne parvenait de l'intérieur des murs. Les tours de guet aux toits finement travaillés, la voûte aux reflets d'or, les grands portails vermillon et les kiosques de la colline du Belvédère semblaient demeurer en suspens dans le clair de lune. On eût dit qu'ils attendaient que retentît l'écho de quelque voix à jamais silencieuse. Un vent léger soufflait doucement, franchissant les murailles de la Cité interdite. Il effleurait légèrement les kiosque et les palais comme s'il voulait leur raconter quelque histoire secrète d'un lointain passé." (p 126)

   
   La lecture de ce roman m'a emmenée dans l'univers pittoresque, chaleureux et parfois épouvantablement tragique, du petit peuple pékinois du début du XXè siècle. Ce menu peuple, Lao She l'avait déjà admirablement peint dans "Quatre générations sous un même toit".
   "Le tireur de pousse" est un prélude à tout ce que Lao She développera par la suite: la misère crasse des plus pauvres, la hantise du lendemain, les saisons apportant leur lot de drames, la fange qui semble ne jamais décoller des pieds des masses laborieuses, la corruption, pieuvre étouffant les plus faibles, ou la richesse méprisante de certains riches.
   Il met en scène aussi les progressistes qui souhaitent voir le pouvoir être plus à l'écoute des misères du peuple et s'ouvrir un peu plus au monde moderne et se fait l'écho d'une vague qui bouleversera pour longtemps le visage, hors du temps, de la Chine.
   
   Nota Bene: la traduction de mon exemplaire n'a pas été revisitée par François Cheng et sa fille; elle date de 1985 et parfois le style m'a paru un peu lourd. Cependant, elle n'a en rien diminué mon plaisir de lire ce premier roman de Lao She!
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critique par Chatperlipopette




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Une existence de bête de somme
Note :

   Premier roman à succès de Lao She, le Pousse-pousse s’apparente au roman social par sa description du peuple de misère du Pékin des années vingt et trente et, en particulier, de la condition difficile des tireurs de pousse-pousse. Véritable document sociologique, le roman détaille les différentes catégories de tireurs : l’élite des indépendants qui possèdent leur pousse-pousse, les tireurs employés par un patron privé pour assurer les déplacements de la famille, ou les tireurs qui doivent louer un pousse-pousse à la journée auprès d’un propriétaire.
   
   Siang-tse, le héros du roman, expérimente alternativement les trois conditions. Jeune homme ambitieux, il souhaite conserver son indépendance et exercer son activité comme tireur d’élite qui transporte ses clients plus vite et plus confortablement que ses confrères grâce à sa jeunesse, sa haute stature et sa bonne condition physique. Mais les événements contrarient ses ambitions. Les conflits qui perturbent la vie dans les environs de Pékin génèrent une forte insécurité causée par les bandes armées incontrôlées qui harcèlent les commerçants et les paysans. Siang-Tse se trouve bientôt dépossédé de son pousse-pousse et contraint de recourir à un loueur.
   
   Il connaît toutes sortes de mésaventures auxquelles il réagit avec pragmatisme et bonne humeur tant qu’il croit à sa bonne étoile. Mais sa déchéance progressive le fait pénétrer dans des milieux où sa condition n’est pas toujours respectée. Il se marie à contrecœur avec une femme qu’il n’aime pas mais qui est susceptible de lui procurer certaines facilités.
   
   Lorsqu’il a tout perdu et que l’âge et la fatigue causent une perte de puissance physique, il abandonne ses ambitions, se relâche et ne pense plus qu’à tirer le plus de petits profits au moindre effort.
   
   Lao She démontre ainsi par l’exemple l’absurdité de ce mode de transport qui rend un service peu efficace aux dépens de la santé et de la vie de ses agents. Il en profite pour décrire le foisonnement de l’immense cité, les arrangements que doivent pratiquer les habitants pour survivre, les menaces qui pèsent en permanence sur la population, quelle que soit sa classe sociale. Le ton du récit exprime la forte empathie de Lao She pour ses personnages et exclut toute forme de jugement moral, quels que soient leurs arrangements plus ou moins honnêtes pour survivre.

critique par Jean Prévost




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Gens de Pékin - She Lao

Après Dublin, Pékin
Note :

   Auteur chinois dont je n'ai encore rien lu. Et comme à mon habitude, je commence par un recueil de nouvelles.
   
   Né en 1899, auteur d'un livre très connu "Pousse-pousse", il meurt dans des conditions pour le moins étranges en 1966. Les autorités s'empressent de parler de suicide et de faire incinérer le corps. Cette édition comporte une préface, des remerciements, des repères biographiques, un petit glossaire et une bibliographie. Tout cela sur un format de poche.
   
   Neuf nouvelles sur le Pékin de la fin de l'Empire et des premières années de la République. Une société en mutation vivant dans la crainte de la nouveauté et de l'avenir.
   
   Dans "Une vieille maison", un commis d'un magasin spécialisé dans le commerce de la soie ne voit pas le changement d'un bon oeil. Il nie la modernité, mais la boutique de son employeur périclite et est achetée par une maison concurrente.
   
   "L'histoire de ma vie" est la nouvelle la plus longue, plus de 100 pages. Un homme se raconte, un apprentissage qui ressemble à un bagne toléré, entre coups et privations. Trois ans d'enfer pour apprendre un métier sur le déclin, les superstitions populaires et la vénération des morts n'étant plus d'époque. Un changement s'impose, après avoir goutté à l'opium et à l'alcool, avoir renoncé à tout cela pour rentrer dans une secte. Le mariage non plus ne sera pas une réussite. Devenir policier est-elle la seule solution qui lui reste?
   
   "Le nouvel inspecteur" a la particularité d'être la seule nouvelle ne se déroulant pas à Pékin. Deux vénérables anciens, maîtres dans leurs armes, parlent de leurs arts, l'un refuse de transmettre son savoir à l'autre. Un magasinier sans ambition, pauvre ombre misérable, s'accrochant à un monde "Les voisins" est une histoire de mépris de haine et de jalousie. La prétention de Madame Ming, femme illettrée, lui fait détester les Yang, professeurs, et son arrogance n'arrangera rien. Un pauvre type admire les gens "cultivés" et les imite, mais malgré tous ses efforts il restera stupide. Le portrait d'un être naïf qui rêve de gloire dans "L'amateur d'opéra" mais qui ne trouvera que l'opium et la mort au bout de la route. Un beau et triste récit pour finir ce recueil "Le croissant de lune".
   
   Une galerie de gens ordinaires, de Pékin, ces hommes et femmes à cheval sur deux époques, l'une tente de survivre, l'autre d'imposer une vision et des idées nouvelles. Mais les plus faibles restent au bord de la route, réduits à des rôles de figurants muets et angoissés.
   
   De nombreuses (mais nécessaires) notes en bas de pages rendent la lecture un peu ardue. Mais il y a tellement de références aux vieilles coutumes chinoises que, sans celles-ci, souvent l'histoire perdrait toute sa saveur.
   
   Un témoignage incisif, mais ne manquant pas d'humour. Malgré tout on sent l'auteur désabusé dans certaines réflexions : "La vie d'un homme est une chose limitée, mais le malheur, lui est une chose héréditaire".
   
   Une belle écriture pour des morceaux de vie fort bien racontés.
   
   Extraits :
    - L'heure était aux chemins de fer, aux fusils, aux ports ouverts et à la terreur. On projetait même paraît-il de couper la tête à l'Empereur.
   
   - En effet, deux jours à peine après son arrivée, le gérant Zhou avait presque transformé le magasin en un chapiteau de cirque.
   
   - Xin Dezhi comprit que le gérant Qian ne reviendrait plus ; le monde avait changé pour de bon.
   
   - Dans l'année, il suffisait qu'il mourût comme ça une dizaine de gens riches et on avait de quoi vivre.
   
   - Nous étions complètement dépassés par le cours des événements et nous n'y pouvions rien!
   
   - C'était comme le fer, c'est en le battant que l'on obtient la forme que l'on désire.
   
   - Elle détestait les domestiques, parce que ceux-ci la méprisaient.
   
   - Plus on est pauvre plus on a d'enfants : après tout les pauvres ont aussi le droit d'en avoir!
   
   - Je vous le dis, quand une femme en méprise une autre, c'est une lutte sans merci.
   
   - Nous avons tous nos faiblesses et nous n'en sommes pas pour autant détestables.
   
   - La prison est l'endroit idéal pour vous convaincre que l'humanité ne s'améliorera jamais.

   ↓

critique par Eireann Yvon




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Un peu fade
Note :

   Nous avons ici un recueil de 9 nouvelles rassemblées après sa mort, sans que ce recueil soit un projet de l’auteur. Souhaitait-il même vraiment la publication ou la conservation de toutes ? Je l’ignore, mais cela ne me semble pas certain. Elles sont en tout cas de taille et de qualité très inégales.
   
   A mon avis, de loin la meilleure est "Histoire de ma vie " qui a été tirée à part chez Folio et pour 1€ 90, vous allez pouvoir goûter un bon exemple de la prose de Lao She, tant par son écriture que par son sujet. C’est d’ailleurs plus proche du format du petit roman que de la nouvelle et cette centaine de pages est, dans ce recueil des "Gens de Pékin", mon passage préféré, même pour le style dont je n’ai pas retrouvé la vivacité dans les autres nouvelles.
   
   Ensuite, je donnerais la seconde place à la dernière nouvelle, "Le croissant de lune ", dont le style est beaucoup moins alerte, mais qui, par son sujet atteint certains sommets car, si la vie des Chinois de cette époque pouvait être tout à fait désespérante, celle des Chinoises était, elle, gâchée d’avance et sans aucun espoir de recours. Ainsi que cela est montré ici.
   
   En dehors de ces deux-là, nous avons donc sept autres nouvelles que j’ai lues sans déplaisir c’est vrai, mais sans passion non plus. Beaucoup de choses sont intéressantes, en particulier pour leur portée documentaire sur la vie quotidienne à Pékin à la fin de l’empire. Mais l’écriture par exemple n’a pas particulièrement retenu mon attention. Je l’ai trouvée assez plate. Et, si la scène est généralement intéressante, l’angle de vue lui, ne m’a pas semblé particulièrement original.
   
   En bilan, disons que je ne regrette pas d’avoir eu l’occasion de lire ce recueil instructif, mais il ne me laissera pas un souvenir marquant, sauf peut-être pour les deux nouvelles que j’ai citées et dont je pense me souvenir.

critique par Sibylline




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La cage entrebâillée - She Lao

Divorce à …la chinoise.
Note :

   Il est dit dans la quatrième de couverture que ce roman serait celui que Lao She aurait eu le plus de plaisir à écrire. Il n’est pourtant pas d’une portée … planétaire. La même quatrième de couverture parle de scènes domestiques … oui, c’est cela.
   
   La cage dont il est question, c’est le mariage, la vie conventionnelle. Il semblerait que dans les années 1930, le concept de divorce ait fait une percée en Chine, enfin à Pékin au moins. Nous sommes ici effectivement à Pékin et plus spécifiquement dans un petit monde de fonctionnaires, d’un même service. Huis-clos un peu étouffant, réducteur.
   
   Lao Li est issu de la campagne. Il a fait des études et se retrouve fonctionnaire à Pékin. La grande affaire apparemment. Après avoir beaucoup hésité (Lao Li est incapable de prendre une décision, surtout s’il s’agit de briser un tabou, de s’envoler de la cage …), il fait venir sa famille ; une femme campagnarde (et donc quasi illettrée) et ses deux enfants. Le mariage est plus de convenance que d’amour et Lao Li cherchera à se convaincre tout au long du roman de la pertinence de sa décision. Toujours est-il qu’il tombe vaguement amoureux de la jeune voisine. Amour tout platonique, timide et farouche.
   
   Lao Li a des collègues. De drôles de numéros dans l’ensemble et c’est le chassé croisé hommes-femmes, le divorce-pas le divorce, et la vie de bureaucrates à Pékin, dans ces années là, qui sont décrits.
   
   Du fait de la distorsion des cultures d’une part et de l’époque d’autre part, je n’ai certainement pas apprécié l’oeuvre à sa juste valeur. Ca m’a paru au ras du quotidien, dépassé. Bref j’ai eu un peu de mal. Il faut dire que le concept d’entremetteur, par exemple, ne nous est pas plus familier que cela.
   « A l’exception de l’entremetteur, que les autres appellent, avec une déférente sympathie, le « Grand Frère Zhang », et d’une crapule sans vergogne, nommée Xiao Zhao, tous les personnages du roman se sentent prisonniers de la même cage.
   Victimes du système traditionnel des mariages arrangés, ils aimeraient bien profiter de la nouvelle législation pour voler chacun de leurs propres ailes. Parmi les hommes, certains ne se gênent guère pour acheter une concubine ou prendre une maîtresse. D’autres, tel Lao Li, qui s’est résolu à faire venir sa famille de la campagne, ont plus de scrupules. » (dans l’avant-propos du traducteur)

   
   A réserver davantage aux passionnés ou connaisseurs du monde chinois.

critique par Tistou




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L'Enfant du nouvel an - She Lao

Nouvel an, nouvelle ère
Note :

   “L’enfant du nouvel an” n’est pas un roman mais une autobiographie. C’est une œuvre qui aurait dû être beaucoup plus longue mais qui a été interrompue par la mort de son auteur pendant la Révolution Culturelle. Après ce décès dans des circonstances jamais élucidées (assassinat ou suicide) le manuscrit qui risquait d’être confisqué ou/et détruit a été caché par la famille jusqu’à ce que sa publication soit possible. Grâce à quoi nous pouvons tout de même lire ici les 11 premiers chapitres de cette autobiographie qui promettait d’en comporter de nombreux autres.
   
   Le récit prend l’auteur dès sa naissance même. C’est un nouveau-né, mais Lao She a pris le parti de nous le figurer voyant, comprenant et s’exprimant comme un adulte. Il nous fait même part de ses sensations, comme lorsqu’il dit « En se conjuguant, ces deux courants d’air chaud, intérieur et extérieur, donnaient une légère sensation de picotement, surtout sur le dessus des mains et à l’extrémité des oreilles. » alors qu’il n’a que trois jours.
    Il ira plus loin encore puisque bientôt, le bébé ne se contente plus de raconter et commenter les scènes qui se sont déroulées en sa présence, mais nous narre aussi bien, comme s’il y était, celles auxquelles il n’a pas assisté.
   
   Toujours est-il que partant de son berceau, le récit de ce nourrisson que fut Lao She nous dresse différents portraits. Tout d’abord, ceux des plus proches de lui : la description du monde des femmes dans la société mandchou de la toute fin du 19ème siècle, en commençant par les rapports de force et de soumission entre belle mère et belle fille. C’est d’une société très hiérarchisée, d’une hiérarchie absolument incontestée, que Lao She nous dresse ainsi le portrait. Le bébé élargit peu à peu aux hommes puis au restant de la famille. Puis, élargit encore aux voisins, aux notables, nous présentant les structures puissantes de cette société qui ne se sait pas encore en voie de disparition alors qu’elle en est si proche.
   
   Chemin faisant, nous avons droit à une superbe galerie de portraits. Les personnages nous sont toujours présentés sous l’angle du résultat obtenu par la rencontre du caractère et des circonstances sociales qui sont les leurs. Nous les voyons ainsi tirer le meilleur parti possible de leurs dons ou tares en fonction de leur rang et de leurs obligations. Qu’ils soient soldats de la garde impériale à la modeste solde, épicier-créancier, cousin peintre débrouillard, notable riche ou pauvre, grand seigneur mandchou ou pasteur américain, Lao She nous les montre utilisant au mieux les cartes qui sont les leurs.
   
    La qualité de ces portraits et de la peinture du contexte historique et social, n’est pas pour rien dans le plaisir que l’on prend à lire ce texte. L’écriture est légère, teintée d’un léger humour et jamais dramatique alors que les circonstances auraient certes pu donner l’occasion de tableaux très sombres.
   
   Interrompu comme je le disais par la mort imprévue de l’auteur, ce texte s’achève de façon abrupte en plein milieu d’une histoire dont on aurait aimé connaître le dénouement.
   
   A noter : La préface de Paul Bady (traducteur) à cette édition folio poche, est courte mais très intéressante.

critique par Sibylline




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Un fils tombé du ciel - She Lao

La vie de Niu Tianci
Note :

    Sa mère l’a abandonné mais Tianci est un bébé chanceux, puisque qu’il est adopté par une famille chinoise de classe moyenne, dans laquelle il reçoit le traitement royal. Élevé par une mère protectrice et orgueilleuse voulant dissimuler ses origines, Tianci est l’objet de quolibets dans le voisinage, en plus de bouleverser les habitudes des membres de son entourage. À travers son quotidien, c’est l’Histoire de la Chine des années 1930s - en pleine mutation - qui se dessine en filigrane.
   
   L’auteur adopte une approche presque anthropologique pour illustrer la croissance de l’enfant à chaque période de sa vie. De nourrisson à bambin jusqu’à la petite école, on revit notre propre apprentissage du monde physique et ses règles. C’est aussi une incursion dans les mœurs et coutumes des Chinois. Leur manière de vivre un deuil ou les conventions entre les classes, par exemple.
   
   Le récit de la jeune existence du héros n’a rien de particulièrement flamboyant en dépit d’un talent pour l’authenticité. Il s’agit d’une histoire qui tient du naïf à certains égards. C’est dans le traitement humoristique et l’œil vif de Lao She que le lecteur trouve son plaisir. Et aussi, dans les perles de sagesse, saillantes à chaque page tournée au milieu d’un texte dépouillé. «Sans le saule, comment connaître la beauté du vent ?»
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critique par Benjamin Aaro




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Adoption en Chine
Note :

   Roman linéaire de Lao She qui raconte le départ dans la vie de Niu Tanci, enfant trouvé et adopté par Lao Niu et sa femme. Dans l’esprit ça fait furieusement penser à «Le cinquième enfant» de Doris Lessing. C’est moins cruel, mais plus exotique.
   
   Lao Niu et Madame Niu n’ont pas d’enfant. Lao Niu est commerçant aisé mais vit sous la coupe de sa femme : la terrible Madame Niu. Un nouveau-né est trouvé sous leurs fenêtres. On le leur confie. Ils l’adoptent. C‘est donc lui «le fils tombé du ciel».
   
   Dans un premier temps, tout de même, on se dit qu’il est mal tombé, car Madame Liu … un peu rigide … un peu vieille Fra… euh Chine ! Bref ça ne rigole pas tous les jours pour Tanciu. Genre ; on lui attache les pieds bébé pour qu’il ne les ait pas arqués, du coup il les a rentrés dedans ! Comme de plus il ne présente pas les canons de la beauté chinoise, … non, ça ne rigole pas beaucoup (pas sûr qu’on rigole beaucoup en Chine d’ailleurs). Et puis il va porter comme une croix son statut d’enfant naturel dans une société tout de même (à cette époque du moins, années 30) bien raciste et discriminante.
   «Tianci était devenu une marionnette. S’il voyait un bel arc-en-ciel, il fallait aussitôt qu’il se retînt de le montrer du doigt … "Sinon, ton doigt pourrirra !" Il voulait crier : "Oh, le beau ruban de couleurs !", mais une voix l’avertissait : " Ne montre pas du doigt !"Son doigt restait en l’air et décrivait un demi-cercle puis se posait sur le coin de sa bouche. De nouveau, il entendait : "Ne suce pas ton doigt !" Alors il esquissait un geste avec son index qu’il introduisait ensuite dans son oreille, mais c’était pour s’entendre : "Baisse ta main ! " Mais où le mettre ce doigt ?»
   Peu à peu l’intelligence, ou plutôt le fait qu’il ait la possibilité de la cultiver par des études, lui permet de se remettre dans des rails plus … parallèles.
   
   Lao She nous raconte scrupuleusement l’histoire dans une linéarité qui nous parait maintenant un peu démodée. C'est une plongée dans une culture et un monde bien lointains. Dans la même veine que «Les tambours», avec de l’humour, de la bienveillance en plus. Le vilain petit canard survivra à l’époque et à ses épreuves pour peut-être trouver sa voie ? Lao She a en tout cas le mérite de se mettre successivement dans tous les états psychologiques, d’un nouveau-né à un jeune adulte de vingt ans, et ça c’est particulièrement réussi.

critique par Tistou




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Quatre générations sous un même toit - She Lao

Le tumulte du monde, ramené aux dimensions d'une coloquinte
Note :

   Avec les trois volumes, cent chapitres et 1500 pages de son édition française, "Quatre générations sous un même toit" est généralement considéré comme le grand oeuvre de Lao She. Ce roman-fleuve nous plonge pourtant dans un univers qui fait figure de microcosme, celui de la ruelle du Petit-Bercail, minuscule boyau en forme de coloquinte niché dans le quartier ouest de Pékin (ici retranscrit "Peiping"), tout au long des huit années de l'occupation japonaise, de 1937 à 1945. C'est là vraiment un tout petit monde au regard du conflit dans lequel la Chine, le Japon, et bientôt le reste du monde, se trouvent alors plongés. Mais ainsi que le constatera un des héros de "Quatre générations...", à l'approche de la fin tout à la fois du conflit et du roman, ce microcosme offre un reflet étonnamment fidèle du tumulte du monde au cours de ces années de guerre: "Il n'aurait jamais pensé que dans un endroit aussi minuscule, aussi retiré que le Petit-Bercail, il se passerait autant de choses, qu'il y mourrait autant de gens. Et voilà! Il avait parcouru la Chine en quête d'un champ de bataille, or celui-ci se trouvait au sein même de sa famille, dans sa ruelle! Il était sorti pour rencontrer l'ennemi, mais l'ennemi avait poussé son père au suicide, avait assassiné ses voisins." (Tome III, p. 206)
   
   Autour de la famille Qi - qui a la bonne fortune de rassembler sous son toit quatre générations - et jusque dans son sein, le peuple du Petit-Bercail se divise entre résistants et collaborateurs, héros, victimes impuissantes et franches crapules... Et les quatre générations rassemblées qui font la fierté du patriarche de la famille Qi ne sont pour l'aîné de ses petits-fils, Qi Ruixuan, qu'un lourd fardeau qui l'empêche de rejoindre son plus jeune frère, Qi Ruiquan, qui s'est engagé dans la résistance à l'envahisseur. Mais c'est que, même s'il a pu pousser ses études plus loin que son père et son grand-père avant lui, et même si, devenu professeur d'Anglais, il est bien informé des usages et des idées occidentales, Qi Ruixuan reste profondément imprégné de la culture millénaire de son pays, et que la piété filiale est à ses yeux la vertu fondamentale.
   
   S'inspirant de la tradition du roman chinois classique qui mêle constamment au déroulement de l'intrigue des réflexions en tout genre, politiques, morales, historiques, philosophiques, auxquelles il ajoute encore d'innombrables annotations traitant de la vie quotidienne et des traditions de la Peiping d'avant-guerre, Lao She nous offre un tableau extraordinairement vivant d'une Chine en proie à de profonds bouleversements.
   
   Quant à l'histoire-même des "Quatre générations sous un même toit", elle pourrait fournir la matière d'un autre roman. La plus grande partie de ce livre fut en effet écrite et publiée en feuilleton entre 1942 et 1944, alors que Lao She vivait à Chongqing, en Chine libre. Mais il semble que la toute dernière partie du roman ait vu le jour beaucoup plus tard, dans les années 1946-1949, une période que Lao She a passée aux Etats-Unis. C'est d'ailleurs dans une édition anglaise abrégée que la fin des "Quatre générations sous un même toit" est parue pour la première fois. Et puisque les manuscrits de Lao She ont irrémédiablement disparu dans la tourmente de la révolution culturelle, c'est cette même édition anglaise qui a servi de base à toutes les publications ultérieures, y compris pour les éditions chinoises. La publication de l'édition française des "Quatre générations sous un même toit", qui a impliqué plusieurs traducteurs et dont la parution s'est étalée sur plusieurs années, reflète en quelque sorte cette genèse tourmentée. Mais en fin de compte, ces trois volumes forment bien un ensemble cohérent, un roman unique et captivant de bout en bout.
   
   
   Extrait:
   "La maison des Qi était situé dans la ruelle du Petit-Bercail, tout près du Temple de la Sauvegarde Nationale, dans le quartier ouest de la ville. Peut-être ce lieu avait-il été à l'origine un enclos à moutons; il ne ressemblait en tout cas en rien aux ruelles ordinaires de Peiping, qui quadrillent la ville de façon géométrique, ne traçant qu'exceptionnellement çà et là de légères courbes; il avait en fait la forme d'une coloquinte dont l'ouverture et le col, très étroits, plutôt longs et aussi fort sales, débouchaient sur la grande rue à l'ouest. L'ouverture sur la rue était si étroite qu'on risquait très facilement de passer devant sans l'apercevoir. En entrant par le col de la coloquinte, c'étaient les ordures entassées au pied des murs qui indiquaient qu'on était sur le bon chemin; Christophe Colomb avait ainsi poursuivi sa route en s'aidant des épaves flottant sur la mer. Après quelques dizaines de pas, on tombait sur un endroit plus lumineux: le «thorax» de la gourde. C'était un espace circulaire mesurant quarante pas d'est en ouest, et trente du sud au nord, au centre duquel étaient plantés deux grands sophoras et sur lequel donnaient les maisons de six ou sept familles. Quelques pas plus loin, une autre petite ruelle - la partie resserrée de la coloquinte - menait à un nouvel espace plus clair, deux à trois fois plus grand que le premier. C'était le ventre de la coloquinte. Sans doute ces deux espaces avaient-ils été des enclos à moutons? Seule une enquête d'historiens sérieux aurait pu l'affirmer." (Tome I, p. 20)
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critique par Fée Carabine




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Conflit sino-japonais
Note :

   "Quatre générations sous un même toit" est un immense roman fleuve qui évoque la vie à Pékin après l’invasion japonaise de 1937. En nous présentant les habitants de la ruelle du Petit-Bercail, Lao She nous fait découvrir les relations sociales des familles chinoises, dont la plus emblématique, la famille Qi, réunit quatre générations, depuis le grand-père, son fils Tianyou avec sa femme, ses trois petits-fils Ruixuan, Ruifeng et Ruiquan, les épouses des deux premiers, et les enfants de Ruixuan.
   
   Dans cette ruelle du vieux Pékin, avec ses cours et ses maisons traditionnelles, cohabitent un bon nombre de familles, très modestes pour la plupart. Les relations de bon voisinage vont être troublées par l’attitude des habitants vis-à-vis de l’envahisseur. Tous les degrés de la résistance, de la passivité et de la collaboration s’opposent, tout en laissant place à une existence régulée par les règles sociales et la coutume, en apparence.
   
   Cette coexistence policée disparaît lorsque le plus infâme traitre de cette galerie dénonce aux Japonais l’un de ses voisins, Qian Moyin, comme résistant. Celui-ci, homme mûr qui s’adonne à la poésie, féru de littérature et de peinture est le plus modeste et le plus courtois des habitants de la ruelle du Petit-Bercail. A l’occasion du premier acte de résistance active exécuté par son second fils, de l’internement du poète et des tortures qu’il subit, l’auteur nous décrit minutieusement son évolution vers une opposition radicale et armée à l’envahisseur. Ce personnage devient ainsi le plus exceptionnel du roman, se réjouissant de l’acte superbe de son fils mort en héros en éliminant tout un groupe de soldats japonais, supportant la torture, se transformant après sa sortie de prison en guerrier indomptable qui va seul combattre l’ennemi et chercher à enrôler d’autres paisibles citoyens dans la résistance active. Il s’agit d’une figure extrême qui parcourt tout le spectre de la paix à la guerre, en venant à accomplir les coups de main les plus audacieux.
   
   Dans le registre opposé, le couple des collaborateurs qui l’ont dénoncé personnifie la pire des turpitudes, alors que Qi Ruixuan, professeur conscient de la réalité, s’efforce de soutenir sa famille sans compromission, mais souffre de ses difficultés à s’engager dans une résistance active.
   
   Naturellement, dans cette période tragique, toute cette dialectique du bien et du mal est manipulée par les occupants japonais, décrits comme inhumains, sanguinaires et stupides en même temps. La cruauté japonaise s’oppose à la civilisation plurimillénaire de la Chine, dont les habitants, à Pékin notamment, sont pris au dépourvu devant tant de violence. Lao She nous montre la diversité de cette population avec ses modestes artisans et petits commerçants qui savent rester dignes face à l’adversité. De ce point de vue, l’ouvrage rappelle les romans classiques à la Dickens, qui donnent vie à tout un peuple de misère, gagnant chichement de quoi subsister par des petits métiers. La plupart de ces personnages sont empreints d’une grande humanité, cherchant le plus souvent à aider leurs voisins et à se maintenir en vie les uns les autres. La civilisation dont ils sont issus ne leur a pas enseigné l’esprit de conquête et il est difficile pour eux d’envisager de s’organiser pour résister. De très nombreux habitants subissent donc passivement l’élimination programmée par les Japonais. Seuls quelques caractères bien trempés sont capables de s’engager dans la lutte. Néanmoins, l’auteur montre qu’au fil des huit années d’occupation, parallèlement à la dégradation des conditions de vie, un sursaut moral de la population à bout de force, victime de la famine programmée par l’envahisseur, finit par naître et se propager.

critique par Jean Prévost




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Les tambours - She Lao

La Chine des bateleurs.
Note :

   Chongqing, Chine, 1938 et années suivantes, pendant la guerre contre les Japonais.
   
   La situation est des plus complexes, entre la guerre contre l’envahisseur et le trouble de la politique intérieure. Lao She fait manifestement un roman d’une expérience personnelle. Il a vécu à Chongqing à cette époque et d’aucuns le reconnaissent dans le personnage de Meng Liang, l’intellectuel écrivain, qui intervient dans le roman.
   L’aspect de la guerre n’intervient que comme péripétie permettant l’enchaînement des faits, mais le vrai sujet reste plutôt la dénonciation du sort fait aux femmes, et aux artistes en particulier. Une fille ne vaut rien, c’est connu : c’est son père qui désigne son mari et négocie le mariage. Quant aux chanteuses, ce sont forcément des prostituées qu’on achète et qui se vendent.
   
   Grace (Grace de Lotus) est la fille adoptive de Baoqing, chanteur au tambour, et de Madame Fang, la femme de Baoqing.
   Baoqing a fait de Grace une jeune femme au talent certain de chanteuse. Il éprouve une vive affection pour cette fille adoptive, au moins égale à celle qu’il éprouve pour Bijou, sa fille de sang.
   Madame Fang, elle, alcoolique invétérée, considère Grace comme une marchandise qu’il conviendra de vendre à l’heure, avant toute «dépréciation». Et manifestement pour elle l’heure est venue. Baoqing a évolué dans sa conception du monde et protège Grace d’une telle issue. Il la protège mais l’échec ne sera pas évité (les femmes chez Lao She, et en Chine certainement, ne sont pas à la fête !).
   
   Outre ces considérations sur l’évolution de la mentalité chinoise à l’égard des femmes, Lao She fait donc intervenir Meng Liang, écrivain au service d’une Chine nouvelle dont on a dit qu’il jouait son propre rôle, comme catalyseur de cette évolution. Et on le sait, la contestation, un esprit libre ne sont pas choses naturelles en Chine. Le sort de Meng Liang sera donc douloureux.
   
   Il m’a semblé que le dessein de Lao She, au moins dans ce livre, était davantage de raconter une histoire, d’exposer des faits, que d’écrire un roman. Je veux dire par là le fond privilégié à la forme. Un peu simpliste du coup peut-être et qui vieillira certainement rapidement, comme un poisson sorti de son élément naturel.
   
   A noter que ce roman a été traduit de l’anglais. Il aurait en effet été écrit aux USA entre 1948 et 1949 en chinois, traduit au jour le jour en anglais par sa traductrice, et le manuscrit chinois n’a finalement jamais été retrouvé ! Si bien que ce n’est qu’en 1980 qu’il fut retraduit en chinois et publié en Chine, quatorze ans après la mort de l’auteur, alors qu’il avait été initialement publié en 1952 aux USA !

critique par Tistou




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Histoire de ma vie - She Lao

Petit peuple de Pékin
Note :

   Contrairement à ce qu'on pourrait tout d'abord penser, "Histoire de ma vie" n'est pas l'autobiographie de Lao She. "Histoire de ma vie" est un long texte extrait de son recueil de nouvelles "Gens de Pékin".
   
   Lao She relate les pérégrinations d'un vieil homme: ce dernier a appris le métier de colleur de papier avant de devenir agent de police, inspecteur puis militaire. Ce vieux chinois, avec beaucoup d'humour retrace les différentes étapes de sa vie: il a été quitté par sa femme, s'est donc retrouvé seul pour élever ses enfants et a dû trouver moult expédients pour les nourrir et les loger. Il a vu la fin de l'Empire, l'occupation par les légations étrangères et les premières années de la République.
   
   A la lecture de la vie de ce vieil homme, on constate que tout est déterminé dès le départ, que le fatalisme imprime la vie sociale chinoise: si on naît dans une famille pauvre, sans appui, on restera pauvre, sans appui, "sans piston" et tout espoir de grimper un tant soit peu dans l'échelle sociale est bien mince, voire irréel. Mieux vaut en rire sinon on passerait sa vie à larmoyer sur son sort... du moins c'est ce que pense le vieillard à la fin de sa vie. Il faut aller de l'avant pour ne pas végéter et saisir chaque maigre occasion pour améliorer son ordinaire.
   
   "Histoire de ma vie" est aussi le roman des petits métiers manuels tels que celui de colleur de papier. Il consiste à préparer des figurines de papier à brûler pour les diverses cérémonies religieuses qui jalonnent la vie: les enterrements, les mariages, les naissances... Avant la fin de l'Empire, les familles ne lésinaient pas sur les figurines ni sur le nombre de cérémonies, tout était fait dans les règles "Dans ce temps-là, quand un homme mourait, on ne faisait pas les choses aussi chichement qu'à présent. (...) La différence, c'était que, lorsqu'il y avait un mort, la famille endeuillée n'hésitait pas alors à dépenser un argent fou et ne reculait devant aucun sacrifice pour respecter les convenances et sauver ainsi les apparences. Rien que pour la confection funéraire, on en avait pour une jolie somme d'argent." (p 11) Le colleur de papier exerçait aussi ses talents dans les maisons: changer les papiers des murs, des fenêtres... ce qui peut être nocif pour la santé car il y respire poussières et colle.
   
   Le narrateur fait allusion au métier de marieur qui demande tact, psychologie et prestance sans oublier l'art de la conversation et des négociations! Les jeunes gens ne se marient qu'avec l'homme ou la femme que la famille a choisi. Le narrateur possède cela ainsi que des rudiments d'écriture et de lecture ce qui fait oublier son manque de beauté et lui confère une certaine aura malgré la modestie de son métier. Il en est fier et orgueilleux jusqu'au jour où son épouse s'enfuit du domicile conjugal, abandonnant enfants et époux! La vie lui semble, d'un coup, bien vide et bien précaire et le métier de colleur de papier peu rémunérateur. Il lui faut changer de métier et surtout affronter le regard des autres et ne montrer ni arrogance qui ferait de lui un indifférent ni tristesse outrancière qui ferait de lui un lâche.
   
   De fil en aiguille il deviendra policier, métier qui à l'époque ne semblait guère prisé et encore moins respecté. Malgré ses connaissances en écritures et lecture, il ne pourra accéder qu'à un poste subalterne... le déterminisme frappe encore, aggravé par l'omniprésence, en Chine, du piston et des appuis des notables: on ne prend pas en compte les compétences mais l'importance du piston! Notre homme est bien désappointé d'autant qu'il ne peut pas vraiment profiter de sa situation pour améliorer, par des combines, son ordinaire. Il a l'impression de s'être encore fait gruger et accepte sa malchance avec fatalisme et une pointe d'humour. Pointe d'humour qui lui permettra de regarder les côtés positifs de la vie et de continuer à aller de l'avant bien qu'il ne puisse offrir une éducation convenable à ses enfants qui sauront à peine lire et écrire.
   
   A la suite du narrateur, on parcourt les rues et ruelles de Pékin, on y rencontre le petit peuple comme on croise les notables ou les mandarins, on y observe différents métiers et de nombreux petits commerces. On sent l'odeur de friture, de beignets, de soupe et de légumes. On entend les cris des pousse-pousse, des gardes, des vendeurs de journaux, des chalands.
   Parfois, le narrateur agace un peu avec ses récriminations, ses lamentations, son éternelle malchance et ses fanfaronnades. Mais, on ne peut s'empêcher de l'accompagner dans ses indignations muettes car l'injustice est difficilement acceptable.
   
   Lao She utilise la langue colorée du petit peuple chinois, le peuple laborieux qui courbe l'échine sous le poids des angoisses de manquer de l'essentiel pour survivre jusqu'au lendemain.
   
   "Histoire de ma vie" laisse le lecteur sur sa faim. On peut considérer ce texte comme une mise en bouche mais, au final, la frustration est présente. Cependant, pour ne pas terminer sur une note négative, "Histoire de ma vie" permet une approche de l'écriture de Lao She, pour celui qui ne l'a jamais lu, écriture très colorée, très vive, acérée et sans concession dans le regard porté sur la société chinoise du début du XXè siècle.
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critique par Chatperlipopette




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Un trop juste aperçu…
Note :

   Ce livre nous mène au début du siècle dernier, dans un pays en pleine mutation, durant cette période transitoire du passage du régime impérial de la dynastie Qing à la République. Avec un cynisme plutôt détaché et débordant d’ironie, le narrateur témoigne de certains soulèvements plutôt désordonnés et abscons des soldats pour renverser l’Empire. Il pointe aussi les mœurs des habitants de Pékin où pour toute une frange de la population dont il fait partie même s’il se sent bien plus érudit que la moyenne, la vie est morne, astreignante, monotone et surtout enfermée dans un immobilisme social.
   
   En fait d’histoire de sa vie, le texte ne couvre ici que la période de l’adolescence du narrateur à sa cinquantaine, largement dominée par ses fonctions d’agent de police, ce qui fait que je suis plutôt restée sur ma faim car le titre augurait un tout autre développement dans mon esprit. Si bien qu’une fois la lecture achevée, le besoin de me documenter par ailleurs sur la société chinoise de cette époque s’est largement fait ressentir.
   
   Même si la vie du narrateur bascule au moment où sa femme le quitte (situation plutôt singulière pour l’époque) ce court roman se déroule à mon sens aussi platement que l’histoire de sa vie, comme une fatalité d’appartenir à un milieu.
   N’ayant jusqu’à ce jour lu que ce petit livre, il serait assez présomptueux de ma part de donner un avis sur l’auteur d’autant que cette histoire est extraite d’un recueil de nouvelles, «Gens de Pékin».
   Donc, pour moi, l’ouvrage est un peu une fenêtre entrouverte sur la Chine de l’époque. Une lecture aisée, certes, mais plutôt sommaire et pas des plus captivantes.

critique par Véro




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L'homme qui ne mentait jamais - She Lao

Petites histoires chinoises…
Note :

   Ce second volume de nouvelles de Lao She que je lis m’a davantage intéressée que le premier (Gens de Pékin). Nous trouvons ici réunies 14 nouvelles qui m’ont paru avoir un peu plus de saveur et de piquant.
   Elles ont été rédigées entre 1934 et 1939, de façon tout à fait distinctes, encore une fois sans intention de recueil. Leur réunion n’a été faite qu’à l’occasion de cet ouvrage, et pas par l’auteur.
   
   Ces quatorze histoires présentent l’intérêt d’être très différentes les unes des autres, tant par le thème que par le ton. Elles nous font découvrir divers aspects de la vie chinoise et nous les présente de plus sous des angles et dans des optiques variées. Je pense que c’est d’abord ce parti pris de diversité dans le choix des nouvelles qui rend ce recueil moins monotone que le premier. Cependant, j’ai également eu l’impression qu’en dehors de ce point, les histoires elles-mêmes étaient aussi plus intéressantes. Donc, si vous ne désirez lire qu’un recueil de nouvelles de Lao She, je vous conseillerais plutôt celui-ci, accompagné du folio de «Histoire de ma vie»* qui tout de même, vaut le coup. Mais bon… si vous avez le temps, lisez tout et donnez-nous votre avis, ce sera encore mieux.
   
   J’évoque la diversité des thèmes, mais je sens que cela ne vous suffit pas. Vous ne vous rendez pas bien compte. Alors, je vais me lancer dans une petite liste sibylline, rien que pour vous mettre en appétit, et si cela vous paraît au contraire superflu, vous pouvez sans problème "sauter" le dernier paragraphe et rejoindre directement votre bibliothèque préférée.
   
   Alors ici, nous avons : une démonstration de manie assez typiquement chinoise de peser les conséquences les plus complexes du moindre détail, deux frères qui n’ont les moyens de payer qu’une seule épouse, l’étrange famille de la chenille, une histoire –un peu obscure ma foi- d’extrême amour fraternel, des réflexions (toutes illustrées) sur courage et lâcheté, rat des villes et des champs, théorie et pratique, un livre ni édité ni lu qui peut conduire en prison, un kidnapping, un vieillard qui réfléchit trop, une expérience éducative, la gloire et la ruine d’une famille, un homme qui a failli s’appeler Hamlet, des lunettes et un crachoir. Il y a de quoi faire, non ?
   
   A vous de jouer.
   
   
   *Pour mieux comprendre mon propos, voir la fiche «Gens de Pékin» et celle «Histoire de ma vie» sur ce site.

critique par Sibylline




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Messieurs Ma père et fils - She Lao

Choc des cultures
Note :

   Lao She, a vécu 5 ans à Londres (de 1924 à 1929). C’est pendant cette période qu’il écrivit «Messieurs Ma, père et fils» qui se trouve de ce fait fort bien documenté. Fort bien documenté également parce qu’il était dans la nature et le goût de Lao She de se montrer précis et même méticuleux dans ses descriptions. Ce qui est un des nombreux charmes de ce roman : la qualité documentaire. Mais ne craignez pas d’avoir à lire péniblement une œuvre un peu indigeste car ce livre est tout à l’opposé. Il est très agréable et facile à lire et ce n’est presque qu’après que l’on réalise tout ce qui nous y a été dit… et appris.
   
   Voici de quoi il s’agit : Monsieur Ma père, qui toute sa vie a rêvé de devenir fonctionnaire (le comble à ses yeux de la sinécure glorieuse), vient d’hériter de son frère le commerce d’antiquités chinoises que ce dernier avait à Londres. Monsieur Ma méprise fort le commerce – et d’ailleurs tout travail de façon générale-, mais son incurie l’a réduit à une situation qui ne lui laisse guère la liberté de refuser cet héritage. Il ira donc à Londres avec son fils (son épouse est morte) tirer le meilleur parti du commerce de son frère, pour revenir bientôt en Chine, mieux nanti.
   
   Monsieur Ma fils a 20 ans, plus de courage et l’esprit plus ouvert. Lui aussi espère que le commerce améliorera sa situation, mais loin de mépriser cette occupation, il est tout à fait disposé à faire de son mieux pour y réussir. Grâce à un missionnaire revenu de Chine, ils trouvent à se loger chez Mme Window et sa fille qui tiennent bien une pension de famille mais qui, sans l’insistance du pasteur, n’auraient jamais même envisagé de louer à des Chinois. C’est qu’on sait en Angleterre ce que valent les Chinois. Les films, les feuilletons et les romans le montrent assez.
    «De plus, chacun de ses diables à face jaune fumait l’opium, s’adonnait au trafic d’armes, cachait sous son lit les victimes qu’il avait tuées, violait les femmes sans distinction d’âge et se livrait à mille autres méfaits passibles des plus cruels supplices.»
    Et les Anglais y croient vraiment, il n’y a aucune honte pour eux à insulter un Chinois du seul fait de sa couleur, mais il y en a énormément au contraire à le traiter comme un être humain à part entière.
   
   L’intelligence de Lao She a été de ne pas transformer ce roman en réquisitoire indigné. Il ne reproche rien aux anglais, il se contente de raconter. Dans le même temps, il ne nous présente pas les Chinois comme vraiment meilleurs et eux aussi sont présentés avec tous leurs défauts. Racisme et préjugés sont des deux côtés. Monsieur Ma père représente toutes les tares qui pénalisent tant son pays, il donne à Lao She l’occasion de les montrer du doigt, et son fils démontrera l’impossibilité qu’il y a à transformer les choses par la seule bonne volonté.
   
   L’autre talent de Lao She a été d’utiliser tout du long un ton léger et même humoristique, pour des tranches de vie qu’il aurait pu choisir de nous narrer sur le mode désespéré. Son récit n’a rien de l’aigreur récriminatrice. Son écriture précise nous mène tout au long d’un récit assez dramatique en nous faisant presque tout le temps sourire. Un sacré paradoxe !

critique par Sibylline




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Ecrits de la maison des rats - She Lao

Simple et vrai
Note :

   Un recueil de textes, non pas des nouvelles mais de petits articles destinés à des journaux, d’un des grands écrivains chinois.
   
   Je n’ai lu que deux romans de Lao She: "Le pousse-pousse" et "Gens de Pékin", ici c’est une façon légère de faire connaissance avec lui.
   
   Un grand nombre de thèmes sont abordés, certains sérieux d’autres nettement moins, de sa mère à la lecture, de sa nostalgie de Pékin à la poésie.
   Le recueil s’ouvre sur un texte très drôle «Dur dur d’écrire son autobiographie» où il fait un inventaire des épisodes de sa vie qui pourraient servir, après avoir renoncé aux deux premiers chapitres il s’obstine «Même si je me forçais à écrire le troisième chapitre il n’aurait rien de glorieux. Il vaudrait mieux que j’oublie ce chapitre et commence directement au quatrième» pour conclure que rien ne presse.
   
   Le ton change totalement lorsqu’il évoque sa mère de façon très émouvante car «Vivrait-on jusqu’à l’âge de quatre-vingt-dix ans, on reste toujours l’enfant de sa mère.»
   Il sait à merveille se moquer de lui-même, lui qui adore lire et qui aime parler de livres «Dès que je parle des miens, j’attrape mal à la tête. Mes livres et mon destin semblent constituer éternellement pour moi un double fardeau.»
    
   Les chats, les enfants, les moineaux, sont l’occasion de lignes savoureuses, poétiques, fines et délicates. Il se fait parfois nostalgique en particulier lorsqu’il évoque le Pékin de son enfance «Ce n’est qu’à Pékin qu’un homme aussi pauvre que moi peut se sentir relativement heureux.»
   
   L’écriture est d’une grande simplicité et j’ai éprouvé beaucoup de plaisir à cette lecture.

critique par Dominique




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